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Blog de laureline-stories

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laureline-stories

Description :

Dans ce blog, je vais publier en quelque sorte les premiers jets de mes histoires. Elles sont courtes. Mais j'espère que vous apprécierez! Et lâchez les coms surtout! Que ce soient de bonnes ou de mauvaises critiques, allez-y!!

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  • Création : 11/09/2008 à 08:47
  • Mise à jour : 12/09/2008 à 05:59
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Tessa

Encore une année qui commence. Encore une année nulle. Ces journées passées à se cacher à disparaître, et ces nuits passées à vivre et à être visible. Tessa est tout ce qu'il y a de plus ordinaire : lycéenne au lycée français de Johannesburg, issue d'une famille ni riche ni pauvre, elle n'est pas un génie, ni une de ses filles superbes, ni la fille que tout le monde évite. C'est un fantôme, une ombre. Elle ne se fait pas remarquer, passe ses journées à tenter de disparaître. Elle adore l'algèbre et n'a pas beaucoup d'amis. Juste un à vrai dire : Stéphane. Lui, c'est un génie. Blonde, grande, mince, elle est plutôt jolie, mais elle se cache. Mais la nuit, elle change de visage. Elle devient belle, provocante, sexy. Elle travaille dans un bar peu connu et quelque peu abandonné. Elle chante. Elle révèle son vrai visage. Grâce à son numéro, le bar a évité la faillite mais il ne fait que survivre. Au lycée, bien sur, personne n'est au courant de ses « activités nocturnes » comme dit Stéphane. Et c'est très bien comme cela. Maintenant, elle s'apprête à entrer en dernière année. Et ce n'est pas pour lui déplaire. Encore un an, et le lycée serait finit. Elle rentrerait dans une école de musique, et dans une nouvelle vie. Elle n'espère qu'une chose de cette nouvelle et dernière année : du calme et des résultats, aussi scolaires qu'autres. Elle espère que quelque un découvre sa double vie, et elle le redoute. Mais ce dont elle est sûre, c'est que cette année sera sûrement comme toutes les autres : pénible.

C'est maintenant le moment tant redouté : la répartition. Elle se retrouvait une fois de plus avec toutes les bimbos et les footballeurs du lycée. Super! Et comme l'année précédente, elle n'était pas avec Stéphane. Normal! Il était dans la série scientifique. Et elle dans la série économique. Elle ne le verrait que durant les récréations. Et encore. Lui s'était fait d'autres amis. Et il restait souvent avec eux. La solitude lui plaisait, mais elle lui pesait aussi. Sa mère disait qu'elle était comme une rose. Elle était la dernière à s'épanouir, mais elle était la plus belle. Cela la réconfortait parfois. Mais de plus en plus rarement. Leur professeur principal, monsieur Jérôme, le professeur de philosophie, les mena dans sa classe. Il était nouveau et très mignon. Grand, mince, les cheveux courts et noirs. Il semblait toujours gêné. Il parlait en gardant sa bouche le plus fermée possible et ne cessait de se lisser les cheveux. Comme à son habitude, elle s'installa seule, au milieux de la classe, sur le côté le plus près de la porte. Il commença à raconter, pour la énième fois, ce que représentait cette année. Mais il fut rapidement coupé par l'arrivée du proviseur, accompagné d'un nouvel élève. Brun, les yeux bleus bridés, semblant sortir de son lit, il semblait très gêné.
« Monsieur Jérôme, je voudrais vous présenter un nouvel élève. Il vient d'arriver dans la ville. Je vous le laisse.
-Merci monsieur le directeur. Tu peux aller t'assoire à côté de la jeune fille blonde là. Nous ferons les présentations plus tard.
Le jeune homme s'assit à côté de Tessa.
-Comme je vous le disais, reprit le professeur, je suis nouveau ici. Je vais donc vous demander de vous présenter à tous. Je sais que c'est idiot, ridicule, et tout ce que vous voulez, mais c'est nécessaire.
Les présentations commencèrent. Chacun se présentait à son avantage, mais ils devaient répondre à certaines questions précises. Quand vint le tour de Tessa, elle se leva et se dirigea vers le tableau.
-Je m'appelle Tessa Arding, commença-t-elle. Mes matières préférées sont l'algèbre et l'histoire. J'aime aussi la philosophie, mais je n'ai jamais suivit ces cours donc je ne peux pas dire s'ils me plairont. Je lis beaucoup, et j'écris lorsque j'ai le temps. Voila.
-Quel métier voulez-vous faire plus tard?
-Professeur, mentit Tessa.
-Professeur de quoi?
-De musique appliquée.
-Je vois... Quels rapports entretenez-vous avec l'autorité? Demanda le professeur.
Tessa sourit et demanda de quelle autorité il voulait parler.
-Et bien par exemple, la loi.
-Je la respecte, même si je ne suis pas toujours en accord avec elle.
-Et les professeurs et les membres de l'équipe pédagogique?
-Cela dépend.
-De quoi?
-De leur attitude. J'entretiens de bons rapports avec la plupart, mais si vous voulez plus de précisions sur ce qu'il se passe lorsque vous êtes injuste ou insultant, vous pouvez aller demander à monsieur Gaillard. Il saura vous expliquer.
Quelques élèves ricanèrent. Le seul éclat que Tessa n'avait jamais fait était avec monsieur Gaillard. Il avait été injuste envers elle sur un devoir d'algèbre, l'accusant d'avoir tricher. Elle l'avait alors remis à sa place assez rapidement et vertement. Il avait tenté de porter cela devant le proviseur, mais il s'en était mordu les doigts. Et tout cela s'était passé en plein cours. D'où les ricanements de certains. Enfin, le tour du nouveau arriva. Il s'appelait Max Guérin. Il aimait les maths, l'histoire, et l'économie. Il chantait dans une chorale, et jouait du piano et du rugby.
-J'ai l'impression de vous avoir déjà vu quelque part, lui dit monsieur Jérôme pensivement.
-Je ne pense pas monsieur, répondit Max gêné.
-Moi je sais où vous l'avez déjà vu, déclara Vanessa de sa voix sexy et insupportable. Dans différentes pubs et calendrier normalement réservés aux dames.
-Mais oui c'est ça! Tu as fais la couverture de pas mal de magasines à cause de cette photo dans le calendrier pour les orphelinats où tu posais torse nu. Très joli tatouage...
-Merci monsieur, répondit-il en ne souriant qu'à moitié.
-Cela n'a pas l'air de te faire plaisir, remarqua-t-il.
-Je pensais avoir laissé tout cela derrière moi, mais apparemment non.

À la fin du cours, Tessa sortit précipitamment et s'installa sur un banc pour lire. Mais quelque un vint la déranger.
-Salut. J'aurais besoin d'aide. Le proviseur m'a donné pleins de papiers mais j'y comprends rien.
Tessa leva les yeux de son livre et regarda Max dans les yeux. Puis elle prit les papiers et commença à lui expliquer ce qu'il devait en faire. Lorsqu'ils rentrèrent en cours, ils discutaient du livre que Tessa lisait pour la dixième fois : Le comte de Monte-Cristo, d'Alexandre Dumas. Ils s'installèrent en continuant de discuter. À la fin du cours, ils eurent une surprise de taille : l'ambassadeur de France les attendaient. Ou plutôt, il attendait quelque un mais ne semblait pas savoir qui. Monsieur Jérôme se dirigea vers lui et lui demanda qui il attendait. Tessa entendit son nom. Elle se retourna d'un mouvement brusque. Tout le monde avait entendu et s'approchait. Le professeur lui désigna Tessa et tenta de disperser les autres élèves. L'ambassadeur s'approcha d'elle, lui saisit le bras et la conduisit près de la classe, un peu plus loin du reste des élèves. Il baissa la tête et lui apprit la terrible nouvelle : son père était mort dans un accident de voiture le matin même. Ils avaient découverts qu'il l'avait déshérité quelques jours plus tôt. Toutes les affaires de Tessa tombèrent sur le sol. Elle se baissa pour les ramasser. Aucune larme, aucun cri. Mais en se redressant, l'un de ses livres heurta la poignée de la porte et ses affaires tombèrent à nouveau sur le sol. Elle se tourna vers la fautive et la frappa de toute la force de son poing. Elle ne réussit qu'à se faire mal. Elle entendit alors un ricanement. Elle se retourna et vit Kyle, le capitaine de l'équipe de football se moquer d'elle. Avant que le professeur ou l'ambassadeur ne puissent faire un seul geste, elle se dirigea vers lui, calmement, et se planta devant lui. Des larmes, aussi bien de rage que de douleur, lui coulaient sur les joues. Elle balança son poing qui atterrit sur le nez du moqueur. Stéphane se précipita sur elle et la ceintura.
-Mais elle est folle!s'exclama Vanessa. Il faut l'enfermer!
-Mon père est mort espèce de bâtard! Alors ne t'avises plus jamais de foutre de moi!hurla-t-elle hors d'elle.
Elle se débattait comme une furie, tentant d'échapper aux bras puissants de son meilleur ami. Il la traîna plus loin et l'aspergea d'eau froide. Cela eut l'effet escompté et la calma derechef. Sa mère arriva peu de temps après. Elle passa la journée chez elle. Le soir, Stéphane l'appela. Elle lui demanda de lui raconter tout ce qu'il se disait sur elle au lycée. À contre c½ur, il obtempéra. Et la réaction fut plus qu'inquiétante. Elle ne dit rien, ne réagit pas. Elle était comme détachée de tout. Vanessa et sa bande de pompon girls avaient passées la journée à raconter toutes sortes d'histoires sur elle. Max passerait dans la soirée pour lui apporter le travail à faire. Tessa remercia son meilleur ami et raccrocha. Elle retournerait au lycée dès le lendemain. Hors de question de gâcher une année par la faute de son père.
Max ne passa pas et elle se coucha, épuisée. Elle devait se reposer, le lendemain serait un jour long et fatigant.

Et elle ne fut pas déçut. Lorsqu'elle arriva, tout le monde la regardait de travers et l'évitait. La journée passa avec une lenteur inimaginable. Durant la pause déjeuner, Stéphane resta avec elle et l'écouta déverser tout ce qu'elle avait sur le c½ur. Mais ils furent interrompus par Vanessa.
-Alors Tessa, railla-t-elle. Comment tu te sens maintenant?
-Bien mieux que ton petit ami en tous cas, répondit-elle. Son orgueil n'est pas trop blessé? Être mit K.O. par une fille, et moi en plus. Ce ne doit pas être facile à avaler...
Vanessa s'éloigna furieuse. Elle retourna s'assoire avec ses amis et Max. Tessa la suivit des yeux et son regard rencontra celui du nouvel élève. Ils se regardèrent ainsi quelques secondes mais la voix de Vanessa brisa à nouveau le charme.
-Tu nous disais que tu avais trouvé un job Max?
-Oui. Dans un bar. Je suis serveur, répondit-il en détournant le regard. C'est un petit bar et...
Lorsque la fin des cours sonna enfin, elle précipita au dehors. Sa mère l'attendait sur le parking, accompagné... Non mais ce n'est pas vrai! De la femme de son ex-mari. Elle stoppa net et Kyle lui rentra dedans.
-Mais ce n'est pas vrai! Fais un peu gaffe!
Elle ne répondit pas et se dirigea lentement vers les deux femmes, qui se détestaient. Sa belle-mère ne semblait pas affectée par la mort de son mari. Elle tenait dans ses bras leur fille. Appuyé contre sa voiture de location, sa belle-mère ne bougea pas. La jeune fille embrassa sa mère. Stéphane les rejoint, flairant les problèmes. Elle se tourna ensuite vers sa belle-mère. Stéphane la retint par le bras, sa mère fit un mouvement vers elle, le parking devint silencieux. Elle se dégagea de l'emprise de son meilleur ami, regarda sa belle-mère droit dans les yeux.
-Cela fait longtemps que ça me démange, dit-elle.
Et elle lui cracha au visage.
-Espèce de sale p...
-Je vous interdit de continuer votre phrase!cria sa mère.
-Cela fait longtemps que je sais que tu me détestes, dit la femme.
-Cela fait 9 ans que tu pourris ma vie, répliqua Tessa.
Puis elle se détourna de celle qui fut sa belle-mère, embrassa Stéphane, et monta dans la voiture de sa mère. Celle-ci démarra en trombe : Tessa était en retard pour son travail. Et la représentation de ce soir était très importante : un jury serait présent pour déterminer quel bar gagnerait un budget pour s'améliorer. Une fois que la voiture eut quittée le parking, Tessa éclata en sanglots. Sa mère mit alors la radio et chercha l'une des chansons du CD. Lorsque la musique commença, Tessa se calma. « Lemon tree » de Foll's garden. Cette chanson avait le don de la calmer.
-Je suis vraiment désolé, s'excusa-t-elle. Je te remercie d'avoir prit ma défense. Je ne voulais pas faire un nouvel éclat au lycée. Mais c'était plus fort que moi. Je suis vraiment désolé.
-Tu n'as pas à t'excuser ni me remercier, répondit sa mère calmement. Mais je pensais que tu l'aurais frappé.
-Non. Elle tenait Julie comme une protection. Et j'aime ma s½ur. Même si je ne la connais pas et qu'elle me détestera sûrement.
-Je comprends. Tu es sûre de vouloir aller travailler?
-Oui. J'en ai besoin. Merci maman.
Lorsque Tessa arriva, elle s'était totalement calmée. Elle saisit son sac de sport dans lequel elle rangeait ses tenues de scène et sortit de la voiture. À son entrée, une surprise l'attendait : le gérant, entouré de toute l'équipe, tenait un énorme bouquet de roses bleues, ses préférées. C'était leur façon de lui signifier qu'ils étaient de tout c½ur avec elle. Elle les remercia chaleureusement et alla se préparer. La soirée serait placée sous le signe du fun et de la rigolade. Elle sortit donc quelques vêtements et piocha dans ceux qui appartenaient déjà à l'établissement. Elle mit un corset noir avec des lacets rouges, une jupe longue noire, fendue sur les côtés jusqu'aux hanches. Puis elle prit un vieux chapeau noir de sa grand-mère et y ajouta un voile de crêpe rouge. Elle s'habilla, rassembla ses longs cheveux blonds sous le chapeau, ne laissant apparaître que quelques mèches rebelles et folles. Enfin, elle s'assit et se maquilla. Alors qu'elle passait ses bottes, la jambe droite tendue en l'air afin que les bottes glissent mieux, on frappa à la porte. C'était sûrement son verre de lait et de miel. Elle en buvait toujours un avant de chanter. Cela lui permettait de ne pas s'abîmer la voix. Elle cria à Valérien d'entrer, puisque c'était toujours lui qui lui apportait son verre et continua à essayer d'enfiler ses bottes.
-Voila votre verre mademoiselle, dit une voix qu'elle ne reconnu pas tout de suite.
-Mais... Max!s'exclama-t-elle en le reconnaissant soudain.
-Tessa?! Mais qu'est-ce que?!
-Je t'en supplie ne parle de ça à personne.
-Tessa! 1 minute!cria le gérant depuis le bout du couloir.
-Tu n'en parleras à personne? Supplia-t-elle.
-D'accord mais tu m'expliqueras tout ça après, ok?
-Ok. Aides-moi à mettre ces bottes s'il te plait. C'est une vrai calamité!...
À deux, ils arrivèrent enfin à faire glisser les bottes le long de ses jambes. Tessa se leva et lissa ses vêtements.
-Alors? Demanda-t-elle inquiète.
-C'est superbe. Tu vas tous les allumer. Surtout le jury.
-Merci. On se voit tout à l'heure...
-Mesdames et messieurs, je vous présente Léonie!cria le gérant de la scène.
Tessa traversa le couloir et monta sur scène. Elle embrassa le gérant et saisit le micro. Aussitôt, la musique démarra ; « Men I feel like a woman! » de Shania Twain. Tessa adorait cette chanson. Du coin de l'½il, elle vit Max, bouche bée, l'écouter. Valérien lui donna un coup dans l'épaule pour lui faire reprendre ses esprits et le faire servir. Elle commença à chanter et sa tête se vida de tous ses soucis. Elle ne pensa qu'à la musique et s'éclata. Son show ne durait pas longtemps. Juste le temps d'une dizaine de chansons. Ensuite, elle regagnait sa loge, se changeait et il lui restait près de deux heures pour finir ses devoirs avant que son beau-père ne quitte le travail et ne passe la chercher.

-Alors vas-y, expliques moi ça.
Tessa était de retour dans sa loge et Max avait finit son service. Il l'avait rejoint dans sa loge et l'avait aidé à se changer.
-Au lycée, je ne veux pas que l'on me remarque. Je préfère passer inaperçus. Je n'aime pas faire de vague. Depuis que je suis ici, je n'ai fais que trois vagues. Et c'est bien suffisant.
-Mais tu pourrais facilement clouer le bec de tous ces imbéciles qui se moquent de toi!
-Je ne le veux pas. Et c'est pour cela que j'ai choisis ce bar. Personne ne le connaît, et personne n'y vient. Seulement les habitués. Et c'est très bien comme cela.
-Alors tu ne veux pas qu'on le sache?...
-Non. Je peux compter sur ton silence?
-Oui. Ne t'inquiètes pas.
-Même si l'on m'insulte ou quoi que ce soit? Tu ne diras rien? Même pour prendre ma défense?
-Oui.
Le téléphone de Tessa sonna. Elle s'excusa auprès de Max et décrocha. Son beau-père l'attendait à l'entrée.
-Je dois y aller. À demain!dit-elle en s'en allant.
Elle monta dans la voiture, souriante, et écouta son beau-père pester sur ses collègues de bureau, et sur la circulation, le sourire toujours scotché à ses lèvres. Finalement, il s'en rendit compte.
-Qu'est-ce qu'il t'arrive?
-Rien.
-Tu me caches quelque chose...
-Mais non Gérald! Je te promets. Tout va bien. Je me sens... Libre!
-Et bien dis donc!

Max tint sa promesse. Il ne dit rien à personne. Et tous les soirs, ils se retrouvaient. Ils finirent par faire des duos. Il chantait d'une voix magnifique. Au lycée, ils faisaient comme s'ils ne se connaissaient pas. Tessa restait dans son coin et Max ne venait pas la voir. Il était toujours entouré d'une bande d'abrutis qui voulais pouvoir dire : « je connais un mannequin ». Mais le soir, ils changeaient. Très proches, ils s'éclataient. Certaines chansons demandaient qu'ils se tiennent collés serrés, qu'ils se chauffent mutuellement. Et ils le faisaient volontiers. Entre eux naissait un amour d'une grandeur infinie. Mais ils ne le savaient pas. Pour eux, ce n'était que de l'amitié. Ils s'appelaient régulièrement, prétextant le besoin de mettre au point ou de revoir des morceaux, des chorégraphies. Le bar reçut le premier prix. Et le gérant amena Tessa faire les boutiques de décoration. Les dimanches, lui, Tessa, Valérien, Max, et Stéphane venaient au bar pour décorer, repeindre, etc. Le bar devint plus conviviale et plus fun. Il y avait pas mal de bougies et d'accessoires qui venaient des quatre coins du monde. Les murs furent repeints en rouge. Pas un rouge flash. Un rouge un peu sombre et discret. Tessa dénicha pour presque rien des brassées de fausses fleurs et les arrangea sur le bar, aux murs et sur quelques tables. Ils trouvèrent aussi des plats, assiettes, couverts de différents styles, à assortir avec les commandes des clients. Enfin, quelques jours avant les vacances de la Toussaint, le bar fut entièrement refait. Et Michaël, le gérant, invita les membres du jury, leurs époux (se), et leurs enfants à venir dîner. Ils acceptèrent tous l'invitation pour l'avant-dernier soir des vacances. Mais Max ne serait pas là. Il ne rentrait de France que le jour suivant. Tessa se résolue donc à faire son show toute seule. Le soir venu, elle se prépara et monta sur scène. Elle vit alors avec horreur Vanessa et Kyle dans la salle. Vanessa était la fille d'une des membres du jury, et elle était venue accompagnée de son petit ami. À voir la tête qu'elle faisait, elle l'avait parfaitement reconnue. Elle donna un coup de coude à Kyle et lui murmura quelque chose à l'oreille. Kyle regarda Tessa en plissant des yeux et secoua la tête en signe de dénégation. Manifestement, il ne l'avait pas reconnu. La musique démarra. Lorsque le show prit fin, Tessa salua et se retira rapidement dans sa loge. Mais elle entendit presque tout de suite quelque un frapper à la porte et la voix de Michael lui demandant d'ouvrir. Elle se leva et ouvrit la porte. Il entra suivit des membres du jury et de leur familles.
-Tu vois?!s'exclama Vanessa. C'est Tessa!
-Vanessa, répondit-elle glaciale.
-Non c'est vrai? C'est toi? Dit Kyle.
-Comment va ton nez?
-Oh ça va! Merci. Superbe spectacle! Je suis impressionné!
-Merci. Mais ce n'est rien tu sais. Ce n'est qu'une voix sur de la musique.
-Donc ce n'est pas ta voix? Persifla Vanessa.
-Je ne sais pas ce qui me retient de te mettre mon poing dans la figure...répliqua Tessa en serrant les dents.
-La peur peut-être...
Tessa éclata de rire.
-Elle est belle quand elle rit, pensa Kyle.
-Demande à Kyle si je semblais avoir peur lorsque je lui ai cassé le nez, répondit-elle en essuyant les larmes de rire qui coulaient sur ses joues. Maintenant, si cela ne te fait rien, je voudrais parler avec quelque un d'autre que toi. Je vous remercie d'avoir attribué le prix à ce bar, dit-elle en se tournant vers les membres du jury.
-Mais vous le valiez! C'est un endroit charmant, calme, et votre spectacle est superbe. Et en voyant la nouvelle déco, nous sommes bien content de vous avoir attribué ce prix.
-C'est grâce à Tessa que la décoration est si bien réussit, dit Michael.
-Non, répliqua-t-elle. Nous nous y sommes tous mit, et voila le résultat.
-Nous allons te laisser te changer. J'espère que nous nous reverrons. Encore bravo.
Ils sortirent de la loge, laissant Tessa seule avec Michael. Il lui sauta au cou et l'embrassa sur les deux joues. Puis il partit. Tessa se changea et attendit son beau-père, seule avec ses pensées. La rentrée allait être terrible. Vanessa allait lui faire payer cher. Tessa redoutait ce jour. Soudain, elle revit sa tête lorsque Kyle l'avait félicité. Et elle éclata de rire, estimant que finalement, cela en valait peut-être la peine.

Tessa ne s'était pas trompé. La rentrée fut un cauchemar. Lorsqu'elle arriva, le plus tard possible, tout le monde la regardait et rigolait sur son passage. Lors de la récréation, elle s'assit sur un banc et lit. Mais Vanessa s'approche d'elle suivit de toute sa bande et de bon nombre d'autres personnes.
-Alors Tessa? Tu travail de nuit? C'est comment de se prendre pour une femme? De se croire sexy?
Tout le monde s'exclaffe. Max fait un pas en avant et ouvre la bouche pour la défendre. Tessa lui fait signe de se taire et une voix la coupe dans son élan.
-Mais elle a une belle voix. Et je ne vois pas pourquoi tu te moques d'elle.
Tessa tourne vivement la tête et voit Kyle lui sourire. Un sourire imperceptible passe sur son visage pour le remercier. Elle ferme son livre d'un claquement sec, se lève, et part. L'incident est clos. Vanessa va continuer de répandre des saloperies sur son compte, Kyle va peut-être la défendre, Max va se taire, et la vie continuera. Mais pour l'heure, elle doit rentrer en cours.

-Mais pourquoi te cherche-t-elle des ennuis comme cela? s'exclama Stéphane.
Tessa ouvrit son casier et lui répondit en soupirant, fataliste :
-Mais parce qu'elle aime faire chier les gens et les dénigrer.
Tessa posa ses livres et remarqua un petit bout de papier. Elle le prit, le déplia, et le lut. « à midi, derrière la première paillote. M. »
-Mais enfin c'est insensé!
Tessa claqua son casier et se tourna vers Stéphane.
-Écoutes! Je n'en sais rien! Et très franchement, je m'en moque.
Puis elle se détourna et partit en direction de la paillote en plantant son meilleur ami. Celui-ci, habitué à ces sautes d'humeur, haussa les épaules et partit de son côté. Tessa arriva derrière la paillote et sentit une main lui saisir le bras et la tirer.
-Max! mais qu'est-ce qu'il te prend!
-Je voulais te voir. Je suis désolé. J'ai faillis tout déballer.
-Ce n'est pas grave. Je comprends que ce soit difficile pour toi de te taire lorsque je me fais insulter. Mais tout cela me passe vraiment au dessus de la tête. Alors ne t'inquiètes pas.
-On se voit ce soir? Il faudra que tu m'aides pour les maths. Parce que là, je suis largué...
-Pas de problèmes! À ce soir!

La vie était tranquille pour Tessa. Elle se déroulait comme à son habitude, triste et longue la journée, excitante et trop rapide le soir. Elle n'avait aucun mal à jongler entre ses cours et le bar. Elle n'avait aucun mal en cours, et pouvait donc se consacrer un peu plus au bar. C'est d'ailleurs grâce à cela qu'elle avait pu monter le spectacle de ce soir avec Max. Comme noël n'était pas loin, ils allaient s'amuser un peu. Depuis la venue de Vanessa, elle n'avait rencontré personne du lycée au bar. Et tout le monde continuait à se moquer d'elle. Pour ce soir, elle avait fait monter une balançoire qui descendrait du plafond sur scène. Elle se positionnerait dessus. Quand à Max, il serrait à ses pieds, jouant l'amoureux transit qui ne peut rien faire d'autre qu'attendre qu'elle veuille bien descendre de son perchoir. Durant les chansons solos, elle resterait perchée. Durant celles en duo, elle descendrait. Ils avaient montés une sorte de comédie musicale. L'histoire était banale : celle de deux jeunes gens qui jouent à « je t'aime, moi non plus ». Mais c'était assez drôle. Ils allaient passer l'après-midi à répéter, avec les costumes. La mère de Tessa devait tout d'abord l'emmener chez le couturier pour qu'elle prenne sa robe, puis la déposer au bar. Elle avait promis qu'elle viendrait la voir avec son beau-père. Elle se rendit donc au bar, après être passée prendre sa robe. Elle se prépara. Sa robe, rouge, bustier, lui moulait le buste et les hanches. Mais elle était ample sur les jambes pour donner un effet de mouvement à chaque pas. Le haut du bustier était orné d'une bande de fourrure blanche qui partait de la poitrine et faisait le tour d'elle en passant sur les bras. La fourrure était ample, pour qu'elle puisse tout de même bouger les bras. Elle portait avec des gants longs rouge en satin, qu'elle avait emprunté à sa grand-mère. Elle coiffa ses longs cheveux en grosses boucles rondes, et mit un chapeau de lutin rouge et blanc, comme on en trouvait partout en ce moment. Enfin, elle passa ses escarpins rouges et se maquilla. Lorsqu'elle fut prête, elle rejoignit Max et toute l'équipe sur scène. La balançoire était ornée de roses rouges et blanches. Max, vêtu d'un costume noir, aidait à fixer les dernières fleurs. Tessa saisit une rose rouge dans un vase et la fixa à la boutonnière du jeune homme. Il lui sourit. Elle lui sourit en retour. Un éclair passa que tout le monde remarqua excepté les deux intéressés. Michael claqua des mains.
-Allez les enfants! On s'y met!
Tessa s'assit sur la balançoire, les jambes croisées, ses mains tenant les cordes au niveau des épaules. Les décors étaient placés, Max se tenait seul au milieu de la scène. Valérien et deux autres jeunes hommes se placèrent dans les coulisses pour soulever Tessa. Max se mit à côté d'eux, relisant sa chorégraphie. Michael resta sur scène et empoigna le micro. Ce soir, il serait présentateur. Tessa et Max avaient monté un spectacle à eux tout seuls. Ils en avaient fait les chorégraphies, qui se résumaient à danser et marcher sur les différentes chansons et de manière à compter une histoire; Ils en avaient choisi les musiques; Tessa avait dessiné les costumes et les décors; Max avait conçut les décors avec l'aide de son père qui faisait des décors pour le théâtre. La répétition commença. Elle dura près de trois heures. Non pas parce que le spectacle durait trois heures, mais parce qu'ils devaient sans arrêt s'arrêter pour diverses raisons : l'éclairage, les positions, le son, le livreur qui ne savait pas que les cuisines avaient une entrée spéciale, les livreurs qui étaient en retard et que l'on attendait depuis plusieurs heures, et enfin, la sonnerie annonçant l'heure d'ouverture du bar. Lorsque cette sonnerie retentit, Valérien fit descendre Tessa et tous se précipitèrent à leurs postes. Ils avaient tous revêtu un smoking noir pour l'occasion. Sur le panneau devant l'entrée, on annonçait le spectacle, sans photos. Une bande de papier barrait l'affiche : « plus de places assises ». Ceux qui n'avaient pas réservé devraient rester au bar. Mais on leur servirait tout de même à manger, même si ce n'était que sur le bar. Tessa, le ventre noué, se remaquillait. Max essayait de ne pas penser au futur spectacle en installant les clients à leurs tables. Enfin, lorsque tout le monde fut installé, Max entra dans la loge de sa partenaire de spectacle. Il semblait inquiet.
-Que ce passe-t-il? Lui demanda Tessa.
-Monsieur Jérôme est là! Avec Madame Valera!
-Quoi?! Oh non! Ça va pas recommencer!...
-On fait quoi?
-On le fait quand même. On n'a pas le choix de toutes façons...
-D'accord. Alors on y va. Ça va commencer.
Tessa se leva et suivit Max vers la scène. Le rideau était fermé et Michael se trouvait devant pour annoncer le spectacle. Tessa se dépêcha de monter sur la balançoire et Max rejoignit les coulisses. La jeune fille lui fit signe de retirer la rose qu'il avait à la boutonnière. Elle devait lui en mettre une plus tard. Valérien la fit monter. Tessa se prépara. La première chanson serait une chanson de Walt Disney. La chanson que Belle chante lorsqu'elle est en ville, avant de rencontrer la Bête.
-Mesdames et Messieurs, voici Léonie et Bastien pour votre spectacle de Noël!annonça Michael.
La musique démarra, le rideau commença à s'ouvrir, et la nacelle descendit. Tessa commença à chanter. Sa voix résonnait avant même qu'on ne puisse la voir. Et petit à petit, les spectateurs découvraient à qui appartenait cette voix sortie de nulle part. Tout le long de la courte chanson, la nacelle descendit. À la fin de la chanson, Max fit son entrée. Une valse débutait. Il s'inclina devant Tessa, restée assise sur sa nacelle, et l'invita à danser. Elle se leva et dansa. Peu de temps. Les mains de Max devinrent baladeuses et Tessa le repoussa et le gifla. Max entonna alors une autre chanson de la Belle et la Bête : celle que chante le mas tu vu du village lorsqu'il est au bar. Tessa le regardait, les bras croisés sur sa poitrine, déhanchée. Lorsqu'il eut finit, la fin de la chanson fut mixée avec le début de « Men I feel like a woman! » de Shania Twain. Elle entama sa chanson et repoussa dans les coulisses un pauvre Max déçut et blessé. Le spectacle continua ainsi. Max s'accrochait à Tessa, et celle-ci le repoussait. Finalement, ils tombaient amoureux l'un de l'autre, mais ils devaient se séparer. Pour signifier cette séparation, Tessa avait choisit deux chansons de Grease : « Sandy » et « Hopelessly dévote to you ». Ils chanteraient l'un après l'autre, Tessa en première. Puis, lors d'une fête, ils se retrouvaient. Et ils finissaient le show en chantant « You're the one that I want » toujours tirée de Grease. Le spectacle promettait d'être superbe.
Et il le fut. À la fin, lorsqu'ils saluèrent, ils reçurent une véritable ovation. Les clients étaient debout et applaudissaient. Mais elle ne vit rien. À la fin du spectacle, Max et elle devaient faire semblant de s'embrasser. Mais il l'avait embrassé. Et rien n'avait d'importance que ce baiser. Là, sur scène, ils se tenaient la main et saluaient. Comme tous les soirs. Mais cette fois, c'était différent. Il l'avait embrassé. Enfin, le rideau se ferma et Tessa et Max purent rejoindre leur loge. Il n'y avait qu'une seule loge dans le bar. C'était à la base une pièce qui n'avait aucune utilité. Tessa l'avait transformé en sa loge. Et depuis l'arrivé de Max, elle avait mit deux paravents qui fermaient deux coins de la pièce pour qu'ils puissent se changer tranquillement. Ils regagnèrent donc leur loge, se tenant par la main. Une fois la porte refermée, ils se jetèrent l'un sur l'autre et s'embrassèrent, comme si leurs vies en dépendaient. Des coups frappés à la porte leurs firent retrouver leurs esprits. Ils se détachèrent l'un de l'autre et lissèrent leurs vêtements d'un geste machinal.
-Entrez!
-Léonie, Bastien, il y a deux personnes qui veulent vous voir, dit Valérien en utilisant leurs noms de scène.
-Bonsoir Tessa, bonsoir Max, dirent les deux professeurs.
-Bonsoir, répondirent les deux chanteurs.
-Magnifique spectacle.
-Merci.
-Voulez-vous faire un show lors du bal de fin d'année?
-Cela dépend, répondit Tessa.
-De quoi? s'étonna Monsieur Jérôme.
-Voila le marché : nous nous taisons sur votre relation et nous faisons un show au bal de fin d'année, et vous ne dites rien de ce que nous faisons le soir, répliqua Tessa.
-Et bien...répondit le professeur de philosophie.
-D'accord!s'exclama Madame Valera.
Les deux femmes se sourirent et se serrèrent la main.
-J'ai bien compris que tu ne voulais pas que tout le monde sache que tu chantes. Et tu as bien compris que notre relation devait rester secrète, continua la professeur. Le bal de fin d'année étant à la fin de la dernière semaine de cours avant le bac, tu ne reverras tes camarades que pour le bac après le bal. Ça devrait être bon.
-Parfait madame.
-J'imagine que vous ne voulez pas être vu ensemble non plus.
-En effet.
-Bien. Max, tu as du rouge à lèvre...lui signala monsieur Jérôme en souriant.
Max s'empressa de s'essuyer la bouche. Les deux professeurs partirent, se tenant par la taille. Nos deux jeunes amoureux s'empressèrent de se changer et repartirent chez eux, s'en oublier de s'embrasser bien sûr.

Et c'est ainsi que la vie de Tessa changea. Où plutôt, c'est ainsi qu'elle se rendit compte que sa vie avait changé. Elle prit plus soin de ses tenues, tout en ne changeant pas son attitude. Elle ne savait pas si elle voulais vraiment faire un show pour le bal. Elle en avait envie car ainsi elle prendrait sa revanche sur tous ceux qui l'avaient dénigrés durant de longues années. Mais elle ne voulait pas être reconnue. Elle n'avait jamais eu envie de venir au bal. Mais elle avait changé. Elle était maintenant plus sûre d'elle, et amoureuse. Et chacun sait que l'amour vous donne des ailes.

Le jour du bal arriva plus vite qu'elle ne l'aurait voulu. Elle continuait à faire ses représentations le soir avec Max. Et ils filaient le parfait amour, à l'abris des regards indiscrets. Elle avait vu plusieurs fois les deux professeurs pour mettre au point le bal. Il aurait lieu dans une salle d'un hôtel. Cette salle comportait une scène. Et c'est sur cette scène que Tessa et Max allaient chanter. Stéphane s'occuperait du mixage. Ils avaient, Max et elle, fait une liste de chansons. Aussi bien des slow que d'autres styles chansons. Parmi la liste se trouvaient « Zombie » des Cranberries, « Listen to your heart », « Lemon tree », et bien sûr des duos tels que « You're the one that I want » ou « Le chemin » de Kyo. Ils avaient tout mis au point, répétés des dizaines de fois, et tout semblait aller très bien. Mais Tessa avait le ventre noué. Et elle avait appelé les professeurs et Max pour leur dire qu'elle était malade. Elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait pas aller au bal. Et encore moins chanter. Elle s'était enfermée dans sa chambre. Sa robe était posée sur son lit, mise là bien en évidence par sa mère. Elle n'avait pas de cavalier puisque sa relation avec Max devait rester secrète. Mais de toutes les façons, elle ne voulait pas y aller. Elle en était là dans ses réflexions lorsque quelque un sonna à la porte de la maison. Elle entendit sa mère ouvrir et l'appeler. Elle descendit et vit Monsieur Jérôme, Madame Valera, et Max dans l'entrée, en tenue de soirée.
-Je te croyais malade, plaisanta le professeur.
-Je...
-Pas d'explications fumeuses. Vas te changer et dépêches toi. Nous ne partirons pas sans toi, la coupa Madame Valera.
Résignée, Tessa monta se changer. Elle enfila sa robe de soirée. Noire, décolleté, dos nu, et courte, elle était tout en dentelles pour le haut et en tissus souple et ample pour le bas. La dentelle n'était opaque que sur la poitrine. La taille était transparente. Le tissus soulignait ses hanches et sa minceur. À vrai dire, cette robe mettait en valeur tout le corps de la jeune fille. Elle chaussa ses escarpins noirs et saisit une petite pochette noire dans laquelle elle glissa un paquet de mouchoirs, son portefeuille, une rose rouge et de quoi se remaquiller au cas où. Elle s'installa ensuite devant sa coiffeuse et se maquilla. Elle coiffa ensuite ses longs cheveux en un chignon élaboré qui mettait en valeur son visage. Puis elle saisit l'étole de sa mère et descendit les escaliers pour rejoindre tout le monde. Le professeur de philosophie resta bouche bée. La professeur de sciences la fit tourner sur elle-même en la complimentant. Quand à Max, il souriait. Ils sortirent tous et montèrent dans la voiture. En chemin, ils revirent le plan du spectacle. Puis Monsieur Jérôme expliqua à Tessa que le chauffeur les déposerait à l'entrée principale, puis qu'il déposerait la jeune fille à l'entrée de derrière. Tessa leva la tête, les regarda à tour de rôle avec un sourire et dit :
-Non. Je n'ai pas mis cette robe pour rien. Ce soir, c'est ma revanche.
-Veux-tu être ma cavalière? Demanda max.
Tessa se tourna vers lui et l'embrassa en répondant oui. Les deux professeurs sourirent, attendris. Puis Max sortit de sa poche une boite qui renfermait une rose rouge en plastique qui s'attachait à son poignet. Tessa la mit, heureuse. Lorsque la voiture arriva, ils étaient légèrement en retard. Tessa regarda sa montre et fit remarquer qu'à cause d'elle ils étaient en retard.
-C'est le privilège des stars d'arriver en retard, répondit Madame Valera.
Monsieur Jérôme ouvrit la portière et sortit. Aussitôt, tous les élèves présents se massèrent devant la voiture pour le saluer ou tout simplement le voir. Il était tellement mignon! Le professeur tendit la main à l'intérieur de la voiture et aida Madame Valera à sortir. Lorsqu'elle fut visible aux yeux de tous, cela fit grande impression. Mais les deux professeurs ne bougeaient pas. Ils attendaient quelque chose. Et personne ne savait quoi. Max respira alors un bon coup et sortit de la voiture. Il lissa ses vêtements et se pencha pour aider Tessa à sortir. Celle-ci posa délicatement sa main sur la sienne et sortit, la rose à la main. Elle la piqua à la boutonnière de son cavalier. Elle avait l'impression d'être une star; Jalousée mais heureuse au bras de son amant. Les deux jeunes gens se dirigèrent vers la salle. Lorsque tout le monde fut entré et installé aux différentes tables, Monsieur Jérôme se leva et Tessa et Max s'éclipsèrent discrètement. Ils se préparèrent et vérifièrent avec Stéphane l'ordre des chansons. Monsieur Jérôme commença alors son discours. Il remercia les élèves qui s'étaient occupés de la récolte de fonds pour le bal, ceux qui s'étaient occupés de la décoration, il remercia ensuite Stéphane qui allait faire le DJ, et le gérant de l'hôtel, invité au bal, pour avoir fait un prix aux élèves pour la location de la salle. Il marqua un temps d'arrêt, et respira un grand coup.
-Je vais maintenant laisser la place à Tessa, Max et Stéphane pour la musique. Veuillez les applaudir.
Tous les professeurs applaudirent, ainsi que quelques élèves. Mais ce ne fut pas virulent. Le rideau se leva alors et nos deux amoureux apparurent au regard de tous. La musique démarra et leurs voix s'élevèrent dans la salle. Ce fut magique. Avant qu'ils ne commencent à chanter, beaucoup de personnes parlaient. Ils ne voulaient pas les écouter, croyant Vanessa qui disait qu'elle avait une voix horrible. Mais lorsque Tessa commença à chanter, accompagné de Max au piano électrique et de Stéphane au mixage, le silence se fit. Sa voix s'éleva dans les airs. Elle n'avait pas de micro. Elle n'en avait pas besoin. Elle chanta ainsi avec Max, tantôt au piano, tantôt chantant avec elle, pendant près de d'une heure. Une heure de chant, une heure de pur plaisir, une heure de magie. Lorsqu'ils eurent finit, un véritable tonnerre d'applaudissements retentit. Seuls Vanessa et ses amies n'en faisaient pas partit. Mais Tessa s'en fichait. Elle était heureuse. Elle avait enfin prit sa revanche. Mais son bonheur ne faisait que commencer. Max lui réservait une surprise. Il la saisit par la main, l'attira à lui et l'embrassa, en plein milieu de la scène. On entendit des sifflement des cris de joie. Mais Tessa n'entendit rien. Elle était dans son monde. Loin de tout, près de Max. Stéphane mit un bruit d'applaudissements suivit d'une musique de mariage. Tessa revint à la réalité et se détacha de Max. Ils descendirent ensuite de scène et Stéphane mit un slow. Ils dansèrent ainsi toute la nuit, tantôt sur des slow, tantôt sur d'autres styles de musiques. Mais toujours ensemble, ne se lâchant pas, ne s'arrêtant jamais de danser. Ils étaient dans leur monde, heureux.
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#Posté le jeudi 11 septembre 2008 09:27

Melissa

La vie de Melissa est un vrai conte de fée. Ou bien un cauchemar. Chacun la définira comme il voudra. Mais je pense pour ma part que c'est un conte de fées. Certes, il ne vaut mieux pas la raconter à des jeunes enfants : ils risqueraient de faire de mauvais rêves. Mais pour des adultes ou jeunes adultes, je la trouve plutôt riche d'enseignements. Ma mère me l'a raconté une fois et elle n'est plus sortit de ma mémoire. Peut-être parce qu'elle se passe principalement la nuit. La journée n'a pas d'importance, ou si peu. C'est la nuit qui est importante. Ce moment où seule la lune peut vous éclairer, où les étoiles vous servent de guide, où le moindre bruit anodin en plein jour vous glace d'effrois. Ce moment où la plupart des gens basculent dans un autre monde fait de mystères, de magie, et de peurs. Car ce monde, pourtant si connu, vous fait soudain peur une fois la nuit venue. Peur irrationnelle, mais oh combien humaine. Notre littérature, notre cinéma, notre monde artistique est remplit d'histoires de vampires, de loups-garous, et d'autres créatures de la nuit si dangereuses et si abominables. Ne reculant devant rien pour faire du mal, aimant torturer les gens physiquement ou mentalement avant de s'en servir comme repas. Mais s'il y a un dieu, ne serait-il pas responsable de cela? Ne serait-il pas responsable de ces formes de vie? De ces être qui font le mal. Lucifer réfléchit et agit sur la durée de vie d'un humain. Dieu, lui, a toute l'éternité. Mais alors, comment se fait-il qu'il n'aide personne. Tous les miracles ont eu lieux il y a des milliers d'années. Et maintenant? Tous ces miracles ne seraient-ils que l'½uvre de l'imagination de l'homme? Et si non? Alors une autre question s'impose. Les déchets de notre humanité, les gens que nous considérons tous comme des déchets, en sont-ils réellement?
Partons maintenant dans le domaine des légendes et de l'imaginaire. Et prenons comme exemple les vampires. La plupart des histoires les présentent comme des être mi-vivant mi-mort, sortes de mort-vivant assoiffés de sang, qui tuent pour leur plaisir, et qui ne reculent devant rien pour combler leur soif de vengeance. Aimant la luxure, la débauche, le mensonge, les péchés en général, ils aiment aussi manipuler. Et le diable les a doté d'un pouvoir bien utile. Quiconque croise leur chemin ne peut être qu'envoûté par eux. Ils dégagent une sorte de champ magnétique qui attire leurs victimes dans leurs filets, ou plutôt entre leurs dents. Mais il existe d'autres histoires. Celles de vampire malheureux pour l'éternité. Celles de vampire qui n'aiment pas leur condition, qui rêvent de redevenir humains, qui ne tuent que des criminels ou des animaux, qui ne tuent pas par plaisir mais par nécessité car se priver de sang les ferait souffrir sans les tuer. Il existe des histoires de vampires amoureux. Des histoires d'amours entre vampires et humains, entre vampires. Ces histoires ne sont-elles pas plus crédibles? Ne sont-elles pas plus proche de ce que chaque être humain ressent? Certains me diront : « Mais ils ne sont pas humain! ». Et si la vrai question était : « De quoi avons-nous peur? Qu'ils soient tout de même humains ou qu'il ne le soient plus à partir du moment où ils ont été mordus? » Qu'est-ce qui fait le plus peur? Un être non humain ou un être humain qui accomplit des atrocités? J'ai toujours aimé les histoires de vampires. Celles où on leur donne un visage humain. Celles où on se reconnaît si facilement dans les personnages. Celles qui dérangent le citoyen qui sait de quoi il est question. J'aime ces livres qui dérangent. Ces livres qui montrent la nature humaine à nue. Que ce soit par des moyens et des histoires détournées, comme avec les histoires de vampires, ou clairement, sans chercher à se cacher.
L'histoire que ma mère me racontait contenait un message. Mais je ne l'ai pas compris tout de suite. Il m'a fallut plusieurs années de galère et de gamelles pour comprendre le sens caché de cette histoire. Ce sens va sûrement vous sauter au visage tout de suite. Mais j'étais petite. Et je ne compris pas tout de suite. Mais même en ne cherchant pas de sens caché, je trouve cette histoire magnifique. Un peu nunuche. Remplacez l'homme par un prince et la jeune fille par une paysanne, changez d'époque et remplacez la maison par un château, et vous pourrez la raconter à votre fille. Mais ce n'est pas tout, je parle et je parle, mais je n'ai toujours pas commencé mon histoire.

Notre histoire commence il n'y a pas si longtemps. Melissa était en terminale et, lors du bal de fin d'année, alors que deux de ses amis chantaient sur la scène, prenant leur revanche sur tous ceux qui les avaient dénigrés, elle fit la connaissance d'un jeune homme qu'elle n'avait jamais vu auparavant. Il ne faisait pas partit du lycée, elle en était sûre, et il n'était venu avec personne. Il était assit sur l'un des fauteuils, regardant tout autour de lui. Melissa venait de se lever et de rejoindre la piste de danse avec son petit ami. Elle passa devant lui et leurs regards se croisèrent. Elle le trouva beau. Mais son regard était dur et glacial. Elle frissonna. Elle se mit à danser avec ses amis et son petit ami, mais elle sentait le regard de l'étranger posé sur elle. Rapidement, elle n'y tint plus et sortit. Elle saisit son sac et son étole au passage. Une fois dehors, elle regretta de ne pas avoir prit son manteau. Le froid s'était installé. Elle passa devant quelques professeurs et salua quelques élèves. Puis elle sortit de son sac ses cigarette et en alluma une, fébrile. Elle revit le regard dur et frissonna à nouveau. Soudain, elle sentit une étoffe douce glisser sur ses épaules et deux mains glaciales l'effleurer. Elle se retourna vivement et rentra dans l'étranger. Il n'avait plus son long manteau rouge. Il portait une chemise blanche immaculée, un foulard rouge noué autour du cou, une veste sans manches noire, un pantalon noir enserré dans des bottes noires qui lui montaient jusqu'au genoux. Ses mains étaient cachées par des gants fins blancs. Si fins que la froideur de sa peau les traversait. Ses longs cheveux noirs volaient autour de lui dans le léger vent du soir. Melissa toucha l'étoffe du manteau et le resserra autour d'elle.
« Merci, dit-elle.
-Je vous en prie, répondit l'étranger. Puis-je vous demander une cigarette?
-Bien sur! Tenez.
Il s'exprimait bizarrement. Enfin pas bizarrement! Seulement... Comme dans les livres anciens! Comme dans le Comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas, ou Le rouge et le Noir de Stendhal. Oui c'est cela. Il parlait comme un livre. Melissa se sentait très attirée par lui et pourtant, ils ne se connaissaient pas. Ils fumèrent en silence, ne se quittant pas des yeux.
-Mèl!cria Enrico. Je te cherchais partout. Qu'est-ce que tu fais?
Melissa se retourna vers son petit ami qui arrivait en courant.
-Je fume cela ne se voit pas? Répondit-elle d'une voix rêveuse.
-Mais qu'est-ce que tu fais toute seule?
Melissa se retourna dans l'intention de présenter son petit ami à l'étranger, mais ce dernier avait disparu. Elle regarda tout autour d'elle mais ne le vit pas. Il avait tout simplement disparu.
-C'est quoi ce manteau là sur tes épaules? Demanda Enrico d'un ton agressif.
-C'est... C'est à ma mère, répondit-elle.
-Bon tu viens danser?
-J'arrive. Laisses-moi une minute.
Enrico la laissa seule et repartit dans la salle de bal. Melissa regarda à nouveau autour d'elle, mais l'étranger était toujours introuvable. Résignée, elle finit par rentrer dans la salle. Dans le couloir menant à la salle, elle rencontra plusieurs professeurs qui la complimentèrent sur sa robe, ou lui demandèrent une cigarette. Elle entra dans la salle de bal, se dirigea vers les portemanteaux, y accrocha son sac et s'apprêta à retirer le lourd manteau rouge. Mais deux mains glacées lui saisirent les poignets et l'immobilisèrent. Elle tourna la tête pour tenter d'apercevoir celui qui se tenait derrière elle. Voyant l'étranger, elle laissa retomber ses mains le long du corps. Il lui enleva alors le manteau, délicatement, puis se présenta face à elle. Légèrement, il s'inclina et tendit la main.
-M'accorderez-vous cette danse?
Melissa sourit et posa sa main sur le gant blanc, qui l'entraîna alors sur la piste de danse. Ils ne se quittaient pas des yeux. Elle entendit comme venant de loin une voix l'appeler. Enrico sûrement. Mais elle n'y prit pas garde. Elle était totalement subjuguée par cet inconnu. Ils commencèrent à danser et Melissa surprit un changement dans son regard. La dureté avait disparu. Son regard était devenu plus humain, plus chaleureux. Il semblait se transformer sous la musique. Melissa eut un mouvement de recul.
-Je ne devrais pas, murmura-t-elle plus pour elle-même que pour l'étranger.
-Pourquoi donc?
-Je ne vous connais pas, répondit-elle sans oser le regarder.
-Je m'appelle Nikolais.
-Melissa.
-Maintenant nous ne sommes plus des étrangers. Votre mère ne vous en voudra pas.
Melissa rougit. Il semblait pouvoir lire en elle comme dans un livre ouvert. Mais rassurée, elle continua à danser avec lui. Elle sentait ses bras puissants et pourtant si tendres et doux autour d'elle. Ses mains glacées reposaient sur ses haches et leur froideur traversait le mince tissus noir de sa robe. Même à travers le tissus de ses gants, elle pouvait sentir la froideur de ses épaules et de son cou. Mais tout son être était en éveil, comme s'il voulait ressentir le moindre frôlement de Youri. Elle se laissa aller contre lui et sentit la froideur de son corps contre elle. Mais cette froideur ne la repoussait pas. Au contraire. Elle aurait voulu pouvoir le réchauffer. Le slow prit fin et le DJ lança une chanson langoureuse. Youri s'éloigna de Melissa en l'entraînant à sa suite. Il s'assit sur l'un des fauteuils au bord de la piste de danse et attira la jeune fille à lui.
-Danses pour moi, lui murmura-t-il à l'oreille.
Melissa sourit et se mit à danser. La musique l'emporta et plus rien n'existait autour d'elle que la musique et cet homme étrange, d'apparence si jeune, mais qui semblait si mûr, et si triste. Elle dansait depuis des heures semblait-il, lorsqu'elle sentit une main se refermer sur son bras. Elle ouvrit les yeux et vit Enrico la tirer. Elle se débattit mais il ne lâcha pas prise. Elle se tourna vers Nikolais pour lui demander de l'aide, mais celui-ci avait à nouveau disparu. Se retournant à nouveau vers son petit ami, elle ouvrit la bouche pour lui dire de la lâcher, et vit Nikolais, juste derrière lui.
-Lâchez la, dit-il d'une voix menaçante.
-Nikolais!
-Mais c'est qui c'ui là! Y s'croit au carnaval?
-Enrico lâches-moi! Tu me fais mal!
-Elle vous a dit de la lâcher.
-Mais de quoi j'me mêle eh l'taré! C'est ma copine! J'en fais c'que j'veux!
Heureusement, un professeur arriva avant que cela ne dégénère. Il demanda ce qu'il se passait et Enrico lâcha immédiatement le bras de la jeune fille.
-Oh mais rien m'sieur, répondit-il. On discutait.
Melissa se massa le bras. La trace des doigts d'Enrico était visible au dessus de son gant, même dans la semi pénombre de la salle. Nikolais se rapprocha imperceptiblement de la jeune fille et prit délicatement son bras entre ses mains glacées. La froideur soulagea la jeune fille. Le professeur partit. Enrico lança un regard noir au jeune homme.
-Voulez-vous sortir quelque peu?
-Oui merci.
Nikolais partit en direction de la sortie. Melissa saisit son manteau et son sac et le rejoignit. Ils allumèrent chacun une cigarette.
-Merci, dit la jeune fille.
-Pourquoi me remerciez-vous?
-Pour ce que vous avez fait pour moi. Lorsqu' Enrico me faisait mal.
-Est-il vraiment votre petit ami?
-Oui.
-Il est fort brutal avec vous.
-Il avait bu. Et il est toujours brutal lorsqu'il a bu. Il est trop possessif et trop jaloux. Et il ne supporte pas de me voir avec un autre homme. Surtout lorsqu'il a bu.
-Vous lui trouvez des excuses, remarqua le jeune homme.
-Non! Je... Oui. C'est vrai.
-C'est compréhensible. Les humains cherchent toujours des excuses aux gens qu'ils aiment.
Melissa leva les yeux sur cet homme étrange et lui sourit. Ils se rapprochèrent l'un de l'autre, imperceptiblement. Soudain, des voix retentirent dans l'entrée. Melissa tourna la tête pour voir qui arrivait. Lorsqu'elle regarda de nouveau Nikolais, il avait disparu. Seul son ruban rouge restait, tombant doucement vers le sol. Melissa le saisit au vol et le porta à son visage. Il était encore glacé de son contact avec la peau du jeune homme. Le tissus était doux. De la soie sûrement. Elle noua ses cheveux avec le ruban et laissa ses amis venir à elle.

De retour chez elle, elle se changea et se coucha, pensant toujours au mystérieux jeune homme qu'elle avait rencontré au bal.
Le lendemain, elle devait retrouver ses amis au centre commercial et faire les magasins. Au matin, elle se réveilla avec la sensation d'avoir été observée. Mais pas de manière malsaine. Comme si quelque un avait veillé sur elle toute la nuit. Elle s'habilla et noua ses cheveux du ruban rouge. Elle due passer par un interrogatoire de sa mère et de son beau-père qui voulaient tout savoir sur sa soirée. Elle passa sous silence sa rencontre avec Nikolais. Alors qu'elle finissait son déjeuner, un bruit de klaxonne résonna dans la rue devant chez elle. Embrassant ses parents, elle saisit son sac main et sortit. Kimberley, Agathe, et Daliah l'attendaient dans la voiture de Daliah. Elle monta et toutes les quatre partirent au centre commercial. Elle devaient y retrouver Enrico, Jonathan, Max, Tessa, et Jérémy. Melissa n'était pas très emballée à l'idée de revoir Enrico, mais elle ne dit rien. Elle se promit de casser tout de suite. Ou peut-être à la fin de l'après-midi pour ne pas gâcher leur virée. Mais elle se promit de casser avant la fin de la journée. Elle pensait sans arrêt à Nikolais. Elle ne pouvait le sortir de sa tête. Et ses amies s'en rendirent compte.
-Tu as la tête ailleurs, lui fit remarquer Daliah.
-À quoi tu penses? Demanda Kimberley.
-À rien, assura Melissa.
Les filles en restèrent là pour le moment. Elles savaient qu'il ne servait à rien de la forcer à parler. Elle parlerait lorsqu'elle le voudrait. Mais la forcer à parler ne pourrait que la fermer encore plus. Elles arrivèrent au centre commercial et se rendirent au Mandela Square pour attendre les garçons.
-Et après on dit que ce sont les filles que l'on attend toujours, fit remarquer Agathe avec humour.
Les quatre amies rigolèrent de bon c½ur et s'assirent sur les marches en discutant. Daliah raconta qu'elle avait enfin envoyé balader son petit ami, Zac. Kimberley raconta à tout le monde comment Vanessa était sortie de la salle de bal lorsque tout le monde avait fait une véritable ovation Tessa et Max, et Agathe donna les dernières nouvelles des professeurs. Puis, inévitablement, le sujet de discussion en vint à Valère. Il aimait Agathe et lui demandait au moins une fois par semaine de sortir avec lui. Elle refusait et ne savait pas pourquoi. À vrai dire, personne ne savait pourquoi. Personne ne comprenait pourquoi elle refusait. Pourtant, Valère était un jeune homme super. Toujours là pour les autres, très attirant, gentil, bref, il avait tout pour lui. À part une mauvaise réputation. Il était tout de même un peu cancre. Kimberley et Melissa essayaient depuis des mois de la faire accepter. Il ne pouvait en résulter que du bon. Mais elle refusait. Les deux jeunes filles ne perdaient pourtant pas espoir. Et elles espéraient que cela allait payer. Ainsi, Daliah venait de larguer son petit ami encombrant, Kimberley était toujours à la recherche du sien, Agathe était sur le point de sortir avec un jeune homme merveilleux, et Melissa... Melissa était obsédée par Nikolais. Elle l'avait dans la tête quoiqu'elle fasse. Elle ne pouvait s'empêcher de penser à lui. À chaque instant de la journée elle pensait à lui.

-Melissa, je peux te parler une seconde?demanda Enrico.
Il venait d'arriver et il allait déjà lui faire des reproches.
-Si tu veux...répondit la jeune fille distraitement.
-Écoutes, je voudrais tout d'abord m'excuser pour hier soir.
Elle n'en croyait pas ses oreilles. Enrico s'excusait!
-Mais te voir avec ce blanc bec! Non mais pour qui il se prend?!
Ah oui! Elle se disait aussi...
-C'est vrai quoi! Et d'ailleurs pourquoi tu dansais devant lui comme ça?
-Mais qu'est-ce que cela peut te faire?!s'exclama Melissa. C'est ma vie je fais ce que je veux!
-Mais enfin t'as vu comment t'étais avec lui?!
-Tu sais quoi Enrico, je crois que cela ne marche pas entre nous. Il vaut mieux en rester là.
-Attends, tu m'jettes là?
-Oui. Je casse.
-Mais tu peux pas faire ça! On a trop vécu de choses ensemble!
-Mais tu m'étouffe! Je ne peux rien faire, tu es toujours sur mon dos! Tu es collant, et possessif, et jaloux! C'est insupportable! Alors laisses-moi! Je veux vivre ma vie et découvrir de nouvelles choses. Sans toi.
-Tu me largue pour l'autre... C'est bien son ruban que tu portes!
-Quoi? Mais non! Je ne l'ai même pas revu! Je ne connais que son nom! Et puis qu'est-ce que cela peut te faire?!Maintenant laisses-moi!
Melissa lui tourna le dos et retourna près de ses amis.
-Ouf!s'exclama-t-elle en se laissant tomber dans un fauteuil près d'eux.
-Ça fait du bien de lâcher un mec trop encombrant, hein? Ricana Daliah.
-C'est clair...
-On a découvert une sorte de boite de nuit pour le jour. Il y fait comme en pleine nuit, avec tous les accessoires habituels de boite de nuit, annonça Jonathan. Ça vous dit d'aller y faire un tour?
-C'est où?demanda Kimberley suspicieuse.
-Kimi!... Relaxe!s'exclama Jérémy. C'est ma mère qui nous l'a fait découvrir...
-C'est juste à côté de Sandton, répondit Jonathan. Ça vous dit?
-Moi je suis partante, répondit Daliah.
Melissa, Tessa, Max, et Jérémy aussi étaient partants. Enrico finit par accepter, et Kimi se rangea à l'avis commun. Elle n'allait pas le regretter. Nos amis sortirent donc du centre commercial et montèrent dans les différentes voitures et sur les différentes motos. Melissa se retrouva avec Kimberley et Daliah. Elle leur raconta alors sa rencontre avec Youri et se qu'elle avait ressentit. Les deux jeunes filles furent unanimes : Melissa avait rencontré le grand amour!
L'entrée semblait miteuse et faisait tout de même un peu glauque. Elle n'engageait pas à entrer. Mais Jonathan et Jérémy les entraînèrent à l'intérieur. Ils s'installèrent à une table. La salle était presque vide. Seul un groupe de personnes étaient assises à une table au fond de la salle, dans l'ombre. On ne distinguait d'eux que des silhouettes confondues les unes dans les autres. Ils s'assirent tous et attendirent Jonathan, qui était partit commander leurs boissons. Alors qu'il venait de revenir, la chanson sur laquelle les fille adoraient danser passa : elles se levèrent de concert et se dirigèrent vers le centre de la salle pour danser. Elles dansèrent tout d'abord les unes contre les autres, puis Max vint rejoindre Tessa, et un jeune homme qui avait manifestement tapé dans l'½il de Kimberley la rejoint. Daliah et Agathe allèrent s'asseoir pour boire un coup, mais Melissa resta sur la piste, à danser. Soudain, elle sentit une présence à côté d'elle et deux mains glacées la forcèrent à se retourner. Elle ouvrit les yeux et rencontra le regard dur et froid de Nikolais. Il tendit la main vers elle et une seconde elle cru qu'il allait la frapper. Mais sa main gantée ne fit qu'effleurer sa joue et se referma délicatement sur le ruban rouge.
-Ne serais-ce pas à moi?demanda-t-il en souriant.
-Oui en effet, murmura la jeune fille.
Elle leva les mains vers ses cheveux et défit le long ruban. Ses cheveux, libérés, rebondirent sur ses épaules. Elle tendit le ruban à Nikolais qui le prit et le noua autour de son cou. Il lui sourit. Dans son coin, Enrico fulminait. Elle semblait si heureuse avec cet espèce d'olibrius! Et en effet, elle était heureuse. Ils dansèrent, et Enrico préféra quitter la salle avant d'emplafonner l'étranger. Melissa ne remarqua pas le départ précipité de son ex-petit ami. Elle ne remarqua pas non plus le regard noir que lui lançait une jeune fille assise à la table dans l'ombre. Melissa et Nikolais dansaient, les yeux dans les yeux, une valse ancienne et lente sur un rythme slow. Lorsque la musique prit fin ils revinrent à la réalité. Les rires de ses amis parvinrent aux oreilles de la jeune femme. Elle baissa les yeux et les cligna plusieurs fois. Nikolais leva les mains et détacha de son cou une mince chaîne en argent, au bout de laquelle pendait une croix rouge sang. Elle semblait très ancienne. Puis il passa les mains sous les cheveux de la jeune femme et lui attacha la chaîne autour du cou.
-Ce collier vient de Russie, mon pays natal.
-Merci beaucoup mais je ne peux accepter...
-Je n'admettrais pas de refus de votre part. Je dois maintenant vous quitter. Veuillez m'excuser...
Nikolais s'éloigna à reculons, comme glissant sur le sol, sans la quitter des yeux. Puis il disparut dans l'ombre. Rapidement, toutes les personnes assises à la table du fond se levèrent et disparurent à leur tour dans l'ombre. Avant de disparaître, l'une des jeunes femmes vissa son regard sur celui de Melissa et la regarda avec le plus de haine qu'elle pouvait. Melissa eut un mouvement de recul mais soutint le regard sans ciller. Puis, lorsqu'ils furent tous disparus, elle se secoua et retourna près de ses amis.
-Alors c'était qui?demanda Jonathan.
-Brun, cheveux longs, vêtements noirs, manteau rouge...récita Daliah.
-Allure mystérieuse, envoûtant...continua Agathe.
-Ce ne serait pas le fameux Nikolais? Termina Kimberley.
Melissa sentit la chaleur lui monter au visage, et tout le monde éclata de rire. Ils restèrent encore quelques temps à leur table à discuter, puis l'heure vint de partir.

Cela faisait maintenant près d'une semaine que Melissa n'avait pas vu son « beau ténébreux » comme l'appelaient ses amies. Elle portait toujours autour du cou sa croix et la caressait du bout des doigts à tout instant. Le BAC était arrivé plus vite qu'elle ne l'aurait voulu. Encore 10h et elle devrait se lever pour se préparer et aller passer son BAC. Elle aurait examens toute la semaine et résultats deux jours après la dernière épreuve. Heureusement, le soir des résultats, une soirée était organisée. Ainsi, ils pourraient tous décompresser et fêter une bonne fois pour toute la fin des cours et du lycée. Bien sûr, les professeurs étaient aussi invités. Mais peu viendraient. Du moins, peu avaient répondu par l'affirmative. Et Melissa avait hâte d'être à ce jour. Mais pour l'instant, elle devait aller dormir. Depuis qu'elle avait exprimé le désir de continuer ses études en France et que la date de son départ était fixée peu après les vacances de juillet/août, sa mère avait prit possession de sa chambre pour en faire son bureau et Melissa avait transféré sa chambre dans le cottage, une sorte de seconde maison au fond du jardin, comportant deux chambres, dont l'une transformée en salle de musique, une petite salle de bain, et un salon/salle à manger/cuisine. Elle dormait donc dans ce cottage, et cela lui plaisait. Elle avait son indépendance, même si ses journées se passaient dans la maison. Elle ne regagnait le cottage que pour dormir. Elle coupa donc l'alarme ce soir là, l'angoisse lui nouant le ventre, embrassa ses parents et sortit dans le jardin pour regagner le cottage. À peine avait-elle fermé la porte à clef, sa mère remit l'alarme.
-Par mesure de sécurité, disait-elle. Ainsi, personne n'a le temps de pénétrer dans la maison ou dans le cottage.
Melissa entra dans sa chambre, alluma le radiateur et se dirigea vers la salle de bain. Lorsqu'elle se fut changée, elle retourna vers sa chambre, resserrant son kimono autour de sa taille. Elle ouvrit la porte et poussa un cri de surprise.
-Nikolais! Mais!...
-Je savais que tu aurais du mal à dormir cette nuit et que tu aurais sûrement besoin de parler.
-Mais comment?...
-J'ai mes secrets. Si je te dérange, je peux partir.
-Non non! Je suis contente que tu sois là. Juste un peu surprise...
-Je peux le comprendre. Couches-toi, proposa-t-il. Je vais prendre cette chaise et rester près de toi.
-Le lit est assez grand pour deux, remarqua la jeune femme. Et si tu ne veux pas dormir, tu peux rester assit...
Nikolais sourit et laissa Melissa se coucher avant de s'assoire près d'elle. Ils discutèrent de choses et d'autres pendant peu de temps. Melissa s'endormit rapidement. Nikolais resta près d'elle toute la nuit, n'osant la toucher. Il respirait son odeur, cette odeur de rose qui n'appartenait qu'à elle. Jamais il n'avait sentit pareille odeur. Lorsque Melissa se réveilla, le jeune homme avait disparu. Peu surprise, elle sourit et s'étira. Sa main rencontra alors quelque chose de frais et lisse. Elle le saisit et regarda. C'était un parchemin couvert d'une écriture fine et penchée, très ouvragée.
-Où que tu sois, je te retrouverais. Si tu as besoin de moi, tu n'as qu'à passer au club où nous nous sommes rencontrés cet après-midi. Laisses un mot au barman en disant que c'est pour le conte de Lion. Il saura de qui tu veux parler et me remettra ton mot dès qu'il me verra. Seulement, je ne pourrais te retrouver que la nuit où bien dans ce club. Je sais que tu réussiras tes examens. Bonne chance!
Melissa sourit et posa le mot sur son c½ur. Il battait la chamade. Elle tira de son sac son agenda et glissa le mot à l'intérieur, à la page de ce jour. Puis elle se leva et se prépara. Une fois la première épreuve passée, elle raconta tout à ses amies et leur montra le mot. Elle ne furent aucunement apeurée. Elles n'avaient vu Nikolais qu'une fois, mais elles l'avaient déjà jugées. Pour elles, il était bon, avenant, beau, gentil, doux, et superbe! Elle enviaient leur amie, mais pas au point de lui en vouloir. Elles l'enviaient juste d'avoir trouvé quelque un. Et soudain, Agathe fit une révélation de taille. À vrai, dire elle ne dit rien. Mais chacune pu voir Valère se diriger vers elles. Agathe se tourna vers lui et l'embrassa. Les filles se mirent à crier. Comment avait-elle pu leur cacher cela?! Mais c'était génial! Bravo! On est super contentes! Mais la série des surprises n'était pas finie. Kimberley annonça qu'elle sortait avec Caleb, le jeune homme qu'elle avait rencontré au club la veille, et Daliah annonça à tout le monde qu'elle avait rencontré un jeune homme musulman, libanais, qui plaisait à ses parents, et qui lui plaisait beaucoup. Ainsi, la vie ne pouvait sembler plus belle pour les filles! Melissa pensa à Nikolais, à ses lèvres, à ses mains, à sa peau si froide, à ses yeux si durs et froids, et sa main se porta naturellement sur la croix.
-Tu portes toujours cette croix à ce que je vois...remarqua Agathe.
-Et bien oui. Elle est belle n'est-ce pas?
-Ça oui! Ce n'est pas de la camelote qu'il t'as offert!
-Il ne me la pas offerte!répliqua Melissa. Il me la juste prêtée.
-Il est quand même bizarre ton gars, remarqua perfidement Enrico.
-Mais qu'est-ce que tu viens faire ici?! Tu t'immisce souvent comme cela dans les conversations?!
-Woh! C'est bon! Mais t'as jamais pris ma défense comme ça...
-Rô fiches-moi la paix! Vas plutôt voir Vanessa qui te fais de l'½il de puis que Kyle l'a lâché! Au moins tu me ficheras la paix!
Enrico se ramassa sur lui-même et partit.
-Qu'est-ce qu'il peut m'énerver celui-là!s'exclama Melissa lorsqu'il fut partit.
-Tu t'énerves facilement lorsqu'il parle de Nikolais, fit remarquer Valère. Je ne le connais pas, et il doit sûrement être super pour te rendre si heureuse, mais fais attention. T'énerver contre Enrico n'est pas une bonne chose...
Melissa regarda Valère, estomaquée.
-Merci de ta franchise, finit-elle par dire.
-Je t'en prie, répondit-il en souriant. Bon! Et si on allait manger?
Tout le monde éclata de rire. L'appel du ventre était toujours le plus fort pour lui.

En sortant du lycée, Melissa demanda au chauffeur de la conduire au club. Elle rédigea un court mot pour Nikolais où elle lui disait qu'une fête avait lieu le lundi soir suivant et que, s'il le voulait, elle y serait à partir de 19h. Puis elle le donna au barman et partit.

-Cette fille est étrange, déclara François.
-Pourquoi dis-tu cela? Demanda Nikolais.
Les deux jeunes hommes étaient assis au bar. La nuit était tombée et ils buvaient un verre ensemble.
-Elle n'est pas seulement envoûtée par toi lorsque tu es près d'elle.
-Je ne comprends pas...
-Lorsqu'un humain se trouve en notre compagnie, il est irrespirable attiré par nous. Mais une fois que nous les quittons, ils prennent peur, s'en veulent, et se jurent de ne jamais nous approcher. Mais elle, c'est différent. Elle porte ta croix en permanence et pense à toi sans cesse. Elle n'a pas peur de toi malgré ton regard, malgré la froideur de ta peau. Elle est irrésistiblement attirée par toi, mais même lorsque tu n'es plus là. Et tu te comportes bizarrement avec elle.
-Si tu le dis...
-Elle est magnifique en tous cas. J'aimerais assez mordre la chaire tendre de son cou. Sentir son sang couler sur mes lèvres et posséder ce corps...
-Je te le déconseille!répondit Nikolais menaçant.
-Ok! T'énerves pas mec!
-Je suis très calme...
-Une dernière chose : tu n'as pas remarqué qu'elle ressemblait énormément à Anastasie?
-...

Les épreuves avaient enfin prit fin. Et l'attente des résultats était longue. Certes, ce n'était que deux jours, mais c'était tout de même trop long! Ne tenant pas en place, Melissa décida d'aller se coucher. En arrivant dans sa chambre, elle trouva étendu sur son lit un paquet de papier kraft, un parchemin épinglé sur la cordelette. Elle jeta ses affaires autour d'elle et s'empara du mot.
« Je serais heureux de te retrouver à cette soirée. Voici un présent. »
Melissa déchira fébrilement le papier et découvrit la plus belle robe qui soit. Rouge, décolletée, bustier, elle s'accordait parfaitement avec la couleur de la croix. Le haut était serré juste ce qu'il fallait pour faire ressortir sa poitrine et sa minceur. Le bas était plus évasé. Lorsqu'elle la mit devant elle et fit mine de danser, le tissus tourna autour d'elle comme les pétales d'une rose s'épanouissant. Au fond de la boite, il y avait aussi une étole assortie, qui s'attachait au niveau de la poitrine et entourait les bars, retombant sur les coudes. Elle débarrassa son mannequin des vêtements qu'il portait déjà et le revêtit de la robe et de l'étole. Puis elle posa à côté ses escarpins rouges et mit la croix. Elle contempla le résultat et sourit de bonheur. Elle allait être superbe. Elle se coucha et s'endormit presque aussitôt, rêvant de Nikolais.

François avait raison : Melissa n'était pas ordinaire. Elle avait hérité de son arrière-grand-père une anomalie génétique qui la rendait presque invincible. Elle possédait ce que certains appelleraient un pouvoir, qui consistait en fait en une sorte de régénération. Lorsqu'elle se blessait, elle se régénérait toute seule. Cependant, elle devait se cacher lors de cette régénération, car une sorte de lumière blanche semblait émaner d'elle. Elle savait contrôler ce pouvoir, ce qui lui permettait de sembler normale et de ne pas se régénérer trop vite. Elle savait depuis toute petite que sa famille possédait ce don. Et elle le gardait farouchement secret. Ainsi, lorsqu'elle se blessait sévèrement, elle courait se cacher. Heureusement pour elle, il fallait un certain temps entre la blessure et la régénération. Elle n'avait confié ce secret à personne, de peur d'être considérée comme un monstre et de subir des expériences.

Le grand jour était enfin arrivé : les résultats allaient être annoncés d'un moment à l'autre. Melissa et ses amis étaient rassemblés autour de l'accueil, attendant le proviseur qui annoncerait les résultats à haute voix. Enfin, il arriva. Et l'annonce commença. Ils étaient tous reçus!! Il y avait 100% de réussite! Tous les élèves crièrent de joie. Les résultats ayant lieux l'après-midi, lorsqu'ils prirent fin, il ne restait à Melissa que quelques heures pour se préparer, indépendamment bien sûr du nettoyage de sa chambre, qu'elle faisait tous les lundis. Cela lui laissait peu de temps. Mais en se pressant un peu sur le nettoyage, elle y arriverait. Elle ne mettait pas beaucoup de temps pour se préparer, mais cette fois, elle voulait être superbe. Elle voulait faire honneur à Nikolais en quelque sorte. Et elle avait peur de le décevoir. Elle se mit donc au nettoyage dès qu'elle fut de retour. Ranger ne prenait pas trop de temps. Nettoyer le sol non plus. Ce qui lui prenait le plus de temps, c'était la salle de bain et toutes les vitres. Cela lui prenait énormément de temps. Et une fois qu'elle avait passé le balais serpillière, il lui fallait attendre que tout sèche pour pouvoir retourner dans le cottage. Après cela, il lui resterait près d'une heure et demi pour se préparer et se rendre au lieu de la soirée. Melissa coiffa ses longs cheveux en chignon, puis elle en retira quelques mèches et les boucla. Enfin, elle se maquilla, légèrement. Un peu de fard beige à mini paillettes pour les paupières, du mascara marron pour allonger ses cils trop courts, un peu de crayon gris bleu pour allonger ses yeux trop grands, et un rouge à lèvre discret pour briller quelque peu. Une fois qu'elle eut finit de se préparer, elle retira son peignoir et enfila sa robe, demandant de l'aide à sa mère pour lacet le corset dans le dos. Puis elle attacha la croix autour de son cou et sourit de satisfaction lorsqu'elle vit qu'elle tombait juste dans le décolleté, sans passer sous la robe. Puis elle attacha l'étole et chaussa ses escarpins. Elle se présenta enfin devant ses parents. Sa mère ne put s'empêcher de vouloir remonter son étole et son corset, et son beau-père lui fit les recommandations habituelles :
-Protèges-toi, ne bois pas trop où tu ne sauras pas ce que tu fais, et ne prends pas de beuh ou quoi que ce soit sinon, cela figurera sur ton dossier médical.
Puis Melissa attendit. La nuit tombait et elle attendait ses amies. Elles avaient maintenant un quart d'heure de retard. Soudain, le klaxonne retentit. La jeune femme se précipita au dehors, sans prendre le temps d'embrasser ses parents et de couper l'alarme. Elle se déclancha et Melissa rentra en courant dans la maison pour la couper. Elle embrassa ses parents et sortit. Au dehors, ce n'était pas la voiture des filles qui l'attendait, mais une superbe Mercedes noire. Melissa s'arrêta net. La vitre arrière s'ouvrit et le visage de Nikolais apparu, tout souriant.
-J'ai appelé tes amies pour leur dire de ne pas passer te chercher, dit-il. Désolé du retard...
La jeune femme sourit et courut vers la voiture.

À l'arrivée, bon nombre de personnes se pressèrent à la sortie pour voir à qui appartenait cette belle voiture. Le chauffeur sortit de la voiture, fit le tour et ouvrit à Nikolais. Celui-ci sortit et se dirigea vers la portière du côté de Melissa.

Personne n'avait jamais vu Nikolais à part Les amis de Melissa. Personne ou presque ne savait donc qui il était. Il n'était pas du lycée, cela était sûr. Mais alors d'où venait-il? Et qui était-il?

Nikolais ouvrit la portière et Melissa sortit, rajustant son étole sur ses bras.

Ce bel inconnu était avec Melissa?! Il était très attirant, et en même temps repoussant. Il faisait quelque peu peur.

Melissa rajusta son étole, sourit à Nikolais et posa sa main sur le bras qu'il lui tendait. Lentement, ils se dirigèrent vers la salle, se regardant à tour de rôle, leurs regards se croisant. Ils ne remarquèrent même pas les gens qui s'étaient amassés autour d'eux.

Melissa évoluait comme dans un rêve. Il était venu la chercher, il était venu à la soirée... Il la traitait comme une princesse. Et elle se sentait comme telle. Une vraie princesse. Ils dansaient depuis près d'un quart d'heure, la tête de la jeune femme reposant sur l'épaule du jeune homme, lorsque ce dernier s'arrêta net. Melissa leva les yeux sur lui et le vit regarder par-dessus elle. Il semblait furieux. La jeune femme eut un mouvement de recul. Nikolais la maintint contre elle. Il resta ainsi quelques instants puis se pencha vers elle et lui murmura qu'il devait s'absenter quelques instants et qu'il revenait vite. Il s'éclipsa et se dirigea vers un jeune homme qu'elle n'avait jamais vu. En le voyant, elle ne put s'empêcher d'avoir peur. Youri saisit le bras du jeune homme, l'arracha à la jeune fille qui se trouvait dans ses bras, et l'entraîna vers la sortie. La jeune fille cligna plusieurs fois des yeux et plaqua sa main sur sa bouche en courant aux toilettes. Melissa se précipita vers la sortie, essayant de se frayer un chemin à travers les danseurs, mais elle eut beaucoup plus de mal que Nikolais. Enfin, elle arriva au dehors, mais les deux jeunes hommes avaient disparus. Elle entendit cependant des voix venant du couloir à gauche. Elle ne comprenait pas ce qu'elles disaient. Elle avança alors le long du couloir et les vit. Elle se cacha dans l'ombre et écouta.
-Je t'avais pourtant interdit de venir ici!
-J'ai le droit de me rendre où je veux Nikolais!
-Je ne veux pas de scandale ou de mort suspecte François! Tu sais très bien que tu es incapable de te contrôler!
-Oh oui! Alors que toi, le plus vieux d'entre nous, tu sais très bien te contrôler!
-Oui! J'en suis tout à fait capable!
-Je t'ai vu! Tu meures d'envie de la mordre! De toucher sa peau si chaude! De sentir son corps si vivant! De goûter!...
-Je t'interdit de parler d'elle comme cela! Jamais je ne la toucherais! Je me l'interdit! Ce pourrait être dangereux!
-Tu te crois supérieur à nous, mais tu es exactement comme nous!
Melissa sortit de l'ombre et regarda les deux jeunes hommes. Ce qu'elle vit alors la fit frissonner d'effrois. Leur peau si pâle luisait sous la lumière de la lune.
-Tu crois pouvoir nous diriger mais tu en es incapable! Tu es trop intéressé par ton nombril!
Nikolais ouvrit la bouche pour lui répondre et Melissa vit ses canines s'allonger. Mais curieusement, elle n'eut pas peur. Elle s'en doutait. Elle s'avança alors dans l'intention de les séparer, mais François recommença à crier.
-Oses me dire que tu ne veux pas la goûter!
-Tu es grotesque, comment peux-tu?!...
-Enough!s'exclama Melissa.
Les deux jeunes hommes s'arrêtèrent net et se retournèrent vers la source du cri.
-Mais qu'est-ce qu'elle fait là celle-là?!s'exclama François.
-Toi tu ne me parles pas sur ce ton!répliqua la jeune femme. Tu crois que sous prétexte que tu es un vampire tu me fais peur?! Mais qui es-tu pour te comporter ainsi?! On dirait un gamin de cinq ans!
-Je suis plus vieux que tout ce que tu pourrais imaginer, gronda le jeune homme.
-D'après ta façon de t'habiller, je dirais que tu as plus de deux cents ans, répondit Melissa en le jaugeant, les bras croisées sur la poitrine.
François resta bouche bée.
-Maintenant, si cela ne te fait rien, je voudrais retourner danser avec Nikolais. À moins que tu ne veuilles me tuer...
François lança un regard noir à la jeune femme et disparu dans un tourbillon de vêtements. Nikolais se tourna vers elle, souriant. La jeune femme se laissa tomber sur le sol, étourdit.
-Quand l'as-tu su?demanda-t-il en se précipitant sur elle.
-Pour toi, je m'en doutais même si je ne voulais pas l'accepter. C'était trop farfelu comme explication... J'en ai eu la confirmation il y a quelques minutes.
-Tu as été très courageuse.
-Dis plutôt que j'ai été complètement folle. Me frotter à un vampire n'est déjà pas sage, mais en plus à un de ce genre...
-Tu préfères que je te laisse? Je le comprendrais après ce que tu viens de voir...
-Je n'ai jamais été sage de toute façon, répondit Melissa en souriant. Aides-moi plutôt à me lever et retournons danser.
Nikolais lui sourit, l'aida à se lever et tous deux retournèrent danser. Ce fut la soirée la plus belle soirée de leur vie. Tous deux étaient amoureux l'un de l'autre, et il leur semblait que rien ne pourrait les empêcher de vivre cet amour. Quand vint l'heure de partir, Nikolais raccompagna la jeune femme chez elle. La tête de Melissa reposait sur l'épaule de son compagnon. Au moment de repartir, il retint son bras et l'attira à lui. Melissa posa sa main sur les lèvres du vampire.
-Je croyais que tu ne voulais prendre aucun risque...murmura-t-elle.
-J'ai peur de te faire mal...répondit-t-il.
-Jamais tu ne me feras mal...
Nikolais attira alors Melissa à lui et l'embrassa. Leurs lèvres se heurtèrent dans la violence de leur amour.
Lorsqu'ils se séparèrent, Melissa lui murmura :
-Ne viens pas cette nuit...
Puis elle détacha de son poignet son bracelet fétiche et le lui donna. Ce n'était qu'un simple ruban bordeaux, mais elle le portait jours et nuits depuis presque trois ans et il sût qu'elle importance cela avait pour elle.

-Tu avais raison, cette fille est spéciale, dit François.
-Je ne veux pas parler de cela avec toi, répliqua Nikolais.
-Alors c'est moi qui parlerais... Malgré ce qu'elle savait, elle m'a tenue tête. Malgré cela, elle t'aime et tient à toi. J'espère sincèrement que ce sera la bonne. Tu le mérites. Tu la mérites.
-J'ai faim...
-Alors allons chasser les criminels!s'exclama François avec joie.

Debout dans le salon, Melissa saisit l'enveloppe des mains de sa mère. Elle contenait ses résultats pour l'armée. Elle allait enfin savoir si elle était acceptée. Durant l'année scolaire, dès qu'elle avait eu 18 ans, elle avait profité des différentes vacances pour passer ses tests, et sa visite médicale. Et elle allait enfin connaître ses résultats. Elle déchira fébrilement l'enveloppe. Ses parents l'entouraient, tout aussi fébriles qu'elle, si ce n'est plus. Elle sortit la feuille de l'enveloppe et la lut. Ses yeux couraient sur le papier. Soudain, elle poussa un cri et jeta le papier en l'air.
-Je suis reçue!!
-Que vas-tu faire pour fêter ça?demanda son père de coeur.
-Je vais organiser une petite soirée avec mes amis, répondit la jeune femme.
-Et moi je t'emmène faire du shopping, déclara-t-il. Il te faut de nouveaux vêtements pour aller en France. Et des chauds si possibles pour l'hiver.
Melissa se précipita dans sa chambre et appela ses amis. Elle leur annonça qu'elle organisait une petite fête le lendemain soir, et qu'ils étaient tous conviés chez elle. Bien sûr, elle ne leur dit pas le pourquoi de la fête. Elle invita Tessa, Max, Daliah, Kimberley, Jonathan, Jérémy, Agathe, Valère, et Paul, un ami qu'elle avait rencontré au centre commercial quelques mois auparavant. Puis elle descendit et partit faire du shopping avec son beau-père. Sa mère, de son côté, allait préparer un superbe dîner pour fêter dignement le futur départ de sa fille. Avant d'arriver au centre commercial, Melissa demanda à son père de coeur de la déposer quelques secondes au club. Surprit, il accepta et se gara en double file pour l'attendre. La jeune femme sortit précipitamment de la voiture et entra. Le barman, la reconnaissant, lui sourit et lui fit un signe de la main. Elle se dirigea vers lui et lui demanda du papier et un stylo. Puis elle rédigea un mot à l'intention de Nikolais. Elle en déposait un par semaine à peu près depuis trois mois qu'ils se connaissaient. Dans ce mot, elle le prévenait de sa fête. Puis elle ajouta :
-Si François veut venir, il peut, à condition qu'il sache se retenir.
Elle donna le mot au barman et sortit. Au fond de la salle, un homme d'une quarantaine d'années l'observait. Elle rejoignit son père dans la voiture et tous deux se rendirent au centre commercial.

-Attends! Elle m'invite?!
-C'est-ce qu'elle a marqué en tous cas...
-Woah...
-Sauras-tu te tenir?
-Pour le coup, oui. Je ferais cela pour elle. C'est très gentil de sa part.

Les invités arrivèrent presque tous au même moment. Agathe, qui habitait une rue plus loin, vint à pieds, accompagnée de Valère, Daliah arriva accompagné de son petit ami libanais Khalil, Kimberley arriva accompagné de Caleb, et Paul arriva seul. Lorsque la nuit fut tombée, Nikolais et François arrivèrent. Melissa leur sauta au cou puis fit les présentations. Les deux jeunes hommes connaissaient Caleb pour l'avoir rencontrés au club. Ils firent donc la connaissance de Paul et Valère. Paul était sud-africain, et François se lia immédiatement d'amitié avec lui, et finalement, ils passèrent la soirée ensemble, à discuter. Puis Melissa fit une annonce. Elle coupa la musique et réclama le silence.
-Je n'ai pas fais cette fête pour rien. Alors voila, je me lance. Je suis reçue dans l'armée de terre, à Versailles, en France.
Tous ses amis hurlèrent de joie et la soirée se passa le mieux du monde. Lorsque François sentit qu'il ne pourrait se contenir plus longtemps, il se dirigea vers Melissa et Nikolais et prit congé.
-Merci d'être venu, lui murmura la jeune femme. Je sais que ce n'était pas facile...
-Je me devais de faire cela, répondit-il.
Puis, l'entraînant à l'écart, il la mit en garde.
-Nous ne savons pas ce que cela fait lorsque nous embrassons ou que nous couchons avec des mortels. Et nous pensons que cela pourrait avoir des conséquences assez fâcheuses.
-Merci de me prévenir. Pour ce qui est d'embrasser, je peux te dire que cela est très agréable.
François sourit et ses canines furent plus visibles que jamais.
-Nikolais est un homme bien. Fais attention à lui. Et à toi.
-Merci François. Je suis heureuse que tu sois venu.
Le jeune homme prit congé.

-Comment as-tu pu aller à cette soirée?!s'exclama la jeune vampire.
-Mais enfin Elena!
-Et comment as-tu pu laisser Nikolais y aller?!
-Nikolais est suffisamment grand pour prendre ses décisions tout seul.
-Non François! Il croit être amoureux! Il croit que cette sale petite humaine l'aime! Mais c'est faux!
-Tu ne connais rien de l'amour! Tu es l'une des notre depuis trop peu de temps! Et tu était très jeune lors de ta transformation! Alors ne parles pas de choses que tu ne connais pas!
-Comment oses-tu?! Cette sale petite P...
-Ne finis pas ta phrase!gronda le vampire.
-Tu vois?! Toi aussi tu prends sa défense!
-Elle est unique et exceptionnelle! Je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas comment c'est possible, mais elle a quelque chose...continua-t-il plus pour lui-même.
-Je vous déteste!hurla-t-elle en partant.

-Nikolais?
-Hum...
-Crois-tu que nous serons heureux?
-Qu'est-ce que tu veux dire?s'inquiéta le vampire en se tournant sur le côté pour faire face à Melissa.
-Je veux dire que... Si je dois partir, si je dois aller loin, dans un autre pays. Te reverrais-je?
-Ou que tu sois, je te retrouverais, assura-t-il.
Les deux amants étaient allongés sur le lit de Melissa. Tous les invités étaient partis, et Melissa avait proposé à son amant de rester pour la nuit. Le jour n'allait pas tarder à pointer le bout de son nez froid, et Melissa ne voulait pas laisser Nikolais partir.
-Il y a une chose que je peux t'assurer, reprit-il. Où que tu sois, quoi que tu fasses, je serais toujours près de toi.
-Sauf en plein jour... Là, tu es enfermé, je ne sais où ni avec qui, et tu n'es pas là pour moi.
-Lorsque nous nous enfermons pour la nuit, notre esprit ne dort pas. Il vagabonde. François m'a dit un jour qu'il retournait vers sa famille, ses descendants, et qu'il les protégeait du mieux qu'il le pouvait. Moi, j'errais sur la Terre, à la recherche de quelque chose.
-Et maintenant, tu erres toujours?
-Non. Je suis constamment avec toi. Je ne vois pas tout ce que tu fais, tout ce que tu vis, mais je suis là, attendant ton appel, recevant ton amour.
La jeune femme sourit, embrassa son compagnon et lui ordonna de filer.
-Le jour va bientôt se lever. Tu devrais partir...
Le jeune homme sourit et disparu dans un courant d'air. Melissa s'accorda encore quelques heures de repos avant de se lever. Elle devait tout organiser pour son prochain départ. Elle ne savait pas encore quand elle partirais, mais elle se doutait que ce serait assez rapidement. Toutes ses affaires ne viendraient pas avec elle. Seuls ses vêtements et ses livres feraient partis du premier voyage. Le reste viendrait par cartons plus tard, lorsqu'elle serait gendarme et non adjoint, et qu'elle aurait son studio. Elle devait donc ranger ses affaires dans des cartons, faire ses lessives pour être sûre de tout avoir, et bien sûr laisser un mot pour Nikolais afin de lui dire où elle allait. Mais le lendemain serait surtout consacré à ses parents. Ils avaient tous deux bloqué leur journée pour rester avec elle. Ils lui avaient dit avoir quelque chose d'important à lui annoncer. Pour l'heure, elle devait dormir.

Le lendemain fut une terrible journée. Tout d'abords, ses parents lui annoncèrent qu'elle partait le surlendemain. Puis, et ce fut le plus dur, elle rencontra au club un étranger qui lui fit une frousse terrible. Alors qu'elle entrait pour prévenir Nikolais de son départ imminent, l'étranger l'accosta et lui dit qu'il valait mieux pour elle qu'elle arrête de le voir.
-Je vous demande pardon?
-Votre ami n'est pas ce que l'on pourrait qualifier de recommandable.
-Et vous vous croyez recommandable je suppose?répliqua Melissa.
L'homme la saisit au bras et serra à lui en faire mal. Le bar était vide et Melissa prit peur.
-Je vous le redis, ne revoyez plus Nikolais, dit-il menaçant.
-Laissez-moi, dit-elle en se dégageant.
Paniquée, elle sortie du bar en oubliant de laisser son mot. Son père la déposa au centre commercial et lui promit qu'il viendrait la chercher vers 21h, au bar restaurant qui comportait une salle fumeurs. Elle devait en effet dîner avec Kimberley. C'était en fait, une sorte de dîner d'au revoir.

Lorsque le père de Kimberley vint la chercher, il restait plus de 20 minutes à Melissa avant d'aller retrouver son beau-père sur le parking. Elle s'installa dans la pièce fumeurs et ouvrit son portable. Elle chercha dans les renseignements le numéro de téléphone du club, et l'appela. Elle tomba sur Tom et lui confia le message qu'elle n'avait pu déposer plus tôt. Elle le prévint aussi qu'un homme l'avait accosté et qu'il semblait ne pas vouloir que du bien à Nikolais et ses amis. Le barman la remercia et lui promit de transmettre le message dès qu'il le pourrait. Au moment où elle raccrochait, la jeune fille reçue un message de son beau-père lui disant qu'elle devrait attendre une demi-heure de plus, car son dîner d'affaires n'était pas encore finit. Elle lui répondit qu'il n'y avait aucun problème, et se dirigea vers le parking. Là bas aussi elle pouvait fumer, et le temps qu'elle y reste ne lui coûterait rien. Elle paya donc la note et sortit. À peine arrivée sur le parking, elle entendit des rires et des cris de douleur. Comme tous les gens présents, elle tenta de ne pas y faire attention. Mais l'homme qui criait, se mit à parler et Melissa reconnue sa voix.
-Je vous dis que je ne sais pas où est Nikolais!
-Oh mon dieu! François!s'exclama-t-elle. Elle courut le long du parking, suivant le son des voix, ses chaussures ne faisant aucun bruit. Elle voit alors trois silhouettes debout, des lampes ultraviolettes dans les mains, et la silhouette de François se roulant par terre de douleur, de la fumée s'élevant de son corps. Melissa retira son manteau tout en courant et cria à l'adresses des trois hommes :
-Laissez-le tranquille!
L'homme qu'elle avait déjà vu au club s'approcha d'elle et lui décrocha un coup de poing. Sa lèvre inférieure se fendit et le sang se mit à couler. Melissa tomba à genoux à côté de son ami.
-Tiens! Mais se ne serait pas la petite dame que j'ai mise en garde tout à l'heure? Vous n'avez toujours pas comprit?
-Sachez que vos menaces ne m'effraient pas, répliqua-t-elle en jetant son manteau sur François. Cela vous plait de torturer un homme?
-Mais c'est cela le problème justement, susurra l'étranger. Ce n'est pas un homme.
-Il est en tous cas bien plus humain que vous! Maintenant allez-vous en!
-Oh non! Puisque vous êtes complice, vous mourrez aussi. Mais d'abords, je lui ferais dire où est son ami...
Melissa se plaça entre François et les trois étrangers, lui faisant un rempart de son corps. Ils rallumèrent leurs lampes et les braquèrent sur François. Mais le manteau dont Melissa l'avait recouvert était épais. Il saisit sa main et tous deux disparurent dans un tourbillon de vêtements.
-Elle doit être spéciale pour qu'il prenne ce risque...remarqua le premier étranger alors qu'ils disparaissaient.
-Très spéciale. Une humaine normalement constituée ne supporte pas un tel voyage, continua le deuxième.
-Il devait savoir qu'elle était spéciale. Sinon, il n'aurait jamais prit ce risque. Cela risquait aussi de le tuer lui, termina le troisième.

Melissa sentit l'air tourbillonner autour d'elle. Le vent claquait à ses oreilles, et la main de François serrait son poignet à lui faire mal. Mais instinctivement, elle savait qu'elle ne devait pas lui faire desserrer son étreinte. Aux bout de quelques secondes qui parurent une éternité à Melissa, ils apparurent dans un endroit sombre et silencieux. Petit à petit, les yeux de Melissa s'habituèrent à l'obscurité environnante et elle put distinguer des ombres, des silhouettes, immobiles. La jeune fille se releva et aida François à se mettre debout. Il était faible et semblait souffrir. Soudain, le silence fut brisé par un cri.
-François!! Comment as-tu pu l'amener ici!!hurla une jeune femme.
-Elena, répondit faiblement l'intéressé, s'il te plait...
Un bras autour des épaules de Melissa, il avait peine à tenir debout. La jeune fille le soutenait comme elle le pouvait, un bras passé autour de sa taille. La jeune vampire et quelques autres vampires s'approchèrent de Melissa menaçants. Leur visage exprimaient la haine. Melissa eu un mouvement de recul et François se redressa de toute sa hauteur et se plaça devant la jeune fille, lui faisant un rempart de son corps, les bras écartés. Les vampires s'arrêtèrent alors et plusieurs d'entre eux poussèrent des exclamations de surprise. Étonnée, Melissa les regarda tour à tour et vit sur leurs visages l'horreur et la peur qu'ils ressentaient à voir son corps. Puis soudain, François s'affaisse. Melissa le retient comme elle peut et l'allonge sur le sol. François murmure alors quelque chose. Melissa approche son oreille, ne pouvant entendre ce qu'il murmurait.
-Appelles Nikolais. Je dois le voir...
-Mais!...
-Fais ce que je te dis...
Melissa prit une grande inspiration et cria le nom de son amour avec toute la détresse qu'elle ressentait à tenir ainsi François dans ses bras. Aussitôt, il apparut dans la cave. Derrière lui, Melissa vit des multitudes de poignards accrochés aux murs. Melissa se lève et court se jeter dans ses bras. Ainsi serrée dans ses bras puissants, elle se sent en sécurité. Elle sait qu'aucun des vampires n'osera l'attaquer. François se rassoit et commence à raconter ce qui lui est arrivé. Effarés les vampires l'écoutent. Melissa, elle regarde François, inquiète. Il devrait se régénérer. Mais aucune de ses blessures ne guérissait, et Melissa le voyait décliner petit à petit. Lorsqu'il eut finit son récit, il s'écroula. Les vampires se précipitèrent vers lui, mais Melissa fut la plus rapide. Son manteau était consumé et le froid de la cave la saisissait. Malgré tout, elle retira son pull, et le roula en boule, qu'elle mit sous la tête du vampire. Elle leva ensuite la tête et demanda à Elena, qui était la plus proche, pourquoi il ne se régénérait pas.
-Il est trop sérieusement blessé, répondit-elle. Ces salauds savent comment nous torturer.
-Mais je croyais!...
-Et bien tu croyais mal! Il ne peut pas s'en sortir. Une seule personne a jamais pu guérir de ce genre de blessures grâce à une humaine. Mais il a disparut avant de nous expliquer pourquoi.
-Et qui était-ce?
-Ernest Hullman.
-Ernest Hullman Grant?demanda la jeune fille.
-Oui, répondit Elena surprise.
Melissa se leva alors et se dirigea vers le mur du fond de la cave. Elle saisit l'un des poignard et ignora les vampires. Le visage résolu, elle se dirigea vers François. À l'aide du poignard, elle découpa les restes de la chemise pour dégager son torse. Puis elle examina les brûlures du bout des doigts. Elle les effleurait, touchait les contours, faisant faire la grimace au vampire. Soudain, il ferma les yeux et sa tête pencha sur le côté. Elle lui saisit alors la tête et le força à la regarder. Elle lui mit des gifles pour le réveiller et lui ordonna de ne pas la quitter des yeux. Il ne devait arrêter de la regarder sous aucun prétexte. Les vampires regardaient cette jeune femme à l'air si autoritaire et décidé, qui prenait les choses en main. Ils regardaient cette jeune femme si étrange, qui avait réagit au nom illustre du dernier vampire ayant tenté de mener une vie normale avec une humaine, et qui avait disparu, cette étrange femme qui plaisait tant à Nikolais, qui avait sauvé François, et qui dégageait une sorte d'aura qui les forçait à ne pas intervenir. Elle porta le poignard à son poignet et le coupa, assez profond pour que le sang coule, sans toute fois couper l'artère. Les vampires voulurent l'en empêcher mais ils ne parvinrent pas à bouger. Seul Nikolais put bouger, mais la jeune femme se tourna vers lui et le regard déterminé qu'elle lui lança le convainquit qu'elle savait ce qu'elle faisait.
Elle fit couler son sang sur les brûlures puis attendit. Petit à petit, elles s'estompèrent, ne laissant que des petites cicatrices. Sa blessure ne saignait plus. La peau s'était refermée seule. Puis elle regarda François et lui caressa les cheveux, lui parlant doucement, comme à un enfant malade.
-François? Écoutes moi bien. Tes blessures sont guéries, mais cela ne suffit pas. Ton corps est guérit à l'extérieur, mais pas à l'intérieur. Il va falloir que tu boive quelque chose. Et je t'interdit de le refuser.
Les yeux de François lui montrèrent qu'il avait comprit. Elle porta alors à nouveau le poignard à son poignet et cette fois, elle trancha net dans l'artère. Elle grogna de douleur, et porta son poignet à la bouche du vampire. Au début, il n'avait pas la force de téter, mais rapidement, il leva les mains, saisit le poignet offert, et se mit à téter comme un enfant. Melissa eut la présence d'esprit de retirer sa main avant qu'il ne la vide de son sang. Elle s'assit sur le sol et s'adossa au mur, sans quitter François des yeux. Nikolais se précipita vers elle et la serra dans ses bras, inquiet et impuissant. Soudain, Melissa sentit le pouvoir monter en elle et repoussa violemment son amour. Son corps irradia de lumière, ses cheveux semblèrent secoués de vent, sa tête fut comme rejetée de force en arrière. Les yeux fermés, elle semblait dormir. La blessure de sa lèvre se referma petit à petit, et elle sentit la force revenir en elle. Les vampires la regardaient, ébahis. Nikolais, assit sur le sol après la poussée de son amour, la regardait, n'en croyant pas ses yeux, essayant de se protéger de son aura. Enfin, la lumière s'évanouit aussi vite qu'elle était apparue. Melissa ouvrit les yeux et sourit, rayonnante, aux vampires.
-Ernest est mort volontairement à la mort de mon arrière-grand-mère, leur dit-elle.
-Je me disais bien que tu n'étais pas normale, murmura François en se redressant.
Melissa se précipita vers lui, comme si rien ne lui était arrivé.
-François, le gronda-t-elle. Même si mon sang t'as permis de guérir plus vite, la régénération prend du temps. Je t'aurais bien proposé de venir chez moi, mais je pars après-demain, continua-t-elle en baissant la tête.
-Quoi?!s'exclamèrent en même temps François et Nikolais.
-Mes parents ont reçus ma convocation. Je suis affectée à la caserne de Versailles, et je dois y être le 5 au matin. Je pars demain et à peine arrivée, je prends le RER pour me rendre à Versailles.
Nikolais ouvrit la bouche pour lui dire quelque chose, mais son portable sonna. Le bruit eut la propriété d'électriser Melissa. Elle intima aux vampires de se taire, et décrocha.
-Melissa? C'est Gérald.
-Oh salut Gérald. Tu es en retard...
-Je ne pourrais pas venir te chercher. Je suis coincé pour quelques temps encore. Peux-tu trouver quelque un pour te raccompagner?
-Bien sur! Je viens de voir un ami. Il pourra sûrement me raccompagner. Sinon, j'appellerais maman. Ne t'inquiètes pas pour moi.
-Merci ma chérie.
-À plus!
Melissa raccrocha et se tourna vers Nikolais.
-Peux-tu me raccompagner chez moi? Mon beau-père ne peut pas venir me chercher.
-Bien sûr!
Melissa embrassa François sur la joue et lui recommanda de bien se reposer avant d'essayer de bouger, puis de se nourrir dès qu'il pourrait se lever. Elle fit un signe de la main aux autres vampires et s'accrocha au bras de Nikolais. Ils disparurent dans un tourbillon de vêtements.

-Alors là, je suis larguée...murmura Elena.
-Cela ne m'étonne pas, répliqua François en riant, ce qui le fit tousser violement.
-Tu peux pas te tenir correctement?! Elle t'as dit de dormir!le réprima vertement Elena.

Le soir du départ, Melissa monta dans la voiture avec ses parents, et prit la direction de l'aéroport. Elle avait dit au revoir à tous ses amis, et fait ses bagages. Elle était prête à partir, à commencer une nouvelle vie. Mais elle avait un peu peur. Et surtout, elle craignait de ne plus revoir Nikolais. Elle se demanda soudain si François allait mieux. Lorsque son grand-père lui racontait les histoires que son père lui racontait sur des vampires, elle n'y croyait pas. Mais sa rencontre avec Nikolais avait tout changé. Depuis, elle croyait à ces histoires. Elle y croyait même dur comme fer. Si son grand-père était encore de ce monde, elle lui aurait demandé de lui raconter, encore une fois, l'histoire de ce vampire qui errait sur terre à la recherche de son âme s½ur. Mais il était partit quelques années auparavant et sa mère n'avait jamais cru à ces histoires. Pour elle, les seuls vampires qui existaient étaient ceux des romans ; ceux qui étaient mauvais et ne rêvaient que d'une chose : boire du sang jeune et frais.
Les parents de Melissa n'avaient pas le choix, ils ne pouvaient que déposer leur fille à l'aéroport. Ils ne pouvaient l'accompagner. Elle leur avait assuré que ce n'était pas grave, qu'elle savait se débrouiller toute seule, ils n'arrêtaient pas de se ronger les sangs à l'idée de la laisser seule dans le grand aéroport. Lorsqu' enfin ils arrivèrent, elle les embrassa, saisit ses maigres bagages et entra dans l'aéroport. Là, elle enregistra ses bagages et entra dans le salon fumeur avant d'embarquer. La nuit était tombée depuis peu et le coin où elle s'était installée désert lorsqu'elle entendit des bruissements de vêtements tout près d'elle. Elle se tourna et vit Nikolais et François. Elle se jeta dans les bras de son amant, puis se tourna vers son ami.
-François!s'exclama-t-elle. Comment te sens-tu?
-Beaucoup mieux! Merci... Je ne sais comment te remercier...
-Tu trouveras bien à un moment ou à un autre!plaisanta-t-elle.
-Nous sommes venu te dire quelque chose.
-Quoi?
-Nous serons à Paris dans un mois, répondit François. Comme nous devons voyager de nuit avec toutes nos affaires, ce n'est pas facile. Mais nous nous sommes débrouillés, et nous serons là dans un mois.
-Mais c'est super!
-Lorsque tu seras là-bas, je voudrais que tu donnes ce mot à ton chef instructeur, dit Nikolais en lui tendant une enveloppe cachetée d'un sceau bizarre. Tu ne devras pas le lire. Lorsque tu arriveras, tu lui donneras cette enveloppe en lui disant qu'il la remette au général Grabi. Ne prononces pas mon nom ou le nom de l'un d'entre nous, et ne lui dis rien en rapport avec nous ou cette enveloppe. Tu as bien compris?
-Oui. Ne t'inquiètes pas. J'y ferais attention.
-Alors répètes.
-Je donnerais cette enveloppe dès mon arrivée à mon chef instructeur en lui disant de la remettre au général Grabi.
-Tu préciseras que c'est confidentiel.
-D'accord.
-Flight number 2994 from Johannesburg to Paris, all passengers aboard, annonça la voix de l'hôtesse dans la salle.
-Je dois y aller, dit alors Melissa. Alors à dans un mois.
Elle embrassa Nikolais qui lui glissa quelque chose dans la main et fit un petit signe de la main à François. Puis elle se dirigea vers sa porte d'embarquement, sans se retourner. Lorsqu'elle monta dans l'avion, elle desserra son poing et découvrit une fine chaîne en argent et rubis, enroulée dans le ruban de Nikolais. La chaîne en argent formait la monture, et était sertie de minuscules rubis, espacés chacun d'un peu moins d'un centimètre l'un de l'autre. La chaîne faisait juste la taille de son poignet. Elle l'attacha et la contempla, puis attacha ses cheveux avec le ruban. Durant tout le voyage, elle se demanda comment Nikolais et François allaient voyager, et ce que contenait l'enveloppe que lui avait remit son amour. Finalement, elle s'endormit, épuisée. Lorsqu'elle se réveilla le lendemain, elle essaya de remettre ses idées en place. Ce premier jour dans l'armée n'allait pas être le meilleur. Elle était épuisée, n'ayant dormit que d'un sommeil agité, comme à chaque fois qu'elle prenait l'avion. Elle se promit de passer dans un pharmacie pour acheter des vitamines. Ainsi, elle serait d'attaque. Il ne lui resterait plus qu'à se coucher tôt, et elle serait en forme pour le lendemain. Malheureusement, la régénération ne marchait pas pour le sommeil. Elle prit le petit déjeuner infect qu'on leur servait, rassembla ses affaires et attendit avec impatience l'atterrissage. Enfin, elle put quitter l'avion. Mais il lui restait la douane, la récupération de ses bagages, et le RER. Elle détestait prendre le RER avec des bagages. Mais elle n'avait pas le choix.

Enfin, elle arriva devant la caserne et rejoignit les autres nouvelles recrues. Elle était la plus jeune. Ils furent tous dispatchés à travers différentes chambrées, et elle se retrouva avec trois autres jeunes femmes, Valérie, Florence, et Nicole, de respectivement 25, 22, et 21 ans. Puis ils furent tous rapidement appelés pour le premier cours, qui consistait en fait à présenter le chef instructeur, les différents instructeurs, et tout ce qui avait rapport à la vie en caserne. À la fin de la matinée, lorsque le cours prit fin, Melissa se leva et se dirigea vers le chef instructeur. Elle sortit de son sac à dos l'enveloppe de Nikolais et la lui donna en précisant qu'elle était pour le général Grabi. Une fois que l'homme lui eut assuré que l'enveloppe serait remise à son destinataire, elle sourit et sortit. La première semaine passa rapidement. L'entraînement physique était dur, mais Melissa aimait cela. Tout lui plaisait. L'entraînement physique, les cours de mécanique, tout. Les instructeurs ne privilégiaient personne, ils ne complimentaient personne. De ce fait, on ne pouvait jamais savoir s'ils étaient contents ou pas, si certains étaient doués ou non, etc. Bien sur, la discipline était le plus important, et l'ordre avait une place prépondérante dans la vie de tous les jours, mais les soldats savaient rigoler et il régnait une super ambiance. Après cette première semaine, toutes les nouvelles recrues, ils n'étaient que 10, décidèrent de faire la fête le samedi après-midi. En fait de fête, ils se retrouvèrent dans le parc d'une ville avoisinante pour manger des glaces et rigoler. Melissa connaissait bien cette ville et ce parc. Elle y avait passé toute son enfance. Elle les conduisit donc sur l'île du parc, près du jardin. Là, les jardiniers entretenaient farouchement des multitudes de fleurs magnifiques. Ils s'assirent à côté du jardin, tournant le dos à la rivière. Ils avaient gardés leurs uniformes et ils mangèrent leurs glaces, parlant de choses et d'autres, n'ayant d'autre désir que de rire et s'amuser. Soudain, une musique retentit. Melissa frissonna. Elle venait de reconnaître l'une des chansons que l'harmonie du Vésinet jouait lors de certaines journées où ils venaient jouer au parc des Ibis. Ses amis voulurent aller voir les joueurs et demandèrent à Melissa avec insistance où ils jouaient. Il n'y avait pas de kiosque au Vésinet. La mairie ne voulait pas en construire un. L'harmonie était donc obligée de se placer le long de la rivière, sur le seul endroit à peu près plat du parc. Melissa les y conduisit donc, à contre c½ur, le plus lentement possible. Mais ils perdirent patience et la forcèrent à se dépêcher. Plusieurs morceaux avaient été joués lorsqu'ils arrivèrent. Melissa resta dans l'ombre d'un arbre pendant que ses amis se rapprochaient des joueurs. Elle ne voulait surtout pas être vue mais, du coin de l'½il, elle regardait une petite fille jouer sur l'herbe. Lorsque ses amis se lassèrent enfin de la musique et des fausses notes, tous repartirent vers leur caserne. Aucun d'eux ne remarqua la mine tantôt heureuse, tantôt maussade de la jeune femme. Elle semblait changer d'humeur toutes les deux secondes. Devant ses amis, elle était joyeuse, mais dès qu'il ne la regardaient plus, son sourire tombait et elle semblait triste et préoccupée. En fait de préoccupation, elle pensait à sa s½ur. C'était un secret qu'elle n'avait jamais révélé à personne. Son père vivait en France dans cette petite ville du Vésinet, avec sa nouvelle femme et leur fille âgée maintenant de 5 ans. À ses 18 ans, elle n'avait plus été obligée d'aller les voir en vacances, et de ce fait, elle ne voyait plus sa s½ur. Depuis ce jour, elle avait fabriquée une boite dans laquelle elle mettait une carte par an au moins, pour l'anniversaire de la petite fille. Pour chacun de ses anniversaire, elle envoyait une cadeau. Mais elle ne savait pas si la petite fille les recevait. Même son grand-père n'avait pu lui dire si elle recevait ses cadeaux. Le plus dur pour Melissa était de ne plus voir cette petite fille si jolie et si pleine de vie. Elle avait aussi très peur qu'elle ne grandisse en apprenant que sa s½ur était horrible et méchante, et qu'elle ne veuille plus jamais la voir. Elle avait tirée un trait sur sa vie passée et cette famille qui ne l'avait jamais considérée comme un être humain, mais elle ne parvenait pas à tirer un trait sur sa petite s½ur.

-Melissa? Tu reviens sur Terre?
-Pardon? J'étais dans mes pensées... Excuses moi Nicole.
-C'est pas grave. J'ai un message pour toi de l'instructeur chef. Tiens.
Melissa prit le papier que lui tendait la jeune femme et le déplia.
-Veuillez vous présenter à 21h dans mon bureau.
-Alors? Qu'est-ce qu'il dit?
-J'ai rendez-vous avec lui ce soir. Enfin dans son bureau. Qu'est-ce qu'il me veut? J'ai rien fais pourtant...
-Je sais pas. Peut-être qu'il veut te féliciter...
-Bah voyons! Et peut-être aussi me demander une gâterie tant qu'on y est! T'es pas un peu folle?
-Rôh ça va hein! J'disais ça pour rire. Et puis je vois pas pourquoi il te féliciterait pas. Tu es la meilleure d'entre nous. Et d'après ce que m'a confié l'un des profs, la meilleure depuis près de 10 ans.
-Bah voyons! Et je vais te croire bien sûr!
-En tous cas, tu ferais bien de te changer. Tu dois y être dans 10 minutes et tu es en pyjama.
-Quoi?!s'exclama la jeune femme en sautant au bas de son lit.
-Le message a mit du temps à te parvenir parce que l'on ne savait pas où tu étais...
-J'étais dans la salle de sport, répondit-elle distraitement en enfilant son uniforme.
Elle détacha de son poignet le ruban rouge et s'en noua les cheveux, puis elle courut hors du dortoir. Elle arriva devant la porte du bureau juste à l'heure. Elle frappa trois coups et attendit. La nuit commençait à tomber, et elle ne se sentait pas très rassurée ; La caserne était remplit de bruits bizarre la nuit. La porte s'ouvrit sur le chef instructeur et elle entra. Après l'avoir saluée, il lui fit signe de s'assoire sur l'un des fauteuils. Il la regarda durement pendant quelques instants puis se décida à ouvrir la bouche.
-Que savez-vous de Nikolais Orbalty?lui demanda-t-il.
-Je vous demande pardon?
-Vous m'avez très bien compris. Que savez-vous de cet homme?
-Rien.
-Vous savez que je pourrais vous faire parler.
-Si vous parlez de torture, je crois me souvenir qu'elle est interdite en France.
-Il n'y a pas que la torture physique. Je réitère donc ma question : que savez-vous de Nikolais Orbalty?
-Je crois avoir déjà eu l'obligeance de répondre à cette question, répondit-elle calmement.
-Nous avons des techniques pour savoir si vous mentez.
-L'une d'elle consiste à vérifier la direction de mon regard lorsque je parle, une autre à contrôler l'afflue de sang dans certaines parties de mon corps, ou bien de vérifier qu'elle partie de mon cerveau est utilisée lorsque je vous réponds.
-En effet. Mais il existe d'autres techniques telles que les menaces, etc. Et je sais que vous y succomberez un jour ou l'autre.
-Je ne vous permet pas de m'insulter!s'exclama Melissa en se levant d'un bond.
-Je vous demande pardon?
-Vous pouvez insinuer que je mens, mais je ne vous permet pas d'insinuer que je pourrais dire des choses sous la contrainte, vraies ou non.
-Asseyez-vous.
Melissa resta debout, refusant d'obéir à cet homme qui rêvait manifestement d'être mit dans le secret qui liait le général, Nikolais, et la jeune femme.
-C'est un ordre!hurla-t-il.
Melissa se laissa tomber sur le fauteuil, furieuse. Soudain, la porte s'ouvrit à la volée et le chef instructeur se leva d'un bond comme électrisé. Melissa se retourna et découvrit un homme grand et massif, taillé comme un rugbyman. Ses galons attestaient qu'il était général. Lentement, Melissa se leva et se mit au garde à vous. Le général entra et les fusilla du regard.
-Sergent! Sortez! Vous viendrez me voir demain!
Le sergent chef instructeur salua et sortit, lançant un regard assassin à la jeune femme.
-Soldat! Repos, continua-t-il en se tournant vers elle. Il se dirigea vers la porte, colla son oreille contre, puis l'ouvrit à la volée. Enfin, il alla s'installer au bureau du sergent et lui fit signe de s'assoire.
-Je vous ai fais convoquer ici pour une raison précise, lui dit-il. Mais avant de vous dévoiler cette raison, je voudrais que vous signez ces quelques papiers.
Melissa saisit les papiers qui se trouvaient devant elle et y jeta un rapide coup d'½il. Il s'agissait de clauses de confidentialité qui l'empêcheraient de rapporter quoi que ce soit en rapport direct ou indirect avec l'entretient qui allait suivre. Elle leva les yeux vers le général puis signa. Le général récupéra les papiers et les rangea dans sa veste.
-Bien! Maintenant, dites-moi. Que savez-vous de Nikolais Orbalty?
-Non mais c'est une obsession! Je ne sais rien de ce... Nikolais. Et je l'ai déjà dit au sergent.
-Le sergent vous a posé des questions sur Nikolais?!s'exclama-t-il.
-Oui. Il voulait savoir qui il était et si je le connaissais.
-Et vous le connaissez?
-Non général.
-Tu peux lui dire, dit une voix dans son dos.
Elle se retourna vivement et poussa un cri de surprise.
-François!
-Et oui! C'est bien moi! Général, ajouta-t-il en s'inclinant.
Revenue de sa surprise, Melissa ne put s'empêcher de le sermonner, sous les yeux ébahis du Général.
-Je t'avais dit de faire attention et de ne pas faire de voyages trop grands! Je ne peux pas toujours être là!
-Mais ça va je t'assure! Je me sens parfaitement bien!
-Non! Tu n'es pas totalement guérit et!...
-Hum hum! Si je vous dérange, dites-le tout de suite...
-Oh! Pardon général!s'exclama Melissa confuse.
-Il vous serait arrivé quelque chose de grave monsieur Varty?
-Et bien... Oui. Les mêmes hommes que d'habitude. Ils cherchaient Nikolais. Et j'ai faillit en mourir. Heureusement que Melissa était là.
-Remercie plutôt Pépé et son sang...
-Je vous demande pardon?
-Melissa est une descendante de Ernest Hullman, expliqua François. Son sang m'a sauvé.
-Je dois avouer que je ne comprends pas très bien...
-François peux-tu vérifier que personne n'est près d'ici?demanda Melissa.
-C'est fait. Je n'entends que vos deux battements de c½urs.
-Merci. Général, pouvez-vous me prêter le coupe-papier qui se trouve devant vous?
Intrigué, le général lui passa le coupe-papier. Comme elle l'avait fait dans la cave une semaine plus tôt, elle leva le coupe papier et s'entailla le poignet. Puis elle se concentra sur la blessure et sentit le don affluer en elle. Une lumière blanche nimba la pièce et sa blessure se referma petit à petit. Le souffle coupé, le général regarda le prodige s'accomplir sous ses yeux.

-C'est la raison pour laquelle nous la voudrions dans notre équipe, expliqua François. Mais nous ne savons pas si elle est apte.
-Et bien je vais regarder cela de plus près, répondit le général. Je vais voir comment elle se débrouille, et je vous tiendrais au courant. Mais où donc est monsieur Orbalty? C'est lui le chez de cette unité...
-Il n'a pas pu faire le voyage. Il devait d'abords s'occuper d'un petit problème personnel.
-Humf... Quand devez-vous arriver?
-Dans trois semaines environ. Nos affaires mettent du temps à arriver. Avec les nouvelles restrictions en avion, nous ne pouvons pas voyager ainsi. Nous devons donc voyager en voiture puis en bateau, puis de nouveau en voiture, et tout cela de nuit. Pour l'instant, nous sommes aux environs du Sahara.
-Très bien. Alors je vais regarder notre jeune recrue de plus près. Merci monsieur Varty. Vous pouvez disposer. J'ai deux ou trois petites choses à voir avec mademoiselle.
-Bien mon général.
François salua le général, embrassa Melissa et disparut dans un tourbillon de vêtements. Melissa retourna alors s'assoire, un sourire aux lèvres.
-Mademoiselle, je vais vous poser quelques questions. Certaines vous paraîtront sûrement gênantes ou même choquantes. Mais je vous demanderais d'y répondre avec sincérité.
-Oui mon général.
L'entretient dura ainsi près d'une heure. Il lui posa des questions sur sa vie, sa famille, comment elle ressentait sa famille et les conflits qui y étaient liés, sur Nikolais et François, comment elle les avait connu, comment elle avait découverte ma vérité, etc. Melissa répondit avec sincérité à toutes ces questions, allant même à parler de choses qu'elle n'avait jamais révélées à personne, comme sa relation avec son père ou ses sentiments envers sa famille paternelle, très compliqués. Puis le général se leva et Melissa prit congé.
-Il y a tout de même une chose que je dois vous dire, ajouta-t-elle avant de franchir la porte.
-Je vous écoute...
-Le sergent chef m'a semblé très entreprenant.
-C'est-à-dire?
-Que s'il avait pu utilisé des moyens persuasifs pour que je lui dise qui était Nikolais, il l'aurait fait. Ceci étant, la curiosité n'est pas un défaut...
-Je reconnais bien là votre bonté. Vous ne voulez causer d'ennuis à personne. Mais il en a eu à partir du moment où je l'ai vu avec vous avant d'arriver. Il n'aurait jamais dû être là.
-Je...
-Je vous remercie. Ce sera tout pour ce soir soldat.
-Bien mon général. Bonne nuit mon général.

Après trois semaines de cours, Melissa commençait à s'ennuyer. Il n'y avait plus rien à découvrir. Dans quelques jours, elle aurait à choisir où elle voudrait être envoyée. Depuis quelques jours, les recrues de sa section revoyaient tout ce qu'ils avaient vu au cours de leur apprentissage. Certains avaient encore besoin de se perfectionner, d'autres peaufinaient, d'autres encore essayaient de rester constants. Melissa, elle, s'ennuyait. Elle passait ses journées dans la salle de sport ou dans la salle de tir, et ses soirées à réviser les cours qu'elle avait prit durant ces trois semaines. Enfin, le jour des résultats arriva. Ils auraient ensuite trois jours pour décider dans quelle branche ils voudraient travailler. Bien sur, ils devraient faire plusieurs propositions et chacune serait examinée. Puis on leur dirait quelles étaient les possibilités qui auraient été retenues. Enfin, ils devraient prendre leur décision finale et choisir la branche dans laquelle ils serviraient. Melissa avait hâte de savoir combientième elle était dans le classement. Elle avait hâte, aussi, de savoir qu'elles possibilités seraient retenues pour son cas. Elle avait essayé de chasser de son esprit l'image de Nikolais. Mais elle était tenace et la jeune femme ne pouvait s'empêcher de penser à lui. Il ne sortait de son esprit que lorsqu'elle était occupée.
Melissa se secoua et sortit de son engourdissement. Elle se changea et enfila sa tenue de sport fournie par l'armée. Puis, sortant du dortoir, elle se dirigea vers la salle de sport. Comme à son habitude, elle s'échauffa et se défoula sur les sac suspendus au plafond. Elle aimait cela, taper sur ces sacs à s'écorcher les phalanges. Non pas qu'elle fut masochiste, c'était simplement le plaisir de bouger, de se défouler tout en respectant certaines règles. Elle aimait cette sensation de fatigue mêlée de satisfaction qu'elle ressentait lorsqu'elle arrêtait de taper, faute de force. Cette sensation de légèreté et de liberté lorsque ses muscles étaient poussés au maximum. Après s'être défoulée sur les sacs, elle demandait à un professeur de se battre contre elle, dans différentes disciplines. Elle essayait constamment de se dépasser, de repousser ses limites. Enfin, elle prenait une douche et se rendait au stand de tir. Là, elle tentait de mettre dans le mille pour chaque tir, et dans différentes positions, de plus en plus difficiles. Ce jour là, lorsqu'elle partit à la recherche d'un professeur, elle se sentit suivit. Elle ralentit le pas, accéléra, et se retourna brusquement. Puis elle continua son chemin, pas rassurée pour un sou. Enfin, elle trouva l'un des professeurs. Lorsqu'il la vit arriver, il sourit, salua ses collègues d'un signe de tête, et se dirigea vers elle.
-Alors soldat, vous voulez encore essayer de me battre?
-J'aimerais assez, répondit Melissa. Mais si vous êtes occupé...
-Pas le moins du monde. Allons-y!

Le poing la frappa avec force sur le front. Melissa tomba à la renverse.
-Soldat, vous n'êtes pas concentré, remarqua le professeur.
-Je suis désolée. J'avais l'impression...
-Oui?
-Non rien.
Melissa avait eut la très nette impression d'être observée, ce qui l'avait distraite. Cela faisait depuis le début de la journée qu'elle se sentait observée. Et cela la dérangeait. Cependant, elle se remit en place et se concentra à nouveau. Enfin, elle réussit à déséquilibrer son adversaire et le mit à terre. Le professeur se releva et s'essuya le front. Puis il se dirigea vers la fontaine d'eau et se servit un verre. Melissa en fit autant. Enfin, il lui fit les reproches qu'elle attendait. Il lui expliqua comment se corriger, lui montra ses erreurs, et la regarda se corriger elle-même.
-Je crois que vous avez compris l'essentiel. Si je me souviens bien, ce ne sont pas les même erreurs que la dernière fois. Vous vous corrigez rapidement, mais vous en commettez de nouvelles. Je dois y aller. Veuillez m'excuser.
Melissa salua et tourna le dos au professeur qui partait. Elle prit une serviette éponge et s'essuya le cou, le visage et le ventre. Puis elle jeta son verre en plastique dans la poubelle prévue à cet effet et sortit pour prendre une douche. Le soir, elle et toutes les recrues de sa section sortaient fêter leurs résultats en boite. Car les trois jours qu'ils devaient mettre à profit pour choisir leur future branche d'activité étaient en fait trois jours de congé. De ce fait, ils avaient prévu de sortir pour fêter leurs résultats, mettant à profit leurs trois jours de congé.

-Oui allo?
-Mèl! C'est Kimi!
-Gosh Kimi!! Ça faisait longtemps!
Melissa venait à peine de sortir de la douche lorsque son portable avait sonné. Une serviette éponge enroulée autour de sa poitrine, elle avait décroché, encore trempée.
-Tu m'as l'air bien essoufflée...
-Je sors de la douche... Alors comment vas-tu?
-Bien! Je viens de recevoir une lettre du lycée Louis le Grand.
-Alors?!
-Alors je suis reçue!! Je commence les cours en septembre.
-Mais c'est super!! Et Caleb? Il vient avec toi?
-Oui! Lui aussi est reçut!!
-Je suis super contente pour vous deux! C'est vraiment super!
-Merci. Mais à propos de petits amis, comment se porte le tient?
-Et bien, je n'en sais rien... Je n'ai pas de nouvelles.
-C'est étrange ça...
-Oui surtout vu ce que je t'ai dis.
-Alors tu continues à croire qu'il est surnaturel et en grand danger?
-Oui. Et même s'il n'est qu'humain, il est en danger. De cela, je suis sûre.
-Ne t'inquiètes donc pas... Et puis va. voir ailleurs!
-Ça, je ne peux pas m'en empêcher! Tu me connais! Même si je suis avec quelque un j'ai besoin de flirter, et d'aller « voir ailleurs » comme tu dis. Sans pour autant tromper cette personne.
-En fin de compte, tu flirtes, tu aguiches, et tu t'amuses, mais tu ne trompes pas. Tu fais croire, et tu désespères. Pas mal!
-Ouais enfin...
-Tu fais quoi ce soir?
-Je sors. On va fêter nos résultats en boite. Dès qu'on les a tous bien sur!
-Bien sur! Alors je te rappelle demain pour connaître tes résultats!
-Ok! À partir de demain, j'ai trois jours de congé. Je dois réfléchir aux branches dans lesquelles je voudrais travailler.
-J'arrive demain avec Caleb à Paris. On peut se voir?
-Bien sûr! Appelles moi et on voit ça!
-Ok! Bisous! Amuses-toi bien!
-Bisous!
Melissa raccrocha et s'habilla. Les résultats seraient annoncés dans quelques minutes. Après cette annonce, ils iraient tous se changer et partiraient pour faire la fête. Melissa repensa à Nikolais et sentit la colère monter en elle. Comment pouvait-il la laisser ainsi, sans nouvelles, après avoir apprit ce qu'il courait comme danger, et ce depuis trois semaines?! François était venu, mais il ne lui avait rien dit! Et elle était là à se faire du soucis, sans doute pour rien! Elle prit alors une décision : elle allait s'amuser. Et tant pis pour Nikolais! Puisqu'il ne se souciait pas de lui faire parvenir des nouvelles, elle ferait sa vie sans lui! Elle s'habilla rageusement et descendit dîner. Pendant tout le dîner, elle resta silencieuse, transperçant la nourriture de coups de fourchette rageurs, lançant des regards noirs aux gens qui essayaient de lui parler ou de savoir ce qu'elle avait. Toutes les recrues de la même section trépignaient d'impatience, incapables de tenir en place. Dans quelques minutes, leurs résultats allaient être annoncés, ainsi que leur place dans le classement. Des résultats dépendraient leurs possibilités pour leur choix de carrière. Quand à leur place dans le classement, elle déterminerait leurs possibilités de choix pour leur affectation géographique. Plus leur place était élevée dans le classement, plus ils auraient le choix dans leur affectation géographique ; le premier prenait la place qu'il voulait, le dernier celle qui restait. D'où l'importance d'être dans les premiers. Enfin, une voix annonça dans les haut-parleurs le moment des résultats. Toutes les nouvelles recrues, ainsi que certains autres soldats avec plus ou moins d'ancienneté se dirigèrent vers la salle de réunion principale où étaient affichés les résultats. Car bien que les recrues d'une même session vivent ensembles, ils partageaient aussi certaines heures avec les autres soldats de la caserne et des liens d'amitié s'étaient créés. Melissa, elle, s'entendait parfaitement avec tout le monde. « C'est une jeune femme vivante, agréable, travailleuse, qui amène parmi nous une grande joie de vivre. »écrivait l'un de ses professeurs à son sujet. Melissa se leva et se dirigea vers la salle de réunion, au milieu de la cohue des jeunes gens. Elle essaya de se frayer un chemin parmi tous ces gens, mais elle ne put arriver au tableau. Soudain, un cri retentit.
-Mèl!!hurla Nicole. Tu es première!!
Melissa resta bouche bée, n'y croyant pas. Puis elle vit la tête de son amie émerger de la foule et sut à son air qu'elle ne mentait pas. Alors, elle se mit à crier de joie en sautant dans les bras de Nicole, qui hurlait aussi. Tout le monde se retourna vers ces deux jeunes femmes qui exprimaient leur joie si bruyamment.
-Mais et toi? Tu es combientième?demanda soudain Melissa.
-Je suis quatrième!!
Les deux jeunes femmes se jetèrent dans les bras l'une de l'autre en criant et sautant de joie. Lorsqu'elle se furent calmées, elle allèrent se changer. Melissa repensa à sa résolution et troqua son jean et son tee-shirt par un short court et un dos nu. Elle mit des chaussures basses en toile et retira le ruban bordeaux de ses cheveux. Elle le posa dans une boite à chaussures avec le bracelet et la croix. Ainsi, tout ce qu'elle avait reçut de Nikolais se trouvait dans cette boite et rien ne lui rappellerait son absence. Ce soir, elle allait s'amuser... librement!

-Alors comme cela, tu as été reçue première?
-Et oui!
Kimberley avait retrouvée Melissa dans un café à Saint-Germain. Les deux amies parlaient des résultats de Melissa.
-Alors c'est ça le truc important que tu avais à me dire?
-Non. Il y a longtemps que je voulais t'en parler, mais je n'en ai jamais eu le courage. Or puisque je vis ici, il arrivera peut-être un jour où quelque chose arrivera que tu ne comprendras pas. Voila pourquoi il faut que je te dises quelque chose. Seulement, c'est de ma vie privée dont il est question et je ne tiens pas à ce que tu la déballes.
-Bien sur, je comprends. Enfin je comprends que tu ne veuilles pas faire étalage de ta vie privée.
-Je sais que je peux te faire confiance. Tu me la suffisamment prouvé. Voila pourquoi je te confie aujourd'hui ce secret.
-Je t'écoute.
Melissa raconta alors sa vie d'avant. Celle d'avant ses 18 ans. Celle qu'elle avait toujours cachée aux autres. Lorsqu'elle avait eu 9 ans, ses parents avaient divorcés. Rapidement, cela avait mal tourné, et la guerre était née entre ses deux parents. Mais le père avait eu la très mauvaise idée de la mêler au conflit. Et de ce fait, il avait détruit son enfance. Elle avait du apprendre à grandir et mûrir très vite de façon à pouvoir gérer l'horreur du conflit. Et petit à petit, elle s'était rendue compte que son père la manipulait, lui mentait, et se prenait pour une victime innocente, alors qu'il envenimait lui-même la situation. Et Melissa avait dû faire un choix pour se protéger. Durant 4 ans et demi, elle avait vu un psychiatre et, au vu de ces séances, elle avait réussit à faire la part des choses et à se protéger de son père. Ainsi, elle avait pu se reconstruire, grâce à sa mère, et à son beau-père. De son côté, son père s'était remarié avec l'ex professeur de musique de la jeune femme, et ils avaient eu une petite fille, Julie. Malheureusement pour elle, jusqu'à ce qu'elle est 18 ans, elle était obligée de retourner voir son père deux fois par an, pendant des vacances. Elle n'avait jamais rien raconté à personne car elle ne voulait pas qu'on la regarde comme quelque un de malheureux. Elle s'en sortait très bien malgré ce conflit permanant et ne voulait rien demander à personne. Lorsqu'elle eut finit de raconter tout cela, elle se sentit libérée. Sa meilleure amie la regarda attentivement et lui demanda :
-Tu me racontes pas d'histoire? C'est vrai tout ça?
-Oui. Tu comprends maintenant pourquoi je ne t'en ai jamais parlé?
-Oui. Et je te remercie de la confiance que tu place en moi. Je savais que quelque chose ne tournait pas rond, et je savais aussi que tu ne voulais pas en parler. Seulement, je ne savais pas que c'était aussi important et dur.
-Or comme je vis près de chez lui, il risque d'arriver un moment où nous nous rencontrerons. Et je risque d'avoir besoin d'en parler. Et puis, je me sens mieux depuis que je te l'ai dis. C'est comme si je ne te mentais plus. Ça fait du bien...

-Nos heures de rendez-vous sont écrites sur la porte du dortoir, dit Nicole.
-Ah super! Je vais aller voir. Tu veux que je te dise à quelle heure est le tient?demanda Melissa.
-Oui s'il te plait. J'ai vraiment trop la flemme de me lever...
Melissa se dirigea vers la porte et se faufila parmi les autres soldats. Elle avait rendez-vous le soir même à 17h, et Nicole à 16h dans le bureau du sergent chef. Elle ne put s'empêcher de remarquer qu'elle était la dernière de la liste. Personne n'avait rendez-vous après elle. Que lui voulait donc le sergent chef?... Elle s'était doutée qu'après l'entrevue qu'ils avaient eu quelques semaines plus tôt, il voudrait sûrement repasser à l'attaque. Mais pourquoi avait-il attendu aussi longtemps? Pour ne pas paraître suspect? Pour ne pas qu'elle se braque et se ferme? Inquiète, Melissa se décida finalement à se rendre au rendez-vous. Nicole devait avoir finit à l'heure qu'il était. La jeune femme approchait à grands pas du bureau et au fur et à mesure qu'elle approchait, le n½ud de son ventre se resserrait. Enfin, elle arriva devant la porte. Le silence régnait autour d'elle. Elle approcha sa main de la porte et frappa, trois coups secs et rapides. Une voix qu'elle ne connaissait pas lui répondit. Elle entra et resta bouche bée sur le pas de la porte. Le général l'attendait, assisté d'un jeune homme roux, taillé comme un rugbyman, un anneau en or à l'oreille gauche, les cheveux longs noués par une bandeau. Il avait l'air sympathique, mais était très impressionnant. Devant l'air de la jeune femme, il sourit, retenant avec peine un rire. Le général ne put retenir lui aussi un sourire et l'invita à s'assoire. Melissa salua, referma la porte derrière elle et s'assit.
-Mademoiselle, je vous ai fais venir aujourd'hui pour vous proposer une seconde formation, de deux ou trois jours seulement, afin d'intégrer une unité quelque peu spéciale, lui annonça-t-il. Bien sur, vous avez la possibilité de refuser. Mais dans un cas comme dans l'autre, tout ce dont nous allons parler ce soir devra rester strictement confidentiel. Est-ce clair?
-Oui mon général. Très clair.
-Bien. Comme vous le savez déjà, messieurs Varty et Orbalty font partit d'une unité qui vous devez vous en douter, est spéciale, de part la nature de ses membres.
-Vous voulez dire du fait que Nikolais et François sont des vampires?
-Et bien... Oui, répondit le général prit au dépourvu.
Le jeune homme roux sourit.
-Je m'en doutais depuis pas mal de temps, mais je ne sais pas du tout ce que vous faites, répondit Melissa.
-Cette unité fait partie des renseignements. Il y a de part le monde des choses, ou des gens, que des simples humains ne peuvent changer, arrêter. Et c'est pour cela que nous avons besoin de gens comme vous ou comme monsieur Orbalty.
-Comment Nikolais en est venu à travailler avec vous?demanda Melissa.
-Il y a quelques dizaines d'années, répondit la Général, il est venu me voir. Il m'a expliqué ce qu'il était et ce qu'il voulait faire. À l'époque, je n'étais encore qu'un jeune officier supérieur, mais j'étais promis à une grande carrière. J'étais très intéressé par ce qu'il me proposait. Et lorsque je suis devenu Général, j'ai créé cette unité. Je l'ai alors rappelé et nous avons commencé à travailler ensemble. Mais puisque nous abordons ce sujet, comment donc avez-vous rencontré messieurs Orbalty et Varty?
-Par hasard. J'ai découvert la vérité et, j'ai sauvé la vie de François. Mais vous me parliez de cette unité...
-Oui! C'est exact. Je voudrais vous proposer une place dans cette unité.
-Je vous demande pardon?!hoqueta-t-elle.
-Vous avez eu les meilleurs résultats depuis plusieurs année et vous possédez un don très utile. Je n'ai besoin que d'une chose, c'est vous faire passer des tests et me renseigner auprès de votre famille et de vos amis pour me faire une idée de votre état d'esprit et de choses qui ne ressortent pas dans les tests classiques. Je vais donc avoir besoin de connaître toute votre famille.
-Et bien...
-Je sais. Vous avez des problèmes avec votre famille paternelle. Mais quoiqu'ils disent, je me baserais surtout sur les déclarations des gens proches de vous.
-Bien. Merci mon Général.
-Je crois que ce sera tout pour aujourd'hui. Dès demain, vous serez affecté à votre nouvelle unité. Vous avez une journée de congé demain afin de digérer cette information, si je puis dire, et vous passerez ensuite les tests. Je pense que vous serez définitivement fixés dans trois ou quatre jours.
-Que dois-je dire pour mes proches?
-Que vous travailler comme analyste mathématicienne. Cela vous va?
-Très bien. Merci mon Général.
-J'ai complètement oublié de vous présenter Joël!s'exclama-t-il tout à coup. C'est lui qui vous fera passer tous les tests. Il fait aussi partit de l'unité. Sa spécialité... Mais je vais le laisser se présenter lui-même. Je vous laisse tous les deux.
-Bonne soirée mon Général, dirent les deux jeunes gens.
Le Général sortit du bureau, laissant Melissa seule avec Joël.
-Je dois vous poser une question qui risque de vous sembler indiscrète...dit-il.
-Allez-y je verrais si je veux y répondre...
-Quel âge avez-vous?
-18 ans. 19 dans 3 mois.
-Quoi?! Vous semblez bien plus âgée. Je veux dire dans votre tête.
-Merci. Mais je n'ai que 18 ans. Et vous? Vous faites partit de cette unité?
-Oui. C'est moi qui donne les ordres de missions, etc.
-Mais vous avez quelque chose de spécial? Je veux dire... Vous êtes vampire, ou je ne sais quoi?
-Et bien... Je peux déplacer les objets par la pensée. Les scientifiques qui ont étudiés mon cas se sont rendus compte que j'utilisais une partie de mon cerveau que les humains disons... normaux n'utilisent pas.
-C'est très utile!
-Oui. Surtout pour tous les jours. Cela m'évite de me lever pour aller chercher un dossier ou un crayon, ou ce genre de choses!plaisanta-t-il. Mais je ne voudrais pas vous retenir trop longtemps. Il est déjà 18h et, si je me souviens bien, vous sortez ce soir...
Melissa rougit et le remercia, puis elle sortit du bureau précipitamment. En effet, elle était en retard pour son rendez-vous avec sa meilleure amie.

-J'aurais besoin que tu fasses quelque chose pour moi.
-Je t'écoute...
-Voila, dit Melissa. Je... Je me fais du soucis pour ma s½ur et... je ne sais pas comment prendre de ses nouvelles sans revoir Didier. Le seul moyen que j'ai trouvé est d'aller voir mon grand-père. Mais je ne veux pas que ma grand-mère soit là. J'ai donc besoin de toi pour aller voir mon grand-père.
-D'accord... Mais comment?
-Je te donnerais son adresse, et tu feras comme si tu étais de je ne sais qu'elle entreprise et que tu voulais lui parler. Une fois que tu seras seule avec lui, tu lui diras que je lui donne rendez-vous ici, disons dans une semaine exactement à 19h. Tu veux bien faire cela?
-Euh... Oui ok. Enfin j'essayerais.
-Merci beaucoup.
-Eh les filles! Vous parlez de quoi?
-Oh du bon vieux temps Caleb. Alors qu'est-ce que tu deviens?

-Attends! Tu es en train de me dire que tu es mathématicienne?!
-Oui Nicole!... Ça fait quarante fois que je te le dis!
-Mais tu es excellente en tout! Alors pourquoi?!
-Parce que j'adore les mathématiques! Voila pourquoi!
-C'est pas une raison...
-Pour moi c'est la meilleure.
-Mais enfin!...
-End of discution. I'll be late.
-Où tu vas?
-J'ai un rendez-vous. De travail, ajouta Melissa devant l'air de son amie. Voila pourquoi je mets mon uniforme...
-À cette heure?! Mais!...
Melissa prit congé de son amie et partit en direction de la salle de réunion numéro 3. C'était dans cette salle que Joël lui avait demandé de venir pour, disait-il, lui présenter les différents membres de l'équipe. Elle allait donc réellement entrer dans l'unité. Elle avait passé ses tests avec succès et s'était rapidement liée d'amitié avec Joël. Elle entra dans la pièce et fut surprise du nombre de personnes qui y étaient rassemblées. À son entrée, la porte grinçant horriblement, toutes les personnes présentes se retournèrent vers elle. Mal à l'aise, elle referma la porte le plus rapidement possible pour ne pas la faire grincer et resta là, rougissant sous les regards persistants de l'assemblée.
-Mèl!
La jeune femme releva la tête d'un coup et vit François venir à elle, les bras écartés. Elle courut et se jeta dans ses bras, riant comme une enfant.
-François! Ça fait plaisir de te revoir! Comment vas-tu?
-Super! Tu as fais des merveilles! Alors tu fais officiellement partie de l'équipe maintenant! C'est génial!
-Ça à l'air vu ton état d'excitation...
-Oui. Et Nikolais va...
-Silence, le coupa-t-elle. Je n'ai vraiment mais alors vraiment pas envie de parler de cet espèce de!...
-Messieurs, Mèl, nous allons commencer, annonça Joël. Veuillez vous assoire.
Melissa suivit François vers les premiers rangs et se retourna brutalement au son de la porte. Nikolais! Réprimant l'élan brutal qui la poussait à se jeter dans les bras de son amant, elle se détourna de l'apparition et alla s'assoire, dépassant François qui s'était arrêté pour saluer son ami. Les deux vampires, perplexes, prirent des sièges au fond de la salle. Joël alla s'assoire à côté de son amie et lui demanda se qui la rendait si énervée. Elle l'envoya balader et se referma sur elle-même.
-Mademoiselle, messieurs, commença le Général, j'aurais aimé vous convoquer pour vous présenter votre nouvelle équipière, mais l'actualité m'en empêche.
Des murmures parcoururent la salle. À la lumière des plafonniers, la pâleur de certains membres de l'unité ressortait. Melissa dénombra 6 vampires assis dans la pièce, dont Nikolais et François et ils ne semblaient pas la considérer d'un très bon ½il. Quand aux trois autres personnes, l'une était Joël, la deuxième le Général, et la troisième était un jeune homme très musclé, qui avait peine à rentrer dans son uniforme.
-Dans un immeuble abandonné de la banlieue parisienne, au Pecq, une bande de jeunes gens s'est rassemblée pour mettre en pratique l'une de leurs idées, à savoir tuer le président. Même si je ne suis pas d'accord avec ce qu'il fait, nous nous devons de le protéger. S'y rendre par des moyens de locomotions normaux ne serait pas assez rapide. C'est pourquoi je vous demande, à vous vampires de partir sur le champ, de les arrêter, et de les ramener. Melissa, vous partez avec eux. Quand au reste de l'unité, ils vous rejoindront en voiture dans un petit moment. Allez-y.
Melissa se leva et se dirigea vers François.
-N'y penses même pas, murmura-t-elle à Nikolais. Elle prit le bras de son ami et tous deux s'éclipsèrent en direction de l'immeuble abandonné. Lorsqu'ils y arrivèrent, la bande de jeunes gens était sur le point de partir. Melissa ramassa une tige d'acier et frappa avec force dans une poubelle en fer. Le bruit qui en résultat fit se retourner les comploteurs. À la vue de la jeune femme et du jeune homme, ils ricanèrent.
-Qu'est-ce vous voulez?!
Melissa tapa la barre sur sa paume, un sourire aux lèvres.
-À deux?!
Soudain, les autres vampires apparurent. Le résultat était quelque peu exagéré et hollywoodien, mais il sembla faire son effet sur les jeunes gens. Ils eurent un mouvement de recul, puis se ravisèrent. Après des mois de préparation, ils n'allaient pas se défiler maintenant devant ces quelques personnes. Ils étaient supérieurs en nombre et très entraînés.

-Je dois avouer que je ne les imaginais pas aussi entraînés...murmura François.
-Et bien tu n'as pas beaucoup de jugeotte, répliqua Melissa. Que croyais-tu? Il avaient tout de même pour but de tuer le président...
Melissa était assise contre un mur et essayait de se concentrer pour guérir ses blessures. Mais le flot de paroles constant de son ami ne l'aidait pas. Nikolais était partit attendre les autres membres de l'unité, et les prisonniers étaient dans une pièce attenante.
-Peut-être mais...
-François! Tu peux te taire deux minutes?!
Melissa ferma les yeux. L'un des hommes lui avait entaillé le bras assez profondément avec un couteau, et sa lèvre inférieure avait éclaté sous un coup de poing, indépendamment des autres petits bleus ou écorchures. Petit à petit, elle sentit le don monter en elle.
-Melissa! Are you ok?!
Deux mains puissantes et glacées la relevèrent. Ne voulant y prêter attention, elle continua à se concentrer et la lumière apparue. Les deux mains la lâchèrent elle se sentit chuter. La chute sembla durer des heures, mais elle ne dura que quelques secondes. Petit à petit, ses blessures se refermèrent et elle sentit la fatigue la quitter.
-Melissa! Please! Tell me some thing!
Melissa se releva et regarda Nikolais. Il semblait vraiment inquiet, et elle se surprit à vouloir tout oublier de ce qu'il avait fait. Il lui prit la tête entre ses mains, ses yeux tentant de percer le mystère de son regard. Mais c'était justement cela le problème! Il n'avait rien fait! Elle le repoussa soudain et partit dans l'intention de rentrer avec le reste de l'unité en voiture, mais il la retint par le bras.
-What's your problem?!hurla-t-il lorsqu'elle tenta de se libérer.
-Mon problème c'est toi!
-Mais qu'est-ce que j'ai fais?!
-Rien! C'est justement ça le problème!
-C'est quoi le problème?leur demanda l'un des membres de l'unité.
-Rien, répondit Melissa.
-S'il y a un problème avec l'opération qui vient de se dérouler, vous devriez mettre tout le monde au courant, continua-t-il, et...
-On t'a dit qu'il y avait rien!hurla Melissa. T'es sourd?!
-Melissa s'il te plait...supplia François qui venait d'arriver près d'eux.
-Quoi?! Tu vas t'y mettre toi aussi?!
-Mais qu'est-ce qu'il se passe ici?!s'exclama Joël. Vous êtes tous là comme des statues de sel! Vous voulez pas les laisser tranquille?!
Melissa regarda autour d'elle et vit tout le monde rassemblé, les regardant fixement. Elle se détourna de Nikolais et partit. Mais il la rattrapa et lui saisit à nouveau le bras. Mais la main glacée n'eut pas l'effet escompté et ne fit que redoubler la colère de la jeune fille. Elle leva la main et gifla le vampire qui avait occupé son c½ur et son esprit durant des semaines, à toute volée, de toute la force dont elle était capable. Sa peau si pâle devint alors rouge à l'endroit où elle l'avait giflé. Il se transforma alors, ses canines sortirent, et il devint menaçant. Tous eurent un mouvement de recul. Nikolais était le plus âgé d'entre eux, et ils craignaient ses colères. Mais ils ne l'avaient jamais vu dans cet état. Il fit un pas en direction de Melissa qui le fixait méchamment.
-Don't even think about it, menaça-t-elle.
Ses yeux flamboyaient de colère et pour un peu, on aurait cru qu'elle allait se transformer aussi. Tout son être exprimait la fureur qui l'habitait. Ils se rapprochaient l'un de l'autre, dans un état de fureur indescriptible. Tous se rapprochaient d'eux, tentant de les séparer. Seul François restait en arrière, souriant de cet air mystérieux qu'il avait lorsqu'il les voyait ensemble. Soudain, Nikolais s'arrêta et se secoua. Ses canines rentrèrent lentement, comme à contre c½ur, et il recula. Melissa le regarda et posa ses mains sur ses hanches, le jaugeant. François et plusieurs autres vampires ouvrirent la bouche de stupéfaction. Nikolais venait de céder. Il venait de déclarer forfait, et devant une humaine. Nikolais s'approcha de la jeune femme et tendit la main, touchant sa joue. Et sans que qui que ce soit ne puisse dire comment, leurs deux corps se heurtèrent et leurs lèvres se soudèrent avec force. Nikolais la tenait par la taille, elle lui entoura le cou de ses bras.
-Et bien c'est pas trop tôt!s'exclama François au bout d'un moment qui semblait avoir duré des heures
Cette exclamation les ramena à la réalité. Ils se décollèrent et Melissa porta ses doigts à sa lèvre. Lorsqu'elle les retira, ils étaient rouge. Nikolais lui saisit la main et la porta à sa bouche, suçant le sang qui s'y était déposé. La jeune femme le regarda faire. Lorsqu'il redevint lui-même, il sentit son regard pénétrant lui traverser le corps à la manière de rayons X. Elle l'embrasse à nouveau, plus rapidement, et se détourna. Sans un mot, elle s'en alla. Joël la suivit et tous deux partirent, rentrant à la caserne.
Nikolais la regarda partir. Lorsqu'elle disparu de sa vue, il se tourna vers François et haussa les épaules.

-Comment as-tu pu nous cacher cela?!
-C'est une humaine! Tu ne peux pas sortir avec une humaine!
-Vous voulez pas le laisser tranquille?!s'exclama François.
-Alors tu prends sa défense?! Tu sais pourtant parfaitement les risques que nous encourons!
-Elle m'a sauvé la vie!répliqua-t-il. Et cela, aucun de vous ne l'aurait fait! J'étais en train de mourir et elle m'a sauvé! Elle nous a prévenu que les Tueurs étaient sur nos traces, elle m'a arraché à eux en leur tenant tête, et elle m'a sauvé! Alors oui! Je prends sa défense!
-Mais c'est une humaine!
-De toutes les façons, nous avons besoin d'elle. Il nous faut une jeune humaine séduisante et jeune pour notre prochaine mission. Et elle est la seule que nous ayons sous la main, répliqua-t-il.
-Très bien. Puisque c'est un cas d'urgence, nous verrons ce dont elle est capable sur cette mission. Mais si elle échoue, elle devra mourir.
Sur ces derniers mots, le vampire disparut dans un claquement de vêtements, aussitôt suivit des autres.
-Merci d'avoir prit sa défense, murmura Nikolais.
-Elle compte beaucoup pour moi, répondit François. Elle est la seule vraie amie que je n'ai jamais eu, et elle est comme une s½ur pour moi.
-Je n'aime pas avoir à me servir d'elle...
-Mais tu ne te sers pas d'elle! Cette mission, c'est à elle de décider si oui ou non elle veut la faire. Nous lui exposerons tout. Elle saura tout. Tous les risques qu'elle encourra, tout. Et elle fera son choix en conséquence.
-Et si elle refuse ou échoue?
-Alors nous la protègerons. Envers et contre tout. Et tout le monde s'il le faut.
Nikolais se tourna pour faire face à son ami et lut sur son visage qu'il disait la vérité.
-Merci, dit-il.

-Attends! Avant de partir, je voudrais que tu m'expliques.
-Joël! Je suis fatiguée! Alors on verra cela un autre jour, ok?
-Non.
Melissa soupira.
-Très bien. J'ai rencontré Nikolais au bal de fin d'année de mon lycée. Nous nous sommes tout de suite plut et...
Melissa raconta alors à son ami toute l'histoire.
-Ouah! Bah dis donc! C'est presque comme un roman!s'exclama-t-il lorsqu'elle eut finit.
-On peut dire, oui. Mais même dans les romans, les gens ont besoin de dormir. Alors je vais aller me coucher. À demain!
Melissa sortit de la voiture et se dirigea vers son dortoir. Elle redoutait de subir un interrogatoire de la part de Nicole mais, lorsqu'elle entra, tout le monde dormait. Rassurée, elle se changea et se coucha. Dans sa couchette, une silhouette se recoucha.

La vie peut sembler ennuyeuse mais, à tout moment, elle peut se transformer et devenir le chose la plus merveilleuse, la plus belle, la plus dure, et la plus triste des vies. Il faut vivre sa vie comme si chaque jour était le dernier que nous vivions. Il faut profiter des gens que l'on aime tant qu'ils sont près de nous, voyager, découvrir, partager, vivre tout simplement. Les soucis, les peines, tout cela n'a pas grande importance. À la fin de sa vie, le travail, les relations, tout cela n'a plus beaucoup d'importance. La famille, les amis, les souvenirs, l'amour c'est tout ce qu'il nous reste...
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#Posté le jeudi 11 septembre 2008 09:24

Marishka's love

Je m'appelle Marishka Herzegova, et j'ai 17 ans. Il n'y a pas si longtemps, je croyais que ma vie était simple, sans vague, un peu ennuyeuse tout de même, mais superbe. Fille aînée d'une famille de millionnaires, j'avais tout ce que je voulais, et je devais obéir à certaines règles simples mais continuelles. Tous les mardi, après les cours, j'avais une heure de broderie avec ma grand-mère. Le mercredi, c'était la couture. Le Jeudi, je devais apprendre à me tenir en société, dans la vie privée, et envers les différentes « castes de personnes » comme disait ma mère. Le vendredi était mon jour préféré. Tout d'abords, au lycée, j'avais sport. Puis, à la maison, un professeur très réputé et très cher venait m'apprendre le piano. Il était sensé m'apprendre aussi le solfège mais, en faisant depuis l'âge de trois ans, je n'avais plus rien à apprendre sur ce point là. J'aime beaucoup le piano. Il me donne une sensation de légèreté, de délivrance. Je suis comme transportée par la musique. Lorsque je joue, je pars dans un autre monde. Plus rien ni personne n'existe autour de moi. C'est, me dit mon professeur, ce qui fait de moi une si bonne pianiste. En général, le samedi se passe en préparation de la soirée. Soit nous recevons, soit nous sommes reçus. Et il faut à ma mère toute la journée pour se préparer, tout en donnant des ordres et en m'empêchant de faire ce que je voudrais. Je passe donc le dimanche à travailler et jouer du piano. Comme vous pouvez le constater, une vie bien réglée. Une fois par mois, j'ai droit à un certain budget et je suis « lâchée » dans le centre commercial chic de la ville avec ma femme de chambre, Suzanne. Elle est incroyable. Avec des vêtements chics et BCBG, elle arrive toujours à me faire des tenues plus sexy, plus fashion, sans toucher aux vêtements. Elle est avec moi depuis près de 10 ans, depuis que les parents ont décrétés que je pouvais me débrouiller sans nourrice. Et heureusement pour moi, ils ont engagés Suzanne. Je ne fais rien sans la consulter. Elle ma seule véritable amie. La seule qui ne me juge pas, la seule qui sait me poser des limites, la seule qui me comprend réellement, la seule qui m'aime vraiment pour ce que je suis. Mais cela, je ne m'en suis rendu compte que dernièrement. Il y a presque un an, quelques jours avant la rentrée des classes, deux camions de déménagement se sont garés en face de chez nous. La maison en face était inhabitée depuis quelques mois seulement, et je n'étais pas fâchée d'avoir vu partir leurs anciens propriétaires. Leur fille était une vraie teigne et leur fils un boutonneux en manque flagrant d'affection féminine. C'est pourquoi je regardait avec curiosité, caché derrière la fenêtre, l'arrivé des camions et des nouveaux arrivants, Suzanne à côté de moi. Lorsque, enfin, ils sortirent de leur voiture, j'en restait bouche bée. Ils semblaient si normaux! Habituellement, les nouveaux arrivants sortent de leur voiture avec tous leurs atouts, voulant montrer dès le début leur richesse. Le père portait un jean, une paire de baskets noires, et un tee-shirt noir. Ses cheveux noirs étaient parsemés de fils argentés qui lui donnaient une allure superbe. La mère portait un pantalon en toile beige, un débardeur rouge et des chaussures plates en toile rouges. Elle ne portait aucun bijoux, mais ses longs cheveux argentés lui donnait l'air de descendre tout droit du paradis. Son visage exprimait la gentillesse et la bienveillance plus que tout. Sa fille semblait classique. Habillée comme toutes les jeunes filles de son âge, seul sa beauté la démarquait des autres. Mais elle semblait vouloir la cacher. C'est lorsque je vis sortir le fils qu'un hoquet de surprise m'échappa. Les cheveux en bataille, un jean troué, des tongs, et un tee-shirt Marilyn Manson, il ressemblait aux jeunes hommes des quartiers pauvres. C'est à ce moment là que ma mère entra. Par réflexe, au bruit de l'ouverture de la porte, Suzanne s'était éloignée de moi et avait saisit des vêtements pour faire mine de les ranger.
-Puis-je savoir ce que tu fais ainsi à la fenêtre?me demanda-t-elle sèchement.
-Je regarde nos nouveaux voisins. Ils sont pour le moins étranges.
Inévitablement, ma mère s'approcha de moi et jeta un coup d'½il dehors. Elle étouffa alors une exclamation de surprise et se lança dans un discours sur la façon dont certaines personnes pouvaient s'habiller et sur l'importance que je ne prenne pas exemple sur ces gens là. Du coin de l'½il, je voyais Suzanne lever les yeux au ciel et se retenir de rire. Je dois avouer que ma mère est très drôle lorsqu'elle se lance dans ses grands discours. Elle ne se rend pas compte à quel point elle est ridicule. Malheureusement, mon observation fut interrompue par l'arrivée de ma grand-mère pour ma séance hebdomadaire de broderie. Mais tout mon esprit était accaparé par mon jeune voisin. Je rêvais de rencontrer un jour un garçon comme cela, et de connaître un peu le monde, par d'autres yeux que ceux de ma famille conservatrice et traditionnelle.

Le vendredi soir, lors du dîner alors que nous devions tous raconter notre journée, ma mère annonça que nos nouveaux voisins donnaient une réception le lendemain soir, et que nous y étions invités. Mon père approuva, et mes frères se contentèrent de demander si ils avaient une fille. Quand à moi, je baissais la tête pour cacher mon sourire. Enfin quelque chose de nouveau. Cela faisait deux mois que nous allions toujours chez les mêmes personnes, et je commençais à en avoir plus qu'assez. Mes parents se lancèrent alors dans une discussion pour savoir ce qu'ils allaient mettre, et ce qu'ils allaient apporter. Mes deux frères, des jumeaux, discutaient de foot et de rugby, et moi je m'ennuyais, comme d'habitude. Je pensais à la journée du lendemain. J'allais encore passer la journée à subir les sarcasmes et les injures à demi voilées de ma mère et de mes frères, et finalement être critiquée pour la tenue que j'aurais choisie. À la fin du repas, je souhaitais bonne nuit à mes parents et montais dans ma chambre, où Suzanne m'attendait. Je n'avais pas le courage de discuter et je pris le sirop immonde qu'elle me donna sans rien dire ; Puis je me couchais et m'endormais avant même que ma tête ne touche l'oreiller.

Comme je m'y attendais, le lendemain fut une horreur. Ma mère passa toute la journée à chercher ce qu'elle allait mettre, pour finalement mettre le même tailleur noir. Pendant qu'elle cherchait sa tenue, elle donnait des montagnes de vêtements à laver, repriser, et repasser aux femmes de ménage et insultait copieusement tout le monde. Précautionneusement, mes frères s'étaient retirés dans leur chambre, mais je n'avais pas cette chance. Étant sa seule fille, je me devais de l'aider à choisir sa tenue, sa coiffure, et son maquillage. Mon rôle consistait en fait à lui dire que cela lui allait à ravir et qu'elle était magnifique. De ce fait, je n'avais pas le temps de choisir mes tenues. Mais heureusement pour moi, Suzanne est merveilleuse. Alors que tout le monde s'active dans la maison pour satisfaire ma mère, elle reste dans ma chambre et prépare différentes tenues pour moi, reprisant certains vêtements, en repassant d'autres, préparant tout pour que tout soit parfait, moi principalement. C'est ainsi que, une demi-heure avant que nous partions, je montais les escaliers et regagnais enfin ma chambre. Je trouvais étalé sur mon lit différentes tenues pour la soirée. Mais ce qui attira mon regard fut une robe que je n'avais jamais vue auparavant. Je la saisit et fut stupéfaite par la légèreté du tissu. Elle était magnifique. Je la mettais devant moi pour voir ce qu'elle donnait et en restait bouche bée. D'un violet très clair s'accordant à mes yeux, longue, elle ressemblait à ces robes des princesses de Disney. Le haut ressemblait à la robe de Belle dans La Belle et la Bête. Un corset et une bande tissus qui lui entourait le haut de la poitrine, les bars sous les épaules, et le haut du dos, se fermant en se croisant sur la poitrine. Le bas était une jupe ample et simple, d'un tissu si léger que le moindre mouvement la faisait bouger. Je me retournait à l'entrée de Suzanne et lui demandait avec empressement d'où venait cette robe.
-C'est la mère de votre père qui vous la offerte pour votre anniversaire, me répondit-elle.
-Mais pourquoi ne l'ai-je jamais vu?
-Parce que votre mère me la donnée pour que je la cache. J'ai pensé que c'était le bon moment de la sortir. Vous n'aurez qu'à dire que je l'avais mal caché et que vous l'avez découverte. J'ai aussi pensé à ces escarpins assortis et à ce petit sac blanc assortis de cette fleur violette.
-Suzanne, vous êtes un ange!! Mais que vais-je faire de ces cheveux?? Avec la journée que j'ai eu, je n'ai pas eu le temps de me coiffer.
-Ne vous inquiétez pas, je m'en occupe. Je pensais vous faire une coiffure de princesse comme lorsque vous étiez petite. J'ai vu quelques photos. Deux petites tresses afin de dégager le front, et des boucles. Pas de grosses boucles, juste quelque chose de simple et discret. Cela vous va?
-Merveilleux!
Je passais rapidement la robe et me contemplais dans le miroir. Elle était magnifique. Je passais les gants longs assortis, montant jusqu'aux coudes. Suzanne arriva avec une boite noire, que je regardais avec curiosité.
-C'était à la grand-mère de votre père. Elle vous l'a légué à votre naissance, mais votre mère trouvait que vous étiez trop jeune pour le porter. Avec cette robe, ce sera magnifique.
J'ouvrais l'écrin avec curiosité et découvrais la plus belle parure de diamants. Le collier, le bracelet, et les boucles d'oreilles étaient faits de la même manière : une rangée de diamants très petits, qui brillaient à la lumière. Je les passait avec douceur et me contemplais. Je n'en revenais pas. Suzanne me fit asseoir devant la coiffeuse et entreprit de me coiffer. Les deux tresses, très fines, semblaient deux fils de soie, retenant mes boucles soyeuses. Elle venait à peine de finir lorsque j'entendis la voix stridente de ma mère m'appeler du bas des escaliers. Je chaussais rapidement mes chaussures et saisissais mon sac en sortant rapidement de ma chambre. Au passage, j'embrassais ma femme de chambre et la remerciais. Je descendis les escaliers rapidement et entendis le sifflement de mes frères. Ils me saisirent au passage et me firent tournoyer.
-Tu es superbe!s'exclamèrent-ils.
-Ma chérie, renchérit mon père, je ne sais pas quoi dire. Tu es superbe.
-Nous allons être en retard, siffla ma mère.
Nous partîmes donc, mes deux frères, ma mère et moi, vers la maison de nos voisins. Nous n'avions qu'une rue à traverser, mais ma mère y mit toute la distinction qu'elle connaissait. Encadrée de mes deux frères, bras dessus, bras dessous, je riais à leurs blagues. Mon père marchait en tête, au bras de ma mère.

C'est madame Valbrasti qui nous ouvrit. Elle complimenta ma mère pour sa tenue, salua mon père, répondit en riant aux salutations comiques de mes frères, et me salua chaudement. Tout de suite, mes frères se précipitèrent sur leurs amis. Je restais près d'une fenêtre, n'ayant aucune envie de me mêler à Véronica, Marguerite, et Marjorie, les trois filles présentes qui avaient mon âge. La politesse exigeait que je danse avec tous les jeunes hommes qui me le proposeraient, et que je parle avec toutes les jeunes filles présentes. Mais je n'avais qu'une envie, me retrouver seule. Je prenais donc un verre de jus de fruits et allais me placer devant une fenêtre, regardant arriver les invités. Soudain, le silence se fit et je me retournais. Monsieur et Madame De Givry venaient d'arriver avec leur fils et leurs deux filles. Valentin, le fils, était le plus beau garçon du lycée. Mais surtout, il était mon meilleur ami. Quand à ses deux s½urs, elles étaient ridicules, petites, et insupportables. Je laissais Valentin venir à moi, et le saluais pompeusement. Il répondit à mon salut, et nous éclatâmes de rire. C'était vraiment trop ridicule. Il ouvrit ses bras et je me jetais sur lui. Nous entendîmes alors des reniflements de dédains et des rires discrets. Les filles trouvaient mon attitude horriblement impolie et inconvenable, mais je les savais jalouses de mon amitié avec Valentin. Les garçons, m'avait dit mon meilleur ami, l'enviaient. Je dois avouer que nos rencontres étaient de vrais moments de bonheur. Au bonheur de nous revoir, s'ajoutait le plaisir de voir tous ces visages jaloux. Nous nous dirigeâmes vers le buffet et nous servîmes à boire, tout en discutant de nos vacances respectives. Enfin, lorsque tous les invités furent là, la musique démarra. Avec ironie, Valentin s'inclina devant moi. À chaque réception, nous dansions la première danse ensembles. Ainsi, il avait tout le temps de repérer les jeunes filles qui ne marchaient pas sur les pieds de leurs cavaliers, et pouvait m'inviter plus tard dans la soirée. Il y a certaines règles à respecter même pour danser. La première danse fut une valse. Les premières danses sont toujours des valses. Valentin est un excellent danseur, et j'aime énormément danser. Cette valse fut magnifique. À la fin de cette danse, nous nous saluâmes et il partit inviter une jeune fille répondant au nom de Caroline, que je considérais comme ma petite soeur. Il en était secrètement amoureux, et je la savais très attirée par lui. Je me dirigeais vers l'un des fauteuils, lorsque quelque un retint mon bras. Je me retournait et vit en face de moi le fils de nos hôtes. Il avait tenté de discipliner ses cheveux avec du gel, mais cela n'avait pas tellement marché. Son costume était impeccable, noir, avec de fines rayures blanches qui lui donnaient du mouvement. En le regardant réellement pour une fois, je le trouvais plutôt beau.
-M'accorderez-vous cette danse?me demanda-t-il.
Ne pouvant retenir un sourire à défaut d'éclater de rire, j'acceptais. Il m'entraîna alors vers la piste de danse. Lorsque nous fûmes suffisamment loin des parents, il se pencha sur mon oreille et me demanda se qui m'avait fait sourire.
-Votre façon de m'inviter à danser, répondis-je. C'était tellement pompeux!
-Je dois avouer que cela m'énerve assez de devoir parler ainsi mais, c'est la règle ici, non?
-En effet. Et vous y souscrivez fort bien.
Il éclata de rire devant ma voix cérémonieuse et pompeuse, et je me joignis à lui. À la fin de la danse, cependant, il fit une chose tout à fait impolie : il me garda pour la danse suivante, un rock. J'acceptais volontiers et nous dansâmes le rock. À la fin de la chanson, fatigués, nous nous dirigeâmes vers le buffet. Il me servit à boire et nous discutâmes. Bientôt, Valentin se joignit à nous. Je commençais les présentations mais, ne sachant pas le prénom de mon cavalier, je m'arrêtais.
-Je m'appelle Éric, dit-il en venant à mon secours.
Cependant, Éric dût nous quitter assez rapidement, sa mère l'appelant. Je le suivis du regard jusqu'à ce qu'il disparaisse de ma vue.
-Il est pas mal, me dit Valentin.
-Oui. Pas mal.
-Tu as le béguin...me dit-il en chantonnant.
-Non!!m'exclamais-je. Tu es fou! Je ne le connais même pas!
-Mais tu le trouves charmant...
-On ne peut pas dire qu'il est moche, répondis-je.
-Marishkaaaaa!!hurla ma mère à travers la pièce.
-Madame votre mère vous appelle ma chère, dit Valentin.
Pouffant de rire, je me dirigeais vers ma mère.
Et c'est là que tout se compliqua. Oui, Éric me plaisait. Et oui j'avais le béguin. Mais si notre amour avait été simple, je ne vous le raconterais pas.
-Ma chérie, me dit-elle en me prenant à part. Tu ne peux pas continuer à voir ce garçon. Et tes frères ne peuvent pas continuer à courtiser cette jeune fille. Ils sont d'un rang bien inférieur au notre.
Et c'est à ce moment précis, alors que les musiciens commençaient une nouvelle valse, alors que les dames de services servaient les petits fours chauds sur le buffet, alors que Valentin entraînait Véronica dans une danse, alors qu'Éric discutait avec sa mère en me regardant à la dérobée, alors que mes frères faisaient la cour à Léa, la fille de nos nouveaux voisins. C'est à ce moment précis que ma vie bascula. Où plutôt, c'est à ce moment que je pris une décision qui changea ma vie à jamais. C'est à ce moment là que je décidais de tout envoyer balader. C'est à ce moment là que je décidais de, pour une fois, faire comme mes frères, et faire ce que je voulais, en bonne petite fille gâtée que je devais être. Je regardais ma mère dans les yeux et fit la plus grosse bourde de ma vie : je lui répondit simplement :
-Non.
Je sais, ce n'est rien. Juste trois lettres, mais elles me valurent la plus belle claque de ma vie. Heureusement pour moi, ma mère m'avait attirée à l'abri des regards pour me parler, et personne ne la vit me frapper. En revanche, tout le monde vit la jolie marque je portais sur la joue. Mais je m'en fichais. Je regardais ma mère et haussais les épaules. Puis je me dirigeais vers le buffet, la tête haute, l'air hautain comme je sais le faire lorsque je veux avoir la paix, la démarche légère. Je me servis à boire et envoyais balader les deux jeunes hommes « bien intentionnés » qui étaient venus me demander une danse. Quelques instants plus tard, mon père me fit signe de venir à lui, encore une fois à l'autre bout de la salle. C'est dingue cette manie qu'ont les parents de nous appeler lorsque l'on est à l'autre bout de la salle. Je me préparais donc à recevoir une correction de mon père, et traversais la salle en passant par la piste de danse. Mais je n'allais pas bien loin. Deux mains puissantes me saisirent à la taille et m'entraînèrent danser. Je me débattis, jusqu'à reconnaître Valentin. Il me sourit et me murmura :
-À charge de revanche...
Je lui souris et nous dansâmes. À la fin de la danse, je m'apprêtais à m'éloigner de lui, mais il me maintint contre lui.
-Ce n'est pas convenable de danser plusieurs fois de suite avec la même cavalière, lui murmurais-je. Surtout vous. Vous vous devez de danser avec chaque jeune fille.
-Mais elles sont déjà toutes prises, répondit-il. Et je ne pense pas qu'elles s'intéressent à moi. Elles s'intéressent plus à votre ami Valentin.
-Elles sont très jalouses de notre amitié, pouffais-je. Elles ne comprennent pas qu'il puisse être ami avec moi et seulement ami.
-Il semble très éprit de Caroline...remarqua-t-il.
-En effet. Et je pense que c'est réciproque. Sommes-nous obligés de nous vouvoyer?demandais-je brusquement.
-Seulement si le respect du protocole nous tient à c½ur...
-Alors que fais-tu ici?
-Et bien je suis mes très chers parents. Depuis qu'ils sont devenus riches, ils pensent que nous devons vivre dans un cadre plus riche et que je dois aller dans une école privée très réputée. J'ai donc atterrit ici.
-Où étais-tu avant?
-Oh pas très loin. J'habitais à la sortie de la ville. À 15 minutes en voiture, une demi-heure à pieds en raison de la côte.
-Ce n'est pas très loin en effet. Mais et tes amis? Tu continueras à les voir?
-Je l'espère. Mais et toi? Qu'est-ce qu'une aussi jolie fille avec autant d'esprit fait dans un endroit pareil?
-Je m'ennuie. Mortellement. Mes seules distractions sont les moments que je passe avec mes frères loin de mes parents, les moments que je passe avec Valentin, et bien sûr le piano.
-Tu joues du piano?!s'exclama-t-il.
-Euh...Oui. Pourquoi?demandais-je inquiète.
-J'adore le piano. Voudrais-tu me jouer quelque chose? Je veux dire, nous jouer quelque chose.
-Et bien... Je dois d'abords demander la permission à ma mère.
-Sera-t-elle d'accord?
-Seulement si mes frères le lui demandent directement.
-J'en fais mon affaire. Après cette danse.
Il m'entraîna vers Valentin et Caroline et, discrètement, leur murmura quelque chose. Ils sourirent et acquiescèrent de la tête. À la fin de la danse, Valentin me prit dans ses bras et Éric s'éclipsa en me lançant un clin d'½il. Quelques minutes plus tard, mes deux frères se précipitaient vers moi et m'arrachaient des bras de mon cavalier, qui reprit sa danse avec Caroline. Ils m'entraînèrent vers nos parents et leur déclarèrent que nos hôtes souhaitaient voir le talent de leur s½ur qui, avaient-ils entendus, jouait fort bien du piano. De plus, ils voulaient entendre mes progrès, qu'ils connaissaient fort bien soit dit en passant.
Charmée, nos parents acceptèrent, et c'est ainsi que Éric me conduisit devant le piano.
-Que leur as-tu promis?lui demandais-je.
-Que j'arrangerais quelque chose pour eux deux avec ma s½ur, répondit-il simplement. Je connais ma s½ur et elle les apprécie, répondit-il à mon regard indigné.
Je m'installais devant le piano et me préparais. Le violoniste de l'orchestre de chambre vint me voir et me demanda si cela me dérangeait si lui et ses compagnons m'accompagnaient. Ils avaient entendus mon professeur vanter mes mérites et souhaitaient m'accompagner. Rouge de plaisir, je leur répondis que j'en serais charmée. Puis je commençais à jouer. Au début, j'avais horriblement le trac. Mais petit à petit, la musique me transporta. J'entendis l'orchestre me suivre, mais je n'y prêtais guère d'attention. Je commençais par un morceau simple, une valse de Mozart. Lorsque j'eus fini, Éric me dit à voix haute et claire que ce n'était pas le talent auquel il s'attendait. De colère, je lui répondis :
-Puisque ce morceau ne convient pas à monsieur, peut-être pourra-t-il me dire ce dont il a envie. Je verrais si je connais le morceau.
Quelques personnes étouffèrent des exclamations de surprise devant mon insolence et je vis les jointures des mains de ma mère blanchir.
-Mademoiselle connaît-elle quelque chose de plus enjouer, tel que La Valse d'Amélie de Yann Tiersen?me demanda-t-il avec un sourire.
-Mais certainement.
J'entamais donc le morceau. Mes mains couraient sur le clavier, volant d'une touche à l'autre. Le piano avait un son extraordinaire. À la fin du morceau, il applaudit, bientôt suivit des autres convives. Puis il sortit une partition d'une des piles qui se trouvaient sur le piano.
-J'ai fais un peu de chant il y a quelques années, et je souhaiterais que vous m'accompagniez sur ce morceau, me dit-il.
-Comment voulez-vous que je vous accompagne, demandais-je en souriant à la vue de la partition.
-Comme il vous plaira. Mais j'aimerais assez vous entendre chanter.
-Comme il vous plaira, répondis-je en reprenant ses mots.
Je lui tendis la partition en lui disant qu'il en aurait besoin pour se remémorer les paroles de la chanson. Je n'en avais pas besoin. En effet, Les Moulins de mon C½ur était l'une de mes partition préférée, et je savais la jouer tout en chantant sans le soutient de la partition.
-Quand vous voudrez, dit-il.
Du coin de l'½il, je vis ma mère me faire non de la tête le plus discrètement possible. Je lui souris méchamment et commençais à jouer. Il entama le chant d'une voix grave qui vous prenait au ventre. Je le suivis de ma voix de soprano, mes mains courantes sur les touches. Les rares conversations se turent immédiatement. La musique me fit oublier tout ce qui m'entourait. Il n'y avait plus que lui et moi, chantant une chanson d'amour, donnant toute la puissance de notre voix pour couvrir le piano. Du coin de l'½il, je vis Valentin inviter Caroline à danser et, bientôt plusieurs couples dansaient sur notre chanson. Lorsque nous eûmes finit, je ne fis aucune pose et enchaînais sur une autre chanson de Yann Tiersen, Sur Le Fil.

Lorsque je rentrais chez moi en compagnie de ma mère, je me sentais des ailes. Et même la dispute qui suivit ne put m'enlever pas cette sensation. Pour mes parents, mon attitude avait été absolument inqualifiable. Mes frères me défendaient en disant que c'était notre hôte qui m'avait demandé de jouer et que, de ce fait, je ne pouvais refuser. Comme je ne prenais pas part à cette discussion, mes parents crurent que j'étais insolente, et je fus punie de sortie jusqu'à la rentrée scolaire. Je ne devais pas sortir de la maison, ou plutôt, je ne devais pas dépasser la clôture qui entourait notre jardin. Mais je m'en fichais. J'étais heureuse. Peut-être qu'Éric était la personne que j'attendais depuis si longtemps. Je montais donc dans ma chambre et me couchais. Suzanne était déjà couchée, ce qui m'empêcha de tout lui raconter. Mais je me promis de le faire le lendemain. Pour le moment, je voulais ne garder ce moment que pour moi. Enfin moi et les invités car tout laisser penser qu'ils en feraient leurs choux gras pendant longtemps. Très peu d'entre eux étaient aussi conservateurs que mes parents. Et je me demandais ce qu'ils penseraient de ce qu'il c'était passé.

Le lendemain, Suzanne me sauta presque dessus lorsque je fus réveillée. Elle voulait tout savoir, le moindre détail. Je commençais donc par lui décrire les invités, les couples qui s'étaient formés, la maison, les nouveaux arrivants, en évitant soigneusement de parler d'Éric et de ce qu'il s'était passé. Puis je m'arrêtais.
-Mademoiselle, vous ne m'avez rien dit sur le fils de vos hôtes d'hier soir, me taquina-t-elle.
-C'est parce qu'il n'y a rien à en dire, répliqua la voix de ma mère.
Manifestement, cela faisait depuis le début de notre entretient qu'elle se tenait là, dans l'encadrement de la porte, à nous écouter.
-Ma fille n'a rien à raconter sur ce... jeune homme. Et certainement pas à vous, continua-t-elle sèchement.
Suzanne baissa la tête, mais pas pour paraître humble. Juste pour cacher son fou rire naissant. Je levais les yeux vers ma mère en essayant de contrôler mon visage pour faire disparaître le sourire qui naissait sur mes lèvres.
-Nous devons parler, me dit-elle.
-Je ne vois pas de quoi nous pourrions parler, lui répondis-je. Nous en avons déjà parlé hier soir, et j'ai bien compris que Éric était d'un rang inférieur et que je ne devais plus le revoir.
-Bien. Si tu l'as bien compris, alors je te laisse.
-Et s'il vient me voir?demandais-je. Car il a mon âge. Nous risquons donc d'être dans la même classe, ou du moins dans le même lycée. S'il vient me voir? Qu'est-ce que je fais?
-Tu essayes d'esquiver et tu abrège le plus possible la discussion, me répondit-elle tout simplement. Mais es-tu sûre qu'il sera dans le même lycée que toi?
-Je n'en sais rien. Il ne me l'a pas dit. Il m'a juste dit que ses parents voulaient qu'il soit dans un établissement réputé. Mais il y en a plusieurs dans la ville. Donc je ne sais pas.
Sur ce, ma mère partit. Je saisis Le Comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas et descendis. Ma légère robe d'été flottait autour de moi, me rafraîchissant. Je me rendais dans le jardin de devant, où se trouve la nacelle où j'aime me blottir pour lire ou écrire. Je m'y installais et commençais à lire. Presque immédiatement, deux poids s'abattirent à côté de moi. Je me retournais et saluais mes frères.
-Alors Marishka?...demanda Jean. Comment ça se passe la vie?
-Oui, ajouta Raoul. Comment va ton petit c½ur?
-Et le votre?répondis-je. Il bat bien? Il est vrai que Léa est superbe...
-Oui en effet, répondit Jean.
-Nous attendons avec impatience qu'il soit 16h, ajouta Raoul.
-Vous savez bien que maman et papa ne veulent pas que nous continuions à voir nos voisins...répondis-je calmement.
-Tu sais bien que maman et papa ne peuvent rien nous refuser!s'exclama Raoul.
-Et quand ils le font nous passons outre, ajouta Jean.
Nous éclatâmes de rire et discutèrent de la soirée passée. C'est alors qu'une ombre nous recouvrit. Nous levâmes la tête d'un seul mouvement et découvrirent Éric accoudé à la rambarde, tout sourire.
-Je venais voir comment vous alliez, nous dit-il.
Jean et Raoul se précipitèrent sur lui et lui serrèrent la main avec effusion. Je me contentais de lui sourire, radieuse et me levais doucement. Il me prit la main et me fit un baise main. Je riais et il me semblait que la nature souriait avec moi. Mes frères toussotèrent.
-Tu devrais leur dire, me dit Jean.
-Avant que maman ne nous voie et ne t'appelle, compléta Raoul.
-Qu'est-ce que tu dois me dire?demanda Éric surprit.
-Et bien... Je n'ai plus le droit de te voir. Je suis punie de sorties jusqu'à la rentrée, et je n'ai plus le droit de rester avec toi, tout en restant polie.
-Mais pourquoi?!s'exclama-t-il.
-Tu es, d'après ma mère, inférieur à moi. Et de ce fait, je ne peux plus te voir, répondis-je en baissant la tête.
-Très bien, répondit-il d'une voix dure. Dans ce cas, je ne vais pas vous déranger plus longtemps.
-Attends!m'exclamais-je.
-Attendre quoi?!s'exclama-t-il. Je te croyais différente de toutes ces mijaurées. Je me suis trompé il me semble. De toutes façons, je passais juste dire à Jean et Raoul que ma s½ur les attendait.
-On arrive, dirent-ils.
-Au revoir mademoiselle Herzegova.
Éric se retourna et partit. Je me laissais tomber sur la nacelle, anéantie. Jean se précipita vers moi tandis que Raoul courait après Éric. Il essaya de me remonter le moral, essayant de me faire rire, séchant mes larmes, mais je ne pouvais m'arrêter de pleurer. Raoul revint, le regard flamboyant de colère. Il essaya lui aussi de me remonter le moral, sans succès. On entendit alors la voix de ma mère m'appeler avec force. S'en était trop pour moi. Je me levais brusquement, jetais mon livre sur la nacelle, séchais mes larmes, et me dirigeais vers la maison d'un pas décidé. Mes frères tentèrent de me retenir. J'allais voir ma mère afin de savoir ce qu'elle voulait et la trouvais dans le salon avec sa mère. La première chose que me dit cette vieille peau fut :
-Qu'est-ce que c'est que cette histoire avec le fils des voisins?demanda-t-elle d'une voix sèche.
Je me retournais, saisissais le vase en porcelaine de chine qui se trouvait sur la table basse, et le jetait par terre. Ma mère hurla d'une voix perçante à briser les vitres. Au bruit, mes frères et mon père accoururent.
-Qu'est-ce qu'il se passe?!s'exclama ce dernier.
-Cette petite folle nous fait une crise!s'exclama ma grand-mère.
-Allez tous vous faire foutre!!hurlais-je. Ce que je suis, ce que je ressens, ça ne vous intéresse pas!! Tout ce qui vous intéresse c'est votre confort!! Vous faites vomir!!
Je tournais les talons et sortais de la maison en courant. J'entendis mes frères me courir après mais je ne m'arrêtais pas. Je passais devant la maison d'Éric sans m'arrêter et courais, courais jusqu'à me retrouver devant ce parc où je venais jouer étant petite. J'aimais me réfugier ici lorsque j'étais triste étant petite. Quelques instants plus tard, mes frères arrivèrent, essoufflés. Nous passâmes l'après-midi dans le parc, à parler. Ils avaient oublié leur rendez-vous galant pour m'aider. Lorsque nous rentrâmes, ma grand-mère était partie et ma mère m'ignorait. Je montais dans ma chambre et m'y enfermais. Suzanne vint vers moi et je lui racontais tout.

Ce fut bientôt la rentrée. Ma mère m'ignorait toujours, mon père avait essayé de m'aider mais il ne pouvait rien faire contre ma mère, et mes frères avaient revus Léa. Quand à Éric, je ne l'avais pas revu. De temps en temps, alors que je passais dans la rue, je me sentais observée de sa maison. Je tournais la tête, mais je ne voyais rien. Et cela me rendait encore plus triste. La répartition dans les classes fut faite. Je me retrouvais avec Véronica, Margueritte, Marjorie, Caroline, Valentin, et Maxime, mon cousin. Je me mis à côté de Valentin, qui était à côté de Caroline. Tous les trois au premier rang comme nos parents nous le demandaient. Derrière nous, il y avait Véronica, Marjorie, et Margueritte. J'attendais avec impatience l'heure de la pose pour raconter à Valentin et Caroline se qui m'était arrivé depuis la soirée chez M et Mme Valbrasti. La sonnerie venait à peine de retentir que je saisissais leurs bras et les entraînais à ma suite vers un endroit tranquille. Et je leur racontais tout. Caroline n'en revenait pas de l'attitude de ma mère, et Valentin ne comprenait pas la réaction d'Éric. Ils venaient de me faire part de leurs réflexions lorsque l'on entendit une voix nous appeler. C'était Maxime avec ses amis qui nous appelaient. Nous allâmes donc vers eux et j'embrassais mon cousin. Il nous présenta trois nouveaux élèves, qui se trouvaient dans sa classe. Le premier, Jonathan était grand, très grand, les cheveux noirs en bataille, et très mince. Le deuxième, Matthieu, était de taille normale, très musclé, et avec un air de méchant garçon. Cependant, on devinait sous cet air une gentillesse et un c½ur énorme. Quand au troisième, ce n'était autre qu'Éric. En me voyant, plusieurs expressions se succédèrent sur son visage : la joie, la haine, et la peine. Quand à moi, mon visage devait exprimer de la joie. Car c'est ce que je ressentais. Enfin je le revoyais! Mais je désenchantais rapidement.
-Mademoiselle Herzegova!s'exclama-t-il. Cela faisait longtemps!
-Tu n'es pas obligé de te comporter ainsi ici, répliqua Maxime surprit.
-Oh mais je ne dois parler à Marishka que comme ça, répliqua-t-il sournoisement. Il faut que je me mette à son niveau...
Les larmes me montèrent aux yeux. Je me tournais vers mon cousin et lui dis :
-Si te revoir sous-entend revoir Monsieur Valbrasti, Maxime, je préfère ne plus rester avec toi. Quand à vous mon cher voisin, je ne veux plus jamais te revoir! J'aurais préféré ne t'avoir jamais connu!
Je fis demi-tour et partit en courant, ne pouvant retenir mes larmes plus longtemps. Je me réfugiais dans un coin sombre de la cour et pleurais tout mon saoule. Au loin, j'entendais Valentin se disputer avec Éric. Mais je ne comprenais pas ce qu'ils se disaient. Enfin, je me calmais et me relevais, remettant un peu d'ordre dans mon uniforme. Puis je fis un rapide passage par les toilettes et me remaquillais, dissimulant du mieux que je le pouvais les traces de mes pleurs. Quand la cloche sonna, j'y étais parvenue. Je sortis des toilettes et me dirigea vers la classe, où Valentin et Caroline m'attendaient. Pendant le cours de Maths, je reçus un mot de Marjorie, me demandant si je voulais manger avec elle, Margueritte, et Véronica pour le déjeuner. Valentin et Caroline mangeaient en amoureux, et il était hors de question que je mange avec Maxime et ses nouveaux amis. J'acceptais donc. Ce fut là ma plus grande erreur. Car tout ce qu'elles voulaient, c'était savoir se qu'il s'était réellement passé entre Éric et moi, et s'il était vrai que nous nous étions disputé à 10h, et s'il était vrai que j'en étais amoureuse. Lorsque je partis rejoindre les filles je passais devant Maxime, je lui souris ainsi qu'à ses amis, et vis inévitablement Éric. Je m'apprêtais à lui sourire aussi, lorsque je l'entendis dire aux autres garçons :
-Peut-être mademoiselle devrait demander un tapis rouge pour se rendre dans ses différentes classes...
Je baissais la tête, souris timidement à Maxime pour lui faire croire que tout allait bien, et continuais mon chemin. Je retrouvais les filles quelques mètres plus loin. Elles avaient choisi une place qui leur permettait de voir Éric tout en me parlant. Et bien sûr, la seule place qui restait pour moi était située de façon à ce que je ne puisse pas lever les yeux sans le voir. Encore une charmante attention destinée à me pourrir la vie. Mais je décidais de passer outre et de me comporter le plus naturellement possible. Elles me demandèrent de leur raconter ce qu'il s'était réellement passé lors de la pause du matin, et jouèrent la surprise lorsque je leur racontais. Elles en vinrent naturellement à la grande question. Mais je les connaissais. Si je démentais trop vite, elles penseraient que je l'aimais. Alors je levais la tête, regardais dans sa direction et répondit clairement :
-Non. Je ne l'aime pas. Mais il est mon voisin et je pensais pouvoir en faire un ami. À l'évidence je me suis trompée.
Cette phrase me coûta plus que je ne l'aurais cru. Mais j'en fus soulagée car ainsi, je n'aurais pas de problèmes supplémentaires avec ma mère. Ayant reçut une réponse qui semblait les satisfaire, elles changèrent de sujet et nous discutâmes des cours, des professeurs et bien sûr des deux nouveaux garçons de la classe de Maxime. Elles avaient très envie de les rencontrer. Je leur proposais de les leur présenter quand mon téléphone sonna. Je m'éloignais et répondais. C'était ma mère. Elle commença à me passer un savon, dont je ne comprenais pas le moindre mot. Enfin, je pus en placer une et lui demandais ce qu'il se passait. Elle me répondit en hurlant :
-Il se passe que j'ai très bien entendu ta discussion avec Marjorie, Margueritte, et Véronica! Et tu ne leur as pas raconté la vérité sur ce qu'il s'était passé à la réception de la semaine dernière! J'en conclu donc que tu leur a aussi menti sur tes sentiments!
Je démentais du mieux que je le pouvais, mais elle ne me cru pas. Quand enfin elle raccrocha, je décidais de jouer un tour à ma façon à ces trois filles qui se prétendaient mes amies. Je me retournais et me dirigeais vers elles, tout sourire.
-Qui était-ce? Me demanda Véronica.
-Ma mère. Qui me rappelait plus ou moins calmement et gentiment de ne pas parler avec Éric, répondis-je. Alors on y va voir ces garçons?
Lorsqu'il me vit arriver, mon cousin me fit une place à côté de lui. Je refusais en riant, disant que je ne venais ici que pour présenter à ses nouveaux amis les trois filles. Il me regarda surprit et acquiesça. La politesse veut que lorsque l'on présente des personnes, on choisisse des attributs pour chaque personne. Je ne connaissais rien ou presque des deux garçons, si ce n'est l'endroit d'où ils venaient. Jonathan venait des Etats-Unis, et Matthieu de Belgique.
-Les filles, je vous présente Jonathan qui vient des Etats-Unis et Matthieu qui vient de Belgique. Et vous connaissez déjà Éric qui croit que tout est contre lui et ne voit pas la peine qu'il fait aux autres. Les garçons, voici Marjorie, Margueritte, et Véronica. Marjorie est une sale fille qui s'amuse à faire souffrir les gens moralement. Margueritte est une pauvre fille paumée qui ferait mieux de ne pas toujours suivre les plus forts. Quand à Véronica, c'est la plus salope des trois. Elle déverse ses névroses sur les autres, et aime les voir se débattre dans la merde qu'elle a causée. J'ajoute à ce propos qu'elle adore prévenir les parents des moindres faits et gestes de leurs enfants pour qu'ils se fassent jeter.
À la fin de mon petit discours, je me sentais mieux. Mes trois soi-disant amies étaient abasourdies.
-Qu'est-ce qu'il te prend?!s'étonna Maxime.
-Il me prend que j'en ai assez d'obéir à des règles ridicules, répondis-je. Je veux découvrir le monde, je veux arrêter de me faire chier avec des principes ridicules. Je veux faire ce que je veux, aimer qui je veux, et vivre ma vie comme je l'entends. Que cela vous plaise ou non.
Ils n'en revenaient pas de leur surprise. Tous ces imbéciles qui avaient cru que mon envie de liberté n'était que passagère. Cependant, je vis Éric sourire. Mais quand je tournais la tête vers lui, son sourire s'évanouit et son visage se ferma. Je leur tournais le dos et partit.

Je dois avouer que ma vie fut beaucoup plus compliquée après cela. Ma mère me priva de sorties jusqu'à la fin de l'année. Je ne pus sortir que pour aller en cours et aux réceptions où l'on devait tous être présents. Régulièrement, je recevais des coups de fil de Valentin et Caroline, qui tentaient de me faire rire. Mais je n'en avais pas envie. Éric ne me parlait toujours pas, Véronica avait entreprit de me pourrir la vie, et ma mère profitait de l'absence de mon père pour m'insulter copieusement en compagnie de sa très chère mère. Cela devenait invivable. À tel point que je fis une tentative de suicide. Mes frères étaient partis au centre commercial pour y retrouver Léa, avec qui ils s'entendaient de plus en plus, devenant presque inséparables. Mon père était partit travailler, et ma mère était enfermée dans sa chambre. J'avais demandé à Suzanne de me laisser seule, et je m'étais enfermé dans ma chambre. Plus tôt dans la journée, prétextant des courses à faire, je m'étais rendue chez le pharmacien et avait acheté des plaquettes de calmants, soi disant pour ma grand-mère qui souffrait de douleurs articulaires. Je savais d'après mes cours de science que si j'avalais la plaquette, j'en mourrais sûrement. Je me mis donc en oeuvre d'avaler la plaquette. Les vacances venaient de débuter et je ne pouvais plus supporter cette situation de malheur permanent. Heureusement pour moi, je fis une mauvaise réaction aux calmant et je tombais par terre, évanouie, au bout de la moitié de la plaquette. C'est à ce moment là que mon père rentra inopinément du bureau. Suzanne, qui s'inquiétait pour moi était resté derrière la porte, l'oreille aux aguets. En m'entendant tomber, elle m'appela. Comme je ne répondais pas, elle tenta d'ouvrir la porte. N'y arrivant pas, elle l'enfonça à coups de pieds. Le boucan qui en résultat alerta mon père qui se précipita au premier. Quand il arriva dans ma chambre, Suzanne me tenait dans ses bras et me soulevait. Elle ordonna plus qu'elle ne demanda à mon père d'appeler le SAMU et me porta jusqu'en bas, où elle m'allongea sur le canapé. Le SAMU arriva et on me transporta à l'hôpital. Le lendemain, je reprenais petit à petit conscience. Dans l'un de mes moments de conscience, alors que je gardais les yeux fermé de fatigue, j'entendis une conversation entre mon père, ma mère, et Suzanne.
-Suzanne, je ne vous ai pas encore remercié d'avoir sauvé la vie de ma fille, disait mon père.
-Ce n'est rien monsieur, répondait-elle. Vraiment rien.
-Si Suzanne, répondit-il. C'est important. Je voudrais faire quelque chose pour vous, en remerciement. Avez-vous besoin de quelque chose? Je pourrais sûrement vous aider.
-Quoi?! Tu vas lui offrir quelque chose?!s'exclama ma mère.
-Oui. Elle le mérite largement, répondit simplement mon père.
-Mais enfin!...
-Je ne veux qu'une chose monsieur, répondit Suzanne.
-Je t'écoute...
-Mais enfin!...
-Je veux que vous vous occupiez de votre fille, dit-elle en coupant la parole à ma mère.
-Je te demande pardon?s'étonna-t-il.
-Vous m'avez très bien entendu. Le fait que votre femme nous traite comme des moins que rien, c'est une chose. Mais sa propre fille, s'en est une autre. J'aime beaucoup Marishka. Elle me rappelle ma s½ur, morte quelques temps avant que je n'entre à votre service. Et elle est malheureuse.
-Mais enfin!s'exclama ma mère. Si elle était malheureuse, je le saurais!
-Non. Parce que c'est à cause de vous qu'elle est malheureuse, répliqua-t-elle en la regardant droit dans les yeux.
-Suzanne, commença mon père...
-Non monsieur. Laissez-moi finir. Elle est malheureuse. Elle ne peut pas vivre comme elle l'entend. Elle ne peut sortir qu'avec les gens que sa mère juge bien, mais qui ne sont qu'hypocrisie et méchanceté. Les autres ne sont pas tous des saints. Mais certains valent la peine d'être connus. Et le fait de la faire surveiller constamment par ses camarades de classe n'arrange rien. Monsieur Valentin et Mademoiselle Caroline sont de vrais amis pour elle. Elle ne le sait pas, mais ils s'inquiètent pour elle, et sont venus me demander de ses nouvelles à plusieurs reprises.
-Comment osez-vous?!hurla ma mère. C'est un!...
-Tais-toi, répliqua mon père sèchement. Suzanne, dites-moi ce que vous pensez. Dites-moi le fond de votre pensée.
-Je pense qu'elle a besoin de vous et de ses frères. Et d'une vie normale. La combler de cadeaux ne remplace pas votre absence et l'absence d'amour dont elle fait l'objet. Seuls ses frères l'ont accepté pour ce qu'elle est dans votre famille. Et cela, votre mère l'avait bien comprit. Elle est jeune, belle, superbe à vrai dire. Mais elle est seule. Et la solitude chez une aussi jeune fille est horrible.
-Je ne comprends pas très bien ce que tu veux dire. D'après toi, que devrions-nous faire?
-Discutez avec elle. Vous verrez par vous-même.
Je ne pus me retenir plus longtemps et bougeais. La douleur que je ressentis dans les jambes m'arracha un cri. Mon père se précipita à mon chevet. J'entrouvris les yeux et le vis penché sur moi. Je lui souris et cherchais Suzanne des yeux. Faiblement, je l'appelais. Elle s'approcha doucement et m'embrassa sur le front, me murmurant qu'elle allait chercher le docteur. Je tendis la main vers ma mère, mais elle ne bougea pas. J'attendis le bras levé, mais elle resta dans son fauteuil. N'en pouvant plus de fatigue, je laissais retomber mon bras, qui heurta mollement le matelas. Deux larmes roulèrent sur mes joues. Mon père se pencha sur moi, et les essuya en murmurant tout bas :
-Tout ira bien. Je suis là maintenant.
Au moment où le docteur entra, ma mère bondit de son fauteuil et s'approcha de moi. Je reconnu alors le petit ami de Suzanne, pour avoir déjà discuté avec lui. Il me sourit, me fit un clin d'½il, et s'approcha de moi. Il demanda à mes parents de sortir de la chambre et m'ausculta. Quand il eut fini, il approcha la chaise sur laquelle mon père s'était assit et l'approcha du lit.
-Tu as les deux jambes cassées. Je ne sais pas comment tu t'y es pris, mais en tombant tu te les ai cassé. Oh rien de grave, me rassura-t-il. Mais tu seras en fauteuil pendant quelques temps.
-Merci Pierre.
-Il n'y a pas de quoi. Ton père et Suzanne t'aiment énormément. Ils ne t'ont pas quitté depuis qu'ils t'ont amené ici.
-Suzanne? Alors vous êtes ensemble pour de bon?
-Là n'est pas le problème, éluda-t-il en rougissant. Le problème c'est toi et...
-Suzanne est merveilleuse et elle mérite d'être heureuse, le coupais-je.
-Dis-moi Marishka, ce n'est moi qui es sensé m'occuper de toi et non l'inverse?répondit-il en riant. Je vais aller chercher tes parents et leur dire de prendre un peu de repos. Toi aussi, reposes-toi.
Je lui souriais et le regardais partir. Quelques instants plus tard, mon père entra, seul.
-Ta mère est rentrée se coucher, me dit-il. Je vais rester avec toi cette nuit et nous verrons si nous pouvons te ramener à la maison demain.
-Mais!m'exclamais-je. Et ton travail?!
-Frédéric se débrouille très bien sans moi. Et je vais prendre quelques congés. Maintenant, reposes-toi.
Il est vrai que je tombais de fatigue. Je m'endormis rapidement, la main de mon père serrée dans la mienne. Il me raconta plus tard que j'avais reçus une visite ce soir là. Il était partit se chercher un café dans la salle d'attente et, en rentrant dans la chambre, il avait surprit Éric penché sur moi, remettant en place une de mes mèches rebelles. Des fleurs avaient pris place dans un vase sur la table de chevet, encore enveloppées dans leur papier. Des roses bleues, magnifiques. Leur parfum embaumait la pièce. Mon père fit un petit bruit de gorge pour signaler sa présence et Éric se redressa d'un bond.
-Elle va bien, lui dit mon père.
-Je venais simplement m'assurer que ma voisine allait bien, par pure politesse, je...
-Voulez-vous rester un peu? Je pense que cela lui ferait plaisir.
-J'en doute. Et je dois partir rejoindre jean et Raoul.
-Jolie couleur ces roses, apprécia-t-il.
-Elle m'a dit qu'elle adorait ces fleurs, lors de notre réception.
-Encore une chose que j'ignorais, répondit mon père en baissant la tête. Il y a tellement de choses que j'ignore sur elle.
-Je crois que personne ne le savait monsieur...
-Je lui dirais que vous êtes passé, cela...
-Non! S'il vous plait! Ne lui dites rien! Je... Je dois partir...
Il partit en coup de vent. Dérouté, mon père s'approcha des fleurs et les contempla un moment.

Le lendemain, lorsque je me réveillais, je trouvais mon père endormit dans le fauteuil, à côté de moi. Une tâche bleue attira mon attention. Je tournais la tête et découvrais les roses. Immédiatement, je sus qui les avait apporté. Ce ne pouvait être qu'Éric. Lui seul savait. Je me penchais et saisissais l'une d'elle et la portais à mon visage, m'enivrant de son parfum. Pierre entra bientôt, pour sa visite matinale, suivit de deux plateaux de petit-déjeuner.
-Bonjour belle endormis, me dit-il.
-Bonjour Pierre. Mon père est resté là toute la nuit?
-Oui. Mais tu sembles aller mieux. D'où viennent ces fleurs magnifiques?
-D'Éric, mon voisin.
-Ah ha! Et c'est toi qui me parlait de Suzanne? Mais parlons d'autre chose! Comment te sens-tu ce matin?
-Bien. Mes jambes me lancent, mais ça va.
-Bon. Suzanne a apporté ces vêtements pour toi hier soir. Tu vas pouvoir rentrer chez toi. Enfin dès que ton père sera réveillé. Je te laisse t'habiller. Si tu as besoin d'aide, sonne.
-Merci Pierre. Merci beaucoup.
Pierre partit en me souriant et je commençais à m'habiller. Avec quelques difficultés je dois dire. Mais j'y arrivais finalement. Le remue-ménage qui en résultat réveilla mon père.
-Excuses-moi, dis-je.
-Ce n'est pas grave, répondit-il. Je m'étais assoupis un instant.
-Je voulais dire, pour ce qui est arrivé.
-Ce n'est pas à toi de t'excuser, mais à moi. Cependant, nous en parlerons lorsque tu te sentiras mieux. Pour l'instant, mangeons.

Lorsque je rentrais enfin à la maison, en fin d'après midi, après les derniers examens, une surprise m'attendait : mes frères avaient décorés le salon et organisé leur bureau pour mon retour et que je n'ai pas à monter les escaliers, avec le personnel de la maison. Assise dans mon fauteuil, les roses posées sur les genoux, je me mis à pleurer. Mes frères se précipitèrent sur moi et me serrèrent dans leurs bras. Suzanne et le reste du personnel pleuraient. Mon père, plus discret, séchait ses larmes en silence. Ce fut merveilleux. Sur la table basse du salon, ils avaient préparé pleins de petits fours, de gâteaux etc. Au début, le personnel ne s'amusait pas avec nous et s'occupait de nous servir, etc. Mais mon père les arrêta et leur demanda de se joindre à nous. Mais le meilleur moment fut avant d'aller nous coucher. Il devait être 10h. Mon père se leva, saisit son verre et son couteau et frappa trois petits coups. Tout le monde se tut dans l'instant.
-Mesdames, messieurs, Jean, Raoul, Marishka. J'ai quelque chose d'important à vous dire. Depuis plusieurs années, à vrai dire depuis que j'ai commencé à travailler, je pensais que le travail était plus important que la famille. Que rapporter de l'argent à la maison suffisait à rendre tout le monde heureux. Je me trompais. Le fait que me fille fasse une tentative de suicide m'a ouvert les yeux. Ou plutôt, c'est Suzanne qui m'a ouvert les yeux, en osant me parler durement. Et je l'en remercie. J'ajoute que j'ai pris deux semaines de congés. Durant ces deux semaines, je vais opérer ce que m'a mère appelait un nettoyage de printemps. Aussi bien dans la maison que entre vous. Ne vous inquiétez pas, personne ne sera remplacé. Je vais simplement solliciter un entretient avec chacun de vous, pour savoir où vous en êtes, vos attentes, vos remarques. Et je vous demanderais d'être francs.
Des applaudissements surgirent de toutes parts.
-De plus, je voudrais changer un peu cette maison et vos appartements. Mais je ne le ferais que si vous êtes d'accords.
Le personnel n'en revenait pas.
-Enfin, et c'est le plus important, je vais passer un maximum de temps avec mes enfants, que j'ai négligé jusqu'alors.
À cette fin de discours, tout le monde hurla de joie. Lorsque les hurlements se calmèrent, Suzanne s'approcha de moi et, me voyant étouffer un bâillement, dit d'une voix claire :
-Je ne voudrais pas casser l'ambiance, mais il est 10h30, et Marishka a besoin de se reposer. Et sans vouloir vous manquer de respect, monsieur, passer une nuit blanche assit dans un fauteuil n'est plus de votre âge.
-Tu as raison Suzanne. Allons tous nous coucher. Demain, une grande journée nous attend.
Suzanne m'amena dans le bureau de mes frères et m'aida à me changer, puis à me coucher. Elle n'avait pas tort. La journée du lendemain fut bien remplie. Et les suivantes aussi. À vrai dire, toutes les journées des vacances furent bien remplies.

Le lendemain, quatrième jour des vacances, après un petit déjeuner copieux, mon père nous réunit tous dans le salon. Lorsque je dis tous, je veux dire mes frères, le personnel, et moi. Le salon était plein. Il demanda à chacun ce qu'il y avait à changer dans la maison. Et ce qui en ressortit fut qu'il fallait repeindre la terrasse, la décorer, faire de même avec le patio à l'entrée de la maison, et faire quelques menus travaux dans le bâtiment du personnel. Nous fîmes donc le tour de ces trois endroits, Jean et Raoul me poussant chacun leur tour, et dressâmes la liste de ce qu'il fallait acheter et pourquoi. Cela nous prit toute la matinée. L'après-midi fut consacré aux courses. Mon père fut appelé en urgence au bureau. Il nous promit ne pas en avoir pour longtemps. Suzanne, Jean, Raoul, et Margarita, la vieille cuisinière, m'accompagnèrent donc en ville pour faire les courses. Suzanne m'assit sur le siège passager et prit le volant, Jean, Raoul, et Margarita assis dans le coffre de la camionnette.
-D'où sort cette camionnette?demandais-je. Je ne l'ai jamais vu.
-C'est celle de Pierre. Il me la prêté hier soir lorsque je lui ai parlé du projet de ton père.
-C'est sympa de sa part. Surtout avec tout ce que nous avons à acheter.
-Récapitulons. Des pots de peinture blanche pour les deux terrasses et votre bâtiment, 4 fauteuils en osier, deux tables basses, un canapé en osier, un fauteuil à bascule, trois chandeliers, 8 suspensions pour bougies, 5 sets de table et 9 cousins de la même couleur, un vase et des fleurs de la même couleur que les sets de table, des planches en bois pour faire une pente pour les poussettes, fauteuils, etc, et une ardoise à craies avec des craies de toutes les couleurs.
-Ça en fait des choses...
Lorsque nous arrivâmes au magasin de décoration de la ville, Jean sortit mon fauteuil et Suzanne me porta dessus. Raoul me poussa et Margarita se chargea du cadis. Le gérant fut surprit de nous voir arriver avec Suzanne et Margarita. Il ne nous avait jamais vu entrer dans le magasin. Nous lui exposâmes ce que nous voulions faire et ce dont nous avions besoin. Il éclata de rire à la vue de la longueur de la liste et nous conduisit à travers le magasin pour acheter ce dont nous avions besoin. Jean et Raoul s'occupèrent de charger les meubles dans la camionnette, et Suzanne et Margarita s'occupèrent du reste. Comme nous ne rentrions pas tous dans la voiture pour le retour, je demandais à Margarita si elle voulait bien rentrer à pieds avec moi. J'avais envie de m'aérer la tête. Et même si je pouvais avancer toute seule, je ne me sentais pas d'avancer toute seule tout le long du chemin. Elle accepta de bon c½ur et nous nous mîmes en route, tandis que Suzanne finissait de charger la camionnette avec l'aide des garçons et payait. Ainsi, puisque nous prenions de l'avance, nous arriverions sûrement en même temps qu'eux à la maison. Sur le chemin, je ne parlais pas beaucoup. Margarita me raconta beaucoup de choses. Chaque habitant de chaque maison avait un surnom pour elle. Et elle me racontait pourquoi ce surnom. C'était assez drôle, mais je n'avais pas très envie de rire. Je pensais à mon père. Ce changement d'attitude était-il définitif ou seulement passager? Je ne savais pas. Et j'avais peur qu'il ne soit que passager. Et ma mère? Allait-elle revenir? Allait-elle changer elle aussi? Puis, sans raison apparente, je me dis que j'aimerais faire de la boxe, dès que mes jambes iraient mieux. J'en parlait à Margarita.
-Quelle idée saugrenue, ma petite, me dit-elle. Pourquoi donc veux-tu faire de la boxe?
-Pour apprendre à me défendre et parfaire ma silhouette, répondis-je par instinct. Et puis je veux savoir où sont mes limites. Je n'ai jamais fais que le sport de l'école, j'y suis la meilleure, et je veux savoir jusqu'où je peux aller.
-Alors il faudra en parler à ton père, me répondit-elle. Lui seul pourra te donner l'autorisation.
-Je voudrais rouler seule s'il te plait, lui demandais-je en apercevant la maison. Ce n'est plus la peine de me pousser.
-Bien ma belle.
Margarita lâcha le fauteuil et je saisis les roues. Je les fis tourner, de plus en plus vite, augmentant ma vitesse. Je fonçais sur le trottoir, le vent soufflant dans mes cheveux, les cris de Margarita me demandant de freiner arrivant faiblement à mes oreilles. Arrivant devant la maison, je m'arrêtais. Margarita me rattrapa et me fit entrer, me portant sur le canapé et retournant dehors pour prendre le fauteuil. Mon père arriva à ce moment là. Il se laissa tomber à côté de moi et souffla un grand coup. Mais Margarita le chassa du canapé et le poussa vers sa chambre pour qu'il se change. Puis elle passa dans la cuisine. Mon père revint en salopette et vieux tee-shirt, et m'emmena sur la terrasse. Suzanne et mes frères nous y attendaient. Ils avaient tout déchargé et tout dispatché entre les trois zones de chantier. Ils se mirent rapidement au travail. Les trois garçons entamèrent les murs tandis que Suzanne et moi nous occupions des rambardes. Nous nous mîmes au travail avec ardeur, travaillant sans relâche jusqu'à l'heure du goûter. Lorsque, enfin, Margarita arriva avec des verres d'orangeade, nous venions de finir de peindre les grosses parties. Il ne nous restait plus qu'à faire les finitions. Heureusement, la peinture que nous avions acheté était très couvrante. Ainsi, une seule couche suffisait. Nous nous installâmes sur la pelouse et priment notre goûter, tout en discutant. Jean et Raoul trouvaient ces vacances super. Mon père acquiesçait. Quand à Suzanne et Margarita, elle parlaient des nouveaux potins de la ville. Et moi me direz-vous? Je pensais à cette journée. Si belle, si fatigante certes, mais si belle. Le froid d'hiver commençait à arriver, mais je n'en avait que faire. J'avais passé la journée avec mon père et mes frères et je m'étais bien amusée.
-Marishka?
Je levais la tête et découvrais Éric appuyé sur la barrière de notre jardin, souriant. Rapidement, je tournais la tête vers les autres, mais ils n'avaient rien remarqué. J'approchais mon fauteuil de lui et lui souriais. Mais je ne rencontrais que le vide. Il n'était pas là. Mon cerveau me jouait des tours. Tristement, je baissais la tête et retournais à mon goûter.
Nous passâmes le reste des vacances à travailler sur la maison et le bâtiment du personnel. Lorsque nous eûmes enfin finis, nous étions exténués mais heureux. Nous passâmes la dernière journée à finir nos devoirs et à discuter. Ma mère n'était toujours pas revenue. Mon père et moi avions eu une longue discussion, où je lui avais fait part de mon désir de faire de la boxe. Il accepta après avoir écouté avec attention mes arguments, mais me demanda de me renseigner. Il ne donnerait son accord définitif qu'après avoir vu les installations et la façon dont se déroulaient les cours. Comme il ne me restait que deux semaines de fauteuil, je lui proposais de me renseigner et d'aller voir avec lui avant même d'être définitivement guérie. Il accepta.
J'étais heureuse. Ma vie avait changée. Mon père était plus présent, pour chacun de nous, j'avais plus de libertés, dans la mesure du raisonnable bien sûr, et je m'amusais vraiment. Tout allait bien. Et c'est dans cette humeur que je fis ma rentrée. Et pour la première fois depuis des années, c'est mon père qui nous déposa à l'école. À peine arrivés, Jean et Raoul sortirent mon fauteuil et le déplièrent. Mon père me porta hors de la voiture et m'aida à m'installer. Puis il me donna mon sac, m'embrassa sur le front et me dit qu'il viendrait me chercher à la 4h, lors de ma sortie. Mes frères se précipitèrent vers leurs amis, tandis que je me dirigeais vers Maxime et ses amis. À ma vue, il sourit et me fit signe de la main. Je lui répondis et me dirigeais lentement vers la classe. Je savais que je mettrais plus de temps que les autres à me rendre en classe, et je n'avais pas envie de me retrouver au milieu de la cohue des élèves allant en cours. De loin, je fis signe aux gens que je connaissais, et entrais dans le bâtiment 1. La journée se déroula paisiblement, comme toute journée normale, si ce n'est que les professeurs étaient plus gentils avec moi. Ce qui me fit bien rire. Entre midi et deux, je demandais à avoir accès à Internet pour faire des recherches, et je me mis en devoir de chercher des clubs de boxe. Dans ma ville, il n'y en avait qu'un. À la sortie de la ville, dans le « quartier pauvre », comme disait ma mère. Je notais les coordonnés et sortais de la salle. Lorsque mon père vint me chercher à la sortie, je lui présentais fièrement mon papier. Il le lut avec attention puis proposa que nous nous y rendions à l'instant. Avec joie, j'acceptais, ainsi que mes frères qui passaient de plus en plus de temps avec moi. Nous nous y rendîmes donc, encore dans nos uniformes d'école, très reconnaissables.

Lorsque nous arrivâmes, je fus frappée par la propreté des lieux. Tout était très propre, très bien rangé. Mais il n'y avait pas beaucoup de moyens. Cependant, tout le monde semblait heureux d'être là. Il régnait une entente cordiale entre tout le monde qui était presque palpable. Notre entrée imposa le silence. Un jeune homme se détacha des autres et s'avança vers nous.
-Puis-je vous aider?demanda-t-il.
-Nous voudrions parler au directeur de cet établissement dis-je comme mon père hésitait.
-C'est moi.
-Cool! Je voudrais savoir si je peux m'inscrire, dis-je.
Presque tout le monde rit.
-Quoi? Vous pensez qu'elle n'en est pas capable?demanda Jean avec agressivité
-Tout ça parce qu'elle vient d'une école de riches?renchérit Raoul.
-Les garçons calmez-vous, les coupa mon père. Je voudrais en savoir un peu plus sur ce que vous proposez, continua-t-il en se tournant vers le directeur.
-Suivez-moi dans mon bureau, je vais... Oh excusez-moi, dit-il en se frappant le front du plat de la main. J'avais oublié. Vous ne pouvez pas monter les escaliers. Venez, je vais vous parler de tout ça dehors.
Nous le suivîmes à l'extérieur, où il nous expliqua tout. Je fus tout de suite emballée. Mon père posa des questions précises. Finalement, nous primes, mon père, le directeur, et moi, rendez-vous pour 15 jours plus tard, lorsque je serais guérie.

Les quinze jours suivant me parurent durer des siècles. J'avais hâte que l'on m'enlève ces plâtres, hâte de remarcher, et hâte de commencer la boxe. Mon père m'avait acheté tout ce dont j'avais besoin pour commencer dans cette discipline. Lorsque, enfin, on m'enleva mes plâtres, je me mis à courir partout dans la maison. Je ne tenais plus en place. On me les enleva le mercredi soir. Le vendredi je jouais au volley en cours et faisais gagner mon équipe. Le samedi, je me préparais à aller au club de boxe. Je portais un survêtement gris que j'avais acheté au rayon hommes de Décathlon, et avais apporté dans mon sac une jupe en laine, des bottes fourrées, des collants chauds, un col roulé, et une écharpe. Mon père me déposa rapidement : il devait emmener mes frères chez Léa. Avec tout ce qui m'arrivait, et puisque je ne voyais plus Éric, il m'était sortit de la tête. Du moins lorsque j'étais occupée. Je me présentais donc au club. Le directeur m'avait fait venir le samedi car c'Est-ce jour qu'il donnait cours aux débutants. J'étais seule. Le club n'avait pas beaucoup de succès. Au début, je m'embrouillais. Mais rapidement, je pu enchaîner les mouvements et je ne me débrouillais pas si mal que ça.

Au bout d'un mois, il me demanda si je pouvais venir le vendredi soir. Je lui répondais que, ayant sport au lycée, je ne me sentais pas de venir après. Il me proposa alors le lundi soir. Il me proposa successivement tous les jours de la semaine. Je déclinais à chaque fois, du fait de mes « cours du soir » avec ma grand-mère. Il rit à l'idée que l'on puisse encore vivre de cette façon.
-Cependant, le lundi, je ne fais rien, lui dis-je.
-Le lundi est réservé aux boxeurs d'un niveau supérieur au tien...
-C'est en côtoyant des gens plus fort qu'on apprend, répliquais-je. De toutes les façons, je n'ai pas le choix. Il me faudra réussir. Si je n'y arrive pas... Et bien j'aviserais!
-Bien. Alors à lundi. À qu'elle heure pourras-tu être là?
-Vers 17h. 16h30 si j'ai de la chance.
-Disons 17h, ça me laissera le temps de t'annoncer.
-Haha! Oui. D'accord. Merci. À Lundi!lui criais-je en partant.
J'avais un nouveau surnom depuis que je venais dans ce club : Mazette. Peu de gens se rappelaient mon nom. Et je venais plusieurs fois par semaine pour m'entraîner, en plus du samedi. J'arrivais toujours en survêtement, mais je repartais toujours en vêtements de ville, très féminins, comme à mon habitude. Ils ne devaient pas être habitué, car ils m'avaient affublés de ce surnom ridicule.

Lorsque j'annonçais la nouvelle à mon père, il fut ravis pour mon père. Mes frères voulurent organiser un fête en mon honneur, mais je les en empêchais. Je passais le dimanche à travailler et à tourner en rond. À vrai dire, je n'étais pas rassurée du tout. Je finis par m'endormir, épuisée d'avoir tant marché, en rond qui plus est!

À la sortie du lycée, mon père m'attendait avec mon sac de sport dans le coffre, et un goûter préparé par Margarita. Je le dévorais en chemin. Nous arrivâmes à 16h45 devant la salle. J'allais entrer lorsque j'entendis le directeur demander l'attention de chacun.
-S'il vous plait! Je vous demande un peu d'attention. J'ai quelque chose à vous annoncer.
-On a du nouveau matériel!lança une voix.
-On va pouvoir participer au championnat régional cette année!cria une autre.
-Non. C'est quelque chose de moins grandiose. Nous allons avoir une nouvelle recrue.
-Qui?!
-Une fille. Elle n'a pas votre niveau, mais elle ne peut venir que ce jour là.
-Comment elle s'appelle?!
-Je suis incapable de me rappeler son prénom. Nis on nom d'ailleurs. Mais nous l'avons surnommé Mazette.
-Ah ouais!s'exclama une voix que je reconnu pour l'avoir déjà entendu. C'est la superbe fille qui vient plusieurs fois par semaine!
-Je ne l'ai jamais vu...dit la voix de... Éric!
-C'est parce que tu n'es jamais là à 17h. Tu viens toujours le soir.
-Mais c'est qu'il a des manières maintenant!...
-Il ne peut plus se permettre n'importe quoi!
J'ouvris la porte et répliquais :
-Parce que vous croyez qu'être riche est super?! Laissez le donc un peu tranquille!
-Mazette! Je ne savais pas que tu étais arrivée!s'écria le directeur.
-Tiens! Mademoiselle Herzegova vient faire de la boxe? Mais où donc est ton tapis rouge?
-Mon cher monsieur Valbrasti, il y a des fois où je dois me rabaisser à votre niveau pour ne pas trop vous écraser par ma grandeur, répliquais-je acerbement.
-Mais que vois-je?! Et vous venez ici pour quoi?
-Pour te foutre une raclée espèce d'enfoiré, sifflais-je.
-Ça, ça m'étonnerait, répliqua-t-il en s'approchant de moi.
-Ah oui?
-Bon ça suffit!s'exclama le directeur. Puisque vous semblez si bien vous entendre, vous ferez le premier combat.
-Mais Stéphane! Elle n'est pas du tout du même niveau que moi!s'exclama Éric.
-J'ai dis que vous feriez le premier combat.
Je m'éloignais et commençais à m'échauffer. Après une demi-heure d'échauffements, Stéphane nous fit monter sur le ring. Il siffla le début du combat. Avant même de lui laisser le temps de respirer, je lui décrochais un coup de point dans le ventre. Il tenta de se défendre, mais je l'esquivais. Pour les premiers combats, nous n'avions pas le droit de frapper fort, puisque nous ne portions pas de protections ni de gants. Mais nous ne respections pas cette règle. Nous mettions toute notre ranc½ur dans nos coups. Je lançais mon point en direction de son visage mais il l'attrapa et le maintint.
-Et maintenant, que fais-tu?
Je lançais l'autre point, mais il l'attrapa aussi facilement que le premier. Soudain, il m'attira à lui, maintenant mes points derrière mon dos.
-Alors? Qu'est-ce que tu fais?
-Je suis assez tentée de te mettre un coup de boule. Mais cela abîmerait trop ton joli visage. Et les filles du lycée ne me le pardonneraient pas...
Il ne me laissa pas finir ma phrase et m'embrassa. Je le repoussais et lui flanquais une baffe.
-Parce que tu crois qu'après tout ce que tu m'as fais tu peux m'embrasser comme ça?!m'écriais-je dans le silence total.
-Tu n'as pas aimé mes fleurs? Pourtant, tu m'avais dit les adorer...
-Si bien sur... Là n'est pas là question! Je te déteste, je te hais!...
Tout en hurlant, je me précipitais vers lui dans l'intention de la frapper. Mais au lieux de cela, je me retrouvais l'embrassant, mes bras passés autour de son cou, collée contre lui. Je n'entendis pas les sifflements, les applaudissements, et tout le bruit que faisaient les autres. Je n'entendais rien. Un seul cri retentit à mes oreilles.
-Marishka!hurla la voix de ma mère.
Le silence se fit immédiatement dans la salle. Le corps d'Éric se raidit contre le mien et je m'éloignais de lui comme si je venais d'être traversée par un courant électrique.
-Comment oses-tu?!
-Maman?!
-Comment oses-tu embrasser se fils de rien! Ce bouseux! Il est inférieur à toi! Je t'avais interdit de le revoir!
-Mais arrêtes! Il n'est pas inférieur! Il est comme moi!
-Tu croyais donc que j'étais dupe?! Que ta tentative de suicide m'avais attendrit?! Je ne suis pas comme ton père!cria-t-elle en montant sur le ring.
Elle m'empoigna le bras et me tira loin d'Éric. Je criais et me débattais, mais rien n'y fit. Éric tenta de s'interposer, mais ses amis le retinrent.
-Ne t'approches jamais plus de ma fille, lui cracha-t-elle.
-Maman! Laisses moi!
Finalement, je réussis à me dégager. C'est à ce moment que mon père et mes frères entrèrent. Jean et Raoul se précipitèrent sur moi tandis que mon père restait planté devant la porte.
-Tu peux pas lui foutre la paix?!hurla Jean.
-T'es obligée de la faire chier toute sa vie maman?!continua Raoul.
-Tu ne vas pas les laisser m'insulter devant tout le monde?!hurlait ma mère à mon père.
Tout le mon de parlait en même temps, ma mère, Jean, Raoul, moi.
-Siiilence!!hurla mon père.
Instinctivement nous nous tûmes.
-Tu es insupportable. Tu ferais mieux de rentre chez ta mère, dit-il à ma mère.
-Ça ne se passera pas comme ça, cracha-t-elle. Je demanderais le divorce.
-Vas-y. Je garderais les enfants et tu seras à la rue. Tu n'es rien sans mon argent.
-Espèce de salop!
-Jean, Raoul, Marishka, on rentre. Allez dans la voiture.
-Non, répondis-je. Je veux rester là.
-Écoutes ma chérie, je comprends que tu veuilles rester avec Éric, mais je te rappelle que tu dois toujours te comporter comme si tu le détestais au lycée.
-Mais pourquoi?!
-Mais parce que ta mère a demandé expressément que tes professeurs te saquent, comme tu dis, s'ils te votaient avec Éric. Il en va de même pour vous Éric. Et je ne peux rien y changer pour cette année. Alors ne vous faites pas plus mal. Attendez la fin de l'année. Il vous reste 6 mois et demi.
Je me laissais tomber sur le sol, anéantie. Jean et Raoul, me relevèrent avec douceur.
-Tu verras grande s½ur, ça ira. On va s'occuper de toi. On se débrouillera. Ça ira.
-Je ne veux pas!hurlais-je.
-Tant que tes professeurs ou des personnes susceptibles de tout répéter à tes professeurs ne vous voient pas, vous pouvez être ensemble. Mais faites attention. Marishka, tu continueras à venir au club si tu en as encore envie. Et puis lors des réceptions, vous n'êtes pas obligés d'être vus toute la soirée.
-Tu sembles très au courant, le taquina Jean.
-Je le suis en effet. La vie des riches n'est pas facile. Tout comme celle des pauvres. Aucune vie n'est facile. Mais il faut s'en accommoder car c'est la seule que l'on ai.
-Mais vous êtes riches!s'exclama l'un des boxeurs. Vous devez pouvoir faire quelque chose!
-La vie des riches comme vous dites est régie par des lois, murmurais-je.
-La plus importantes est l'apparence, compléta Éric.
-Grâce mon argent, je peux offrir quelques privilèges à mes enfants, comme une dispense permanente de sport, ou encore l'accès à Internet pendant les récréations, ou encore un déjeuner meilleur. Mais je suis aussi dans l'obligation de respecter certaines règles.
-Bref! Éric et Marishka peuvent pas sortir ensemble, conclu Raoul.
-Tout comme Léa et moi...murmura Jean.
-Tu sors avec ma s½ur?!s'exclama Éric.
Devant sa stupeur, nous éclatâmes tous de rire. Il fut donc conclu que je continuerais à venir à la boxe, où je verrais Éric, mais que nous devions faire comme si nous nous détestions au lycée et en public. Sans autre possibilité, nous acceptâmes. Stéphane ajouta une chose : il veillerait à ce que ma mère n'entre plus dans ce club. Cela faisait longtemps qu'il voulait mettre quelque un à l'entrée du club pour filtrer les entrées, mais il n'avait pas assez d'argent. Mon père lui proposa de payer cet homme, à condition que ce soit Stéphane qui le choisisse et que ce soit quelque un d'incorruptible. Stéphane accepta et l'affaire fut conclue. Ainsi, nous étions surs que personne ne viendrait plus nous déranger.

Mais vous vous en doutez, ce ne fut pas si facile. C'est une chose que de dire que l'on va s'ignorer. C'en est une autre d'y arriver. Et ce fut très dur. Aussi bien pour moi que pour lui. Chaque fois que nous nous retrouvions seuls, nous nous jetions l'un sur l'autre. Le moindre frôlement, le moindre regard nous était insupportable. Souvent, nous nous donnions rendez-vous dans des cachettes. Les retrouvailles étaient superbes, magiques, électriques. Mais les séparations déchirantes. Lorsque je rentrais de ces rendez-vous, que ce soit après l'école ou après une promenade, mes frères faisaient tout pour me changer les idées. Et ma mère ne se doutait de rien. Elle avait décidé de revenir vivre à la maison pour mieux me surveiller. Mais elle désenchanta rapidement. Le personnel ne lui obéissait plus aveuglément, je ne lui servais plus de larbin, et mon père ne faisait plus tout ce qu'elle lui demandait. Je crois que ce fut très dur pour elle. Elle demanda même le divorce. Et malgré les protestations de son avocat, qui lui disait qu'elle allait être sur la paille, elle continua. Maintenant, elle vit chez sa mère. Et je ne vois plus aucune des deux. Mon père a livré une bataille acharnée pour nous garder. Mais la juge ne voulait pas savoir ce que mon père et ma mère pensaient. Elle voulait savoir ce que nous pensions. Elle nous convoqua donc et rendit son jugement quelques jours plus tard : mon mère avait notre garde à tous les trois. L'année s'écoula lentement. Je ne vivais que pour les quelques instants passés en compagnie d'Éric et mes révisions. Il est vrai qu'entre le piano, la boxe, et la préparation du bac, je n'avais pas beaucoup de temps libre. Mais je m'en accommodais. Cela me permettait de passer le temps. Et malgré tout cela, j'avais encore le temps de sortir. Maxime, Valentin, Caroline et moi, nous passions le plus clair de nos temps libres ensembles, à discuter. Avec eux, je pouvais parler d'Éric. C'est d'ailleurs durant l'une de ces discussions que je leur annonçais que je faisais de la boxe. Ils n'en revinrent pas, et me demandèrent s'ils pouvaient venir me voir. Je les invitais donc à venir nous voir, Éric et moi, le lundi suivant. Mon père nous déposerait tous les quatre au club, puis les raccompagnerait le soir chez eux. Ils acceptèrent avec joie.

Le lundi en question, je me changeais rapidement dans les toilettes du lycée et rejoignais mes amis devant la sortie. Mon père arriva et nous emmena au club. À l'entrée, Sofianne, le gardien, contrôla nos identités et me fit un clin d'½il comme à son habitude. La fin de l'année approchait, et par conséquent... le championnat!! Oui, le bac aussi. Mais pour cela, je ne me faisais pas de soucis. Le championnat en revanche m'angoissait. Tous les boxeurs dans la salle, tous mes nouveaux amis, étaient plus vieux que moi. Ils avaient déjà passé leur bac et avaient déjà participés à plusieurs championnats. Ils n'angoissaient donc pas trop. Mais moi! C'était catastrophique! Et la date approchait tellement vite!! À la fin du cours, Stéphane nous demanda une minute d'attention.
-Le championnat aura lieux le 21 juin.
-Le 21?!m'exclamais-je.
-Oui. Il y a un problème?demanda Stéphane.
-Et un de taille! C'est le jour de nos résultats. On doit être au lycée pour recevoir nos dossiers scolaires!
-T'es sure que c'est le 21?demanda Éric.
-Sur, répondit Valentin. C'est ma mère qui s'occupe de tout organiser pour que ce ne soit pas la cohue.
-Et à quelle heure sont vos résultats?demanda Stéphane.
-12h, répondis-je.
-Alors c'est bon! Le championnat débute à 14h. On viendra vous chercher au lycée!
-Dis Stèf'!s'exclama Alexandre, un des boxeurs. Et si on allait soutenir Marishka et Éric pour leurs résultats? Comme ça, dès qu'ils ont leurs dossiers, on va au championnat!
-S'ils sont d'accord, il n'y a pas de problèmes.
Éric et moi nous regardâmes, un sourire aux lèvres.
-Bien sûr!m'exclamais-je.
-Marishka, répliqua Maxime, et que vont dire tous les prof etc?
-Maxime, mon chou, il faut apprendre à s'amuser dans la vie. Et je veux que mes amis soient là pour mes résultats. Et puis, ce sera un jour de délivrance pour moi!
-T'as raison. Et puis on viendra te voir aux championnats!répondit-il.
-Si je prends le mini bus, je ne pourrais pas tous vous amener...dit Stéphane.
-C'est pas grave!m'exclamais-je. La société de mon père comprend aussi un service de bus et cars. On en prendra un! Et avec chauffeur en plus!
L'allégresse régnait dans la salle lorsque mon père arriva. Je lui exposais notre plan et il se mit à rire.
-Qu'est-ce qu'il y a?m'étonnais-je.
-J'imagine la tête de tes profs et de Véronica, Margueritte, et Marjorie!répondit-il.
Éric, Maxime, Valentin, Caroline, et moi nous joignîmes à ses rires. Quand enfin nous nous calmâmes, c'était décidé : nous prendrions un bus et tout le monde serait là pour mes résultats. Soudain, Éric poussa un cri.
-Mais c'est dans trois semaines!
-Oh mon dieu! Il nous reste une semaine de cours!cria Caroline.
-Et ensuite, une semaine de révisions!continua Valentin.
-Et après c'est la bac!finissais je.
-On se calme les jeunes. C'est pas si grave le bac...
-Ouais! On est tous passé par là.
-Et on est toujours en vie!
-Bien! Alors disons que le bus passera tous vous prendre à 11h le 21 juin, dit mon père. Il vous emmènera au lycée de Marishka et Éric, et ensuite il vous transportera tous au site du championnat. Cela vous va?
-Hip hip hip! Hourra!!
-J'aurais par contre besoin de la liste des personnes qui viendront dans le bus, afin de savoir combien de places il faut.
-Yahou!!

Et c'est ainsi que vint le jour des résultats. J'étais sûre d'avoir réussis, mais il me fallait une mention très bien pour entrer dans l'école que je voulais. Et j'avais peur de ne pas l'avoir. De plus, j'angoissais pour le championnat. Le beau temps étant revenu, j'enfilais une robe légère bleue ciel et des tongs. Je mis dans mon sac ma tenue de sport et descendis les escaliers en courant. Mon père, Jean et Raoul m'attendaient dans la voiture. Je n'étais pas rassurée du tout. J'avais le ventre noué. Et ce n'était pas seulement par rapport aux résultats et au championnat. J'allais revoir Éric, et j'allais être libérée de toutes contraintes. J'allais pouvoir aimer au grand jour, vivre ma vie tranquillement et comme je l'entendais. J'arrivais au lycée et descendais de voiture, suivis de mes frères. Comme mon père restait dans la voiture, je l'appelais pour qu'il vienne nous rejoindre. Il se gara et descendit de voiture. Au même moment, un bus arriva. Je levais la tête et vis une dizaine de jeunes hommes descendre. Ils étaient tous habillés en survêtement, la plupart accompagnés de leur petite amie, me faisant de grands signes de la main et m'appelant. Le gardien du lycée ne voulait pas les laisser entrer. Pas même Éric, qu'il ne reconnaissait pas. Je m'élançais vers eux et suppliais presque le gardien de les laisser entrer. Il ne voulut rien entendre. Mon père arriva alors à ma rescousse et réussit à les faire entrer, moyennant 10¤ par personne. Mon père paya et mes amis m'entourèrent. Bientôt, Valentin, Maxime, et Caroline nous rejoignirent. Je les emmenais à l'intérieur, près de mon coin préféré. Là, nous serions tranquilles. Du moins, c'est-ce que je croyais. Et j'avais tort. Marjorie, Margueritte, et Véronica arrivèrent bientôt.
-Tiens donc, mais qui vois-je?demanda Margueritte.
-On dirait bien que c'est Marishka, entouré de pauvres, continua Marjorie.
-Mais qu'elle horreur! Sa mère ne sera sûrement pas contente d'apprendre ça!ricana Véronica.
-Les gars, dis-je, je vous présente Margueritte, Marjorie, et Véronica.
-Les trois pouffiasses de service, compléta Éric.
Tout le monde éclata de rire.
-Mais dis-moi Marishka? N'aurais-tu donc aucun ami pour aller chercher ces gens là?demanda sournoisement Véronica.
-Véronica, je te présente le directeur du club de boxe de la ville, et les 10 meilleurs boxeurs du club. Nous allons disputer le championnat tout à l'heure, dis-je en souriant.
-Nous?! Parce que tu fais de la boxe?!
-Oh oui!rigola Stéphane. Et elle est même très douée.
-Tu connais mon secret?lui demandais-je en feignant d'ignorer les trois filles. J'imagine leur tête sur chacun de mes adversaires.
Véronica s'apprêtait à répliquer lorsque la voix du directeur du lycée s'éleva.
-Mesdemoiselles, messieurs, je vous prie de venir devant l'accueil, afin de connaître vos résultats.
Éric et moi nous raidîmes d'un coup, l'estomac plus noué que jamais. Nous nous dirigeâmes vers l'accueil, lentement. Le directeur commença à annoncer les noms des candidats et leurs résultats. Mais il ne prit pas l'ordre alphabétique. Il prit l'ordre des mentions, commençants par ceux qui n'en avaient pas. Puis par les mentions assez bien. Puis par les mentions bien.
-Valentin, Caroline, Maxime, mention bien!
Un tonnerre d'applaudissements et de cris retentit. Tous les boxeurs criaient de joie.
-Jonathan, Matthieu, mention très bien.
-Éric et Marishka, mention très bien et félicitations du jury.
Le boucan qui en résultat fut incroyable. La folie régnait parmi les boxeurs. Léa et Jean étaient dans les bras l'un de l'autre. Raoul et une fille que j'avais vu en cours de Maths aussi. Et je me retrouvais dans les bras d'Éric, l'embrassant avec force. Lorsque je me détachais de lui, je sentis des mains me soulever, et j'atterris sur les épaules de Stéphane. Éric, lui était sur les épaules de son meilleur ami. Ils nous faisaient un vrai triomphe, ainsi qu'à Caroline, Valentin et Maxime. Mais bientôt, on entendit la voix de mon père dans le micro.
-Excusez-moi d'interrompre ce moment de bonheur, mais je vous rappelle que vous avez un championnat à disputer. Et que nous devons nus dépêcher si nous ne voulons pas arriver en retard. Stéphane me reposa et nous courûmes tous vers le bus, sous les yeux surpris des autres élèves et parents. Lorsque nous fûmes tous dans le bus, ils se mirent tous à chanter à pleins poumons :
-Ils sont vraiment, ils sont vraiment, ils sont vraiment phénoménales!!
C'était merveilleux. J'étais dans les bras d'Éric, entourée de mes véritables amis, de mon père et de mes frères, avec leurs petites amies, et je me préparais à participer au championnat régional de boxe!! Ma mère me laissait enfin tranquille, j'en avais fini avec l'école et l'hypocrisie qui y régnait, j'en avais finit avec cette histoire ridicule de devoir se cacher pour s'aimer, et une nouvelle vie commençait pour moi! Une vie avec Éric, avec mes amis, avec mon père, et avec mes frères.


FIN
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#Posté le jeudi 11 septembre 2008 09:23

Lyon

La salle bondée résonnait du bruit des conversations. Léa, émerveillée, regardait autour d'elle. Elle ne cessait de regarder les femmes si richement vêtues, les hommes dans leurs costumes flambants neufs. La société riche de Carpentras l'étonnait toujours.
« Ce n'est pas très poli de dévisager les gens ainsi, lui fit remarquer Samuel.
-Je ne me lasse pas de voir tous ces gens si riches et ridicules, répondit-elle. Cela me fait penser au réceptions que donnait ma grand -mère...
-Buvons!s'exclama-t-il soudain.
-À quoi?s'étonna Léa.
-À nous, à notre anniversaire. Cela fait maintenant deux mois que nous sommes ensemble.
-C'est vrai que cela fait déjà deux mois...
Il lui servit une coupe de champagne et trinqua avec elle. La soirée ne pouvait mieux se dérouler. Samuel était un homme charmant, avec qui elle aimait passer du bon temps. Il n'était pas l'amour de sa vie, elle en était consciente. Mais elle avait décider de se laisser tenter par cet homme brun, qui semblait appartenir à la mafia. Elle aimait rigoler avec lui, sortit, s'amuser. Il lui laissait beaucoup de libertés, mais semblait un tantinet jaloux. Il la faisait rire. Il était, disait il dans les affaires. Elle ne cherchait pas à en savoir plus. Elle ne voulait pas d'une relation approfondie. Juste une amourette, comme aurait dit sa mère.
Il était près de minuit lorsqu'ils quittèrent le restaurant huppé. Léa se félicita intérieurement d'avoir posé un jour de congé le lendemain. Telle qu'elle connaissait Samuel, il allait l'emmener en boite. Dans l'une de ces boites où il connaissait tout le monde, et où tout le monde le connaissait, l'appelant « Monsieur », le complimentant sur tout. Là-bas, il ne payait rien. « J'ai un crédit » répondait-il au questions de Léa. En sortant, elle se regarda dans la vitrine d'un magasin fermé pour cause de décès. De taille normale, blonde, les cheveux très courts, coiffés en pétards, les yeux violets, elle était ce que l'on appelle une femme attirante. Très attirante. Elle n'était pas belle. Elle était très attirante. Vêtue d'un tailleur pantalon qui moulait sa taille mince et son petit cul, elle était encore plus belle. Elle détacha son regard de la vitrine et se retourna vers l'entrée du restaurant, où Samuel payait l'addition. Il se retourna, lui sourit et son regard se posa derrière elle. Soudain, le serveur et lui se baissèrent. Léa n'eut pas ce réflexe et resta plantée là, sans bouger. Elle sentit alors une douleur fulgurante sur l'épaule. Comme une brûlure. Elle tomba à genoux et se retourna pour voir ce qu'il se passait. Elle vit alors deux hommes d'une trentaine d'années approcher. L'un deux portait une arme de petit calibre, pratique, discrète, passe-partout, pointée dans sa direction. Elle reconnu le deuxième homme pour l'avoir vu dans les fichiers de la police. Elle jeta un coup d'½il à son épaule et se releva. La balle n'avait fait qu'effleurer l'épaule, l'entaillant assez profondément. Son tailleur était fichu!! Il lui avait coûté un mois de paye!
Le propriétaire de l'arme avança vers elle et pointa son arme dans sa direction. Elle ne bougea pas. Surprit, l'homme approcha encore. Samuel hurla.
-Léa éloignes-toi! C'est à moi qu'il en veut! Ne lui faites pas de mal! Elle n'a rien à voir avec tout ça! Elle ne sait rien!
Voyant qu'il avait affaire à une femme, l'homme baissa son arme et se dirigea vers Samuel, passant à côté de Léa. Grossière erreur. Au moment où il passait à côté d'elle, Léa donna un coup d'épaule à l'homme, le faisant tomber à terre. De surprise, il lâcha son arme qui glissa sur le sol. Plus rapide que lui, Léa se releva et sauta par-dessus lui pour attraper l'arme. Elle se retourna ensuite et mit en joue l'homme. Son complice arriva alors et fit voler l'un de ses poignards dans sa direction. Rapide, Léa écarta le poignard de sa trajectoire avec le canon de son arme. Il alla se planter dans le sol, à quelques mètres d'elle. Les deux hommes s'approchèrent d'elle, doucement.
-Tu n'aurais pas du te mêler de ça, dit le premier.
-Je vais te découper en morceaux, déclara le lanceur de couteaux en souriant.
Léa les tenait toujours en joue, bras tendus, jambes écartées, comme le lui avait enseigné le sergent Gabs. Les deux hommes approchaient toujours, souriants, confiants. Léa tira. En l'air. Les deux hommes marquèrent un court temps d'arrêt, surpris, puis recommencèrent leur approche.
-Jettes donc cette arme, lui lança le premier des hommes.
-Ouais, approuva le second. Jettes donc ton arme et bats-toi sans si tu en as le courage...
-Elle ne l'a pas, déclara l'homme au pistolet pour provoquer Léa.
Léa pencha la tête sur le côté et leur sourit. Elle abaissa son arme, la démonta en quelques secondes, et jeta les morceaux au loin. Puis elle les attendit. Les deux hommes se jetèrent alors sur elle. Comme le lui avait apprit le gendarme instructeur, Léa conserva son calme, étudiant les mouvements de ses adversaires, les laissant se fatiguer. Elle évitait ou parait les coups, les fatiguant. Enfin, quand elle vit la vitesse des coups réduire, elle attaqua. D'un crochet du droit, elle assomma l'homme aux couteaux. Puis d'un coup de pieds derrière les genoux, elle fit tomber l'autre sur les genoux. Elle replia son genoux autour de son cou et, prenant le couvercle d'une poubelle à porté de main, l'assomma. Il s'écroula sur le sol, le nez cassé, inconscient. Léa se retourna et se dirigea vers l'arme. Elle saisit les morceaux et la remonta en un clin d'½il. Soudain, Samuel cria. Léa se retourna et sentit un couteau passer au ras de sa joue gauche. Elle pointa son arme sur l'homme, qui s'immobilisa. Elle tourna la tête vers le serveur et lui demanda de la ficelle de cuisine. Pendant qu'elle lui parlait, le lanceur de couteaux tenta de se relever. Une balle se plantant dans le sol à côté de son pied droit le dissuada. Elle lui fit mettre ses mains sur l'arrière du crâne et attendit patiemment la ficelle. Lorsque le serveur arriva, elle la lui arrache presque des mains et ficela les mains des deux hommes ainsi que leurs chevilles. Puis elle sortit son portable et appela la police.
-Quand arrivent-ils?demanda Samuel.
-Dans 10 minutes, répondit Léa sans quitter les deux hommes des yeux.
Le serveur fit rentrer les clients qui étaient sortis pour voir ce qu'il s'était passé.
-J'ai à te parler, déclara Samuel.
-Je t'écoute.
-Ces hommes venaient pour me tuer. Je fais partit d'un réseau de faux billets. Et j'ai besoin d'un garde du corps en quelque sorte. Acceptes-tu?
Léa entendit sa propre voix répondit affirmativement alors qu'elle n'avait qu'une envie partir en courant le plus vite possible. Une lumière bleue et rouge éclaira soudain la rue. Léa se tourna vers Samuel et lui chuchota précipitamment de ne surtout rien dire. Intrigué, Samuel acquiesça. Léa se dirigea alors vers les voitures de police et saisit le premier policier qui sortit. Elle l'agrippa par le bras et l'entraîna derrière un platane. Là elle s'entretint doucement avec lui.
-Je suis Léa Varney. Adjoint du gendarme Gabs. Vous allez lui faire parvenir un message dès que je serais partie.
-Mais...
-Ne posez pas de questions et obéissez!le coupa-t-elle sèchement.
Le policier sortit alors son calepin et un stylo. Léa lui raconta alors tout ce qui s'était passé depuis leur sortit du restaurant. Elle lui demanda ensuite de prendre en note le fait que Léa avait accepté, et qu'elle le contacterait le lendemain dans la journée, dès qu'elle aurait un moment. Elle lui demandait instamment de ne rien tenter. Puis elle expliqua au policier la version qu'elle mise au point pour les autorités concernant l'état des deux hommes : ils avaient essayé de la violer, et Samuel l'avait défendu.
Le policier accepta, dépassé par les évènements. Elle alla donc vers Samuel, suivit du policier, qui le félicita chaudement pour son courage.
-Aider cette jeune femme était admirable.
Samuel joua très bien le modeste. Et les policiers partirent rapidement en emmenant les deux hommes, dont l'un était toujours inconscient.
Léa et Samuel rentrèrent chez Samuel. Arrivé là, Léa alla au toilettes et ouvrit son portable. Elle alluma l'option « enregistrement », et ressortit en tirant la chasse. Pas très glorieux et original, mais c'est tout ce qu'elle avait. Elle rejoint Samuel dans le salon. Il lui exposa alors tout ce qu'il savait, tout ce qu'il faisait, tous les gens qu'il connaissait. Il lui faisait confiance. Il ne connaissait pas son travail. Il la croyait avec un casier judiciaire. Son stoïcisme et son sang froid lui avait fait deviner qu'elle avait de l'expérience. Et jamais il n'aurait pu soupçonner qu'elle soit dans la gendarmerie. Peut-être une ancienne soldat, que l'armée dérangeait, ennuyait. Elle écoutait tout ce qu'il lui disait, essayant d'enregistrer le maximum d'informations. Il lui expliqua aussi ce qu'elle aurait à faire. De la protection rapprochée principalement, mais aussi délivrer des « paquets ». Elle posa des questions sur le type d'armes dont se servaient les gens qu'il côtoyait, sur le type de dangers qu'il encourait. Puis elle prit une feuille et se mit à noter tout ce dont elle aurait besoin. Matériel d'informatique perfectionné, des armes à feu de plus ou moins gros calibre, des armes blanches plus ou moins dangereuses, des grenades, bref, du surplus militaire. Elle venait à peine de finir sa liste lorsque son téléphone sonna. Surprise, Léa regarda sa montre. 7h30! À tous les coups son chef avait oublié qu'elle était en congé. Elle décrocha et entendit la voix du gendarme Gabs.
-J'imagine que tu ne peux pas parler alors écoutes bien et réponds comme tu le peux. Tu es chez lui?
-Tiens!s'exclama Léa. Mon fournisseur préféré! Tu tombes bien. J'ai une grosse commande pour toi...
-Tu ne réponds pas à ma question. Alors?
-Bien sur que oui.
-Vas-y donne-moi ta liste.
-Il faudra que tu me fournisse un casier dans lequel tu mettras des armes, des faux papiers pour deux personnes, un homme et une femme, et du matériel informatique.
-Tu veux un casier judiciaire??
-Duh! À ton avis? Je fais une promenade de santé?
Léa lui donna ensuite la liste qu'elle venait de faire, et attendit que son chef lui crée son casier.
-Mademoiselle Léa Smith. Tu n'es connu des autorités que sous ce nom. Tu vis actuellement sous un nom d'emprunt inconnu, le tiens. Tu es une ancienne soldat, virée de l'armée pour comportement dangereux et individualisme poussé. Experte en combat rapproché et dans l'utilisation d'armes à feu, tu as en outre de bonnes références informatiques. Ça devrait suffire, non? J'allais oublier! Ces hommes là sont très friands des danseuses si tu vois ce que je veux dire. Alors avant de rentrer dans l'armée, tu as gagné ta vie jusqu'à tes 18 ans en étant gogo danseuse dans un bar mal famé, où tu n'as eu aucun problème. Cependant, des plaintes ont été émises à l'encontre du club pendant que tu étais chez eux, mais ont toujours été retirées quelques jours après.
-Bien. C'est parfait.
-Ok. Pour les armes etc, tu iras les retirer à la consigne numéro 14 de l'aéroport. La clef t'attendra chez toi dans 30 minutes. Et je demande à mes hommes de ne pas intervenir contre toi.
-Merci! C'est parfait, vraiment.
-Je n'apprécie pas que tu fasses cela. C'est beaucoup trop dangereux. Tu n'es absolument pas prête pour ce genre de chose.
-je crois que tu as encore beaucoup à apprendre sur moi.
-Tu sais bien que je ne demande qu'à mieux te connaître. Mais là, c'est trop grave.
-On verra quand j'aurais eu de l'avancement.
-Humf...
-J'ai faillit oublier! Demande à Momo de passer me prendre tout à l'heure vers 14h. J'aurais besoin de changer de tenues...
-Mouais... OK... Appelles moi régulièrement.
-C'est ça! Bye!
Léa raccrocha, un sourire aux lèvres. Stéphane était vraiment incorrigible. Il lui plaisait beaucoup et c'était réciproque, mais elle était sous sa responsabilité et ce genre de relations n'étaient pas acceptées entre un gendarme et son adjoint.
-Qui était-ce?demanda Samuel.
-Un ami de longue date. Il était mon supérieur dans l'armée, et nous ne nous sommes plus quittés.
-Tu auras tout ce que tu voulais?
-Oui. Dans une demi-heure j'aurais la clef de la consigne. Et cette après-midi, on vient me chercher pour des essayages. Je vais refaire ma garde robe, ajouta-t-elle devant son air interrogatif.
Samuel sourit. Décidément, les femmes étaient toutes les mêmes. Le shopping d'abords.
-Veux-tu que je vienne avec toi?
-Non c'est bon. Je n'en aurais pas pour plus de deux heures.
-À quelle heure passe-t-il?
-14h. Et j'irais chercher les armes sur le chemin.
-Alors il nous reste 6 heures devant nous... Que dirais-tu?... D'un bon petit déjeuner?!
-J'ai mieux à te proposer, dit Léa en se levant. Elle lui saisit la main et l'entraîna vers la chambre.

-Debout grande paresseuse...
-Hum...Quoi?...
-Il est 13h30. Il faut te lever si tu ne veux pas être en retard...
-13h30!! Oh mon dieu! Il ne faut pas qu'il sache que je suis ici! Il faut que je rentre chez moi! Prépare moi quelque chose à manger pendant que je prends ma douche!
Léa se précipita vers la salle de bain et prit sa douche en vitesse. Lorsqu'elle sortit 10 minutes après, un petit déjeuner copieux l'attendait. Elle s'attabla et commença à manger.
-Pourquoi as-tu mis mon pantalon de moto?demanda Samuel.
-J'ai besoin de t'emprunter ta moto. Je peux? Avec les embouteillages, je n'arriverais jamais à l'heure si je prends un taxis.
-Ok. Je ne vais pas sortir avant que tu reviennes, donc je n'en aurais pas besoin.
-Merchi, répondit-elle la bouche pleine de pain au Nutella.
Léa regarda sa montre et sursauta. Plus que 15 minutes! Elle rangea ses affaires dans son sac et enfila la veste de cuir de Samuel. Il lui lança les clefs et elle les rattrapa au vol, balançant son sac sur son épaule.
-Je t'appelle dès que Momo m'a raccompagné!lui cria-t-elle depuis l'escalier.
Samuel regarda partir sa petite amie, surprit de tous les changements qui étaient apparus depuis quelques heures. Lentement, il referma la porte et se dirigea vers le téléphone.
Léa courut dans l'escalier, sautant les dernières marches, et fonça vers la place de garage de Samuel. Elle enfourcha la moto, mit son casque et démarra en trombe. Elle ne s'arrêta à aucun moment sur la route. Le ciel devait être avec elle : tous les feu verts étaient pour elle. Elle fut chez elle en moins d'un quart d'heure. Elle cacha la moto derrière l'immeuble et grimpa au pas de course les trois étages qui séparaient son studio du rez-de-chaussée. Elle entra en trombe dans son appartement et se heurta à un homme. Elle se débattit quelques seconde et vit, penché sur elle, Mohamed. Violemment, elle le repoussa.
-Mais qu'est-ce qui te prend?!s'exclama-t-elle furieuse.
-Je t'attends depuis 10 minutes...répondit-il.
-Ce n'est pas ma faute si tu es toujours en avance...râla-t-elle.
Mohamed éclata de rire. Léa enleva sa veste de moto et son pantalon pour se changer.
-Hum!... L'entraînement dur de Monsieur Gabs te réussit, remarqua-t-il.
-Oui, je trouve aussi. Il me fait un sacré petit cul et un ventre bien plat.
-C'est vrai que tu es magnifique. Et cela te donne une pèche et un teint superbe. Vivre au grand air, il n'y a rien de mieux.
Léa sourit en enfilant son pantalon. Mohamed savait de quoi il parlait. Ils étaient effectivement entrés le même jour à la gendarmerie. Il avait fuit sa famille et ses études de littérature pour entrer dans la gendarmerie. À 23 ans, il était l'aîné de Léa de 3 ans. Cet écart ne les avaient pas empêché de sympathiser. Ils s'étaient rencontrés dans une boite de nuit à Paris. Léa dansait sur le bar, et Mohamed l'avait dragué. Petit à petit, ils en étaient venus à parler de leurs envie de carrière, et s'étaient rendus compte qu'ils allaient faire le même boulot, et entrer en même temps dans la gendarmerie. Momo en tant que gendarme dans la brigade informatique, Léa en tant que Gendarme adjoint. Cependant, il leur restait plusieurs semaine avant leur entrée en formation, et il n'avait pas d'endroit où dormir. Léa, qui vivait dans un deux pièce prêté par sa marraine, lui avait proposé de venir habiter chez elle, si du moins il participait aux taches ménagères et à l'achat de la nourriture. Il lui avait tout de suite inspiré confiance, et Momo accepta. Ils vécurent ainsi deux mois. Dormant dans le même lit, faisant souvent l'amour, mais sans réelle histoire. Juste par envie physique. Il faut dire que Mohamed était un bel homme. Grand, musclé, africain, les cheveux tressés, les yeux d'un bleu perçant, il avait tout pour plaire. Entre eux était née une complicité que rien ne pouvait entacher. Momo, lui, ne pouvait s'empêcher de regarder vivre cette jeune fille, pleine de vie, que rien ne semblait arrêter. Il avait envie de la protéger, mais lui laissait toute sa liberté. Léa quand à elle, avait besoin de sa présence. Besoin de son avis, de ses conseils, de sa chaleur, et bien souvent de son corps.
Elle se donna un coup de brosse qui ne servit à rien et mit dans un sac à main son portefeuille et ses quelques affaires indispensables à une jeune fille : sa plaque, son arme, qu'elle s'était procurée plus ou moins légalement, et son nécessaire réduit à maquillage. Puis elle rejoint son ami et sortit à sa suite.
-Avant de commencer les courses, je t'emmène voir quelque un, lui dit-il.
-Mais Samuel me fait sûrement surveiller!s'exclama-t-elle.
-C'est pour cela que nous allons aller manger un morceau dans l'arrière salle d'un petit restaurant japonais truffé de brouilleurs et autres gadgets en tous genres.
Rassurée, Léa suivit son ami dans les rues commerçantes de Carpentras. Momo avait un double visage. Il travaillait pour l'armée, mais servait aussi de fournisseur à la plupart des voyous et truands. Il était capable de leur trouver n'importe quoi, avec bien sûr l'aval de l'armée. C'était assez drôle de le voir se balader indifféremment avec des soldats, des gendarmes, et des voyous. Ces derniers croyaient avoir affaire à un voyou, comme eux, qui avait des contacts dans l'armée. C'était très drôle. Il ne se cachait pas mais restait suffisamment discret pour être entouré d'un voile de mystère aux yeux de certaines personnes. Et il avait toujours de bons résultats. De ce fait, tout le monde le demandait. Grâce lui, plusieurs arrestations avaient été possibles. Et l'on s'était toujours arrangé pour faire passer ces arrestations pour des coups du hasard, des coups de chance. Ce qui laissait Mohamed totalement en sécurité. Personne ne pouvait se douter de son implication dans ces arrestations, ce qui l'arrangeait grandement. Léa et lui aimaient beaucoup travailler ensemble sur des « cas spéciaux » comme ils disaient. Ils se rendaient ensemble sur les lieux de rendez-vous et mettaient ensuite au point les arrestations. C'était très amusant, et très excitant. Léa s'amusait beaucoup. Ainsi, se balader avec Mohamed alors qu'elle était sensée être le garde du corps d'un receleur de faux billets ne posait pas de problèmes. En passant devant la devanture de la Mie Câline, une boulangerie où Léa et son ami avaient l'habitude de se retrouver, elle se rappela soudain leurs étreintes. Elle serra le bras de son ami et le regarda avec gourmandise. Son ami ne put résister et l'embrassa dans le cou, descendant petit à petit. Léa l'arrêta avant qu'il ne l'embrasse dans le décolleté. Elle lui releva la tête et lui sourit. Puis elle lui murmura à l'oreille que Samuel était un homme très jaloux. Il la regarda avec intensité et l'entraîna vers le restaurant. Dans l'ombre d'une porte cochère en face du restaurant, un homme rangea son appareil photo et écrasa sa cigarette avec le talon de ses bottes de moto. Puis il sortit de l'ombre et se fondit dans le masse des badauds, disparaissant.

-Stéphane?!s'exclama Léa. Mais qu'est-ce que tu fais là?!
-Je voulais te voir, répondit-il. Nous avons deux ou trois choses à mettre au point.
-Tiens, assieds-toi, lui murmura Mohamed en tirant une chaise.
Léa s'assit et regarda autour d'elle. La salle était très sobre, tapissée de rouge. Sur la table, trois tasses étaient disposées sur des coupelles, et une bouilloire fumait. Léa se servit du thé et attendit avec quelque impatience que son patron lui explique ce qu'il voulait.
-Je dois d'abords te dire que je n'approuve pas du tout ce que tu es en train de faire. C'est extrêmement dangereux...
-Je me contre fiche de ce que tu penses. Tout ce qui m'intéresse, c'est de le coincer et de le faire arrêter avec ses patrons etc.
-Tu n'as pas l'air de te rendre compte du danger. On dirait que tout cela t'amuse!s'exclama-t-il.
-Je suis tout à fait consciente du danger, croîs-moi. Quand au fait que je m'amuse, oui, il est vrai que cela m'amuse. Mais je fais attention.
-Stéphane, compléta Mohamed, Léa a une façon très particulière de vivre, de... Oui de vivre. Elle ne se pose pas de questions. Elle avance. Les questions, elle se les pose après. Elle vit l'instant présent du mieux qu'elle peut, en essayant de souffrir le moins possible.
-Ce n'est pas une raison à son comportement, répliqua vivement Stéphane.
-Crois-tu que ce soit facile d'apprendre que son petit ami est un trafiquant!s'exclama Léa.
-Ce n'était pas sérieux entre vous, tu me l'a dit toi-même!
-Ce n'est pas une raison! L'homme avec qui je sortais, avec qui je couchais, me mentait, me trahissait! J'en ai par-dessus la tête de n'avoir affaire qu'à des salopards! Je ne suis pour l'instant jamais tombé sur un homme avec lequel je puisse construire une relation stable, sans mensonges, sans se cacher, une relation normale, sans aucun problème, sans douleur! Et je l'ai toujours subit! Cette fois, j'ai la possibilité de changer cela, de me venger, si l'on peut dire.
-Je comprends que tu sois mal par rapport à cela, mais tu ne peux pas te permettre de prendre tous ces risques juste pour prendre ta revanche sur tous les hommes qui ont partagés ta vie.
-Laisse moi prendre mes propres décisions par rapport à ma vie!s'écria-t-elle. Laisse moi vivre! Ton entraînement en plus d'être extrêmement difficile, m'a apprit beaucoup de choses. Et je peux m'en sortir!
-Je ne doute pas de ta capacité à t'en sortir, répondit calmement Stéphane. Mais je ne veux pas te voir prendre tous ces risques. Tu es très douée. Mais je ne peux pas accepter que tu prennes tous ces risques.
-Maintenant, ça suffit. Tu me laisses vivre ma vie et prendre mes propres décisions. Tu m'as fais venir pour une raison précise. Que voulais-tu?
Stéphane soupira, résigné, et commença son entretient. Il expliqua à Léa les procédures de communication entre elle et l'armée, comment elle devrait procéder pour le joindre, et tout ce qu'elle avait besoin de savoir pour cette mission. Léa écouta, concentrée.
Quand enfin ils sortirent, près de deux heures s'étaient écoulées. Il ne leur restait plus beaucoup de temps pour acheter ce dont Léa avait besoin. Ils achetèrent ainsi des tenues pratiques pour le combat, mais aussi des tenues plus sexy. Les essayages les firent bien rire. Dans l'ombre, caché derrière des rayonnages, un homme les observait, triturant le premier bouton de son veston. Léa sortait de la cabine d'essayages avec chaque nouvelle tenue. Mohamed commentait, et Léa riait. Les vendeuses crurent à bien des reprises qu'ils étaient amants. Léa riait alors plus fort et les détrompait bien vite. Ils riaient, ne pouvant s'arrêter. L'homme les suivait, les observait. Léa s'accrochait à son ami, lui serrait le bras de peur de le perdre dans la cohue des rues. Momo lui parlait à l'oreille, lui picorait le cou de baisers, savourant le moment présent, sachant qu'un rien pouvait le briser. Ensuite, ils allèrent chercher les armes dans la planque. Enfin, ils rentrèrent à l'appartement de Léa. Mohamed portait les paquets, pile très conséquente, et Léa fouillait dans son sac pour trouver sa clef. Elle riait des mines de son ami, qui croulait sous le poids des paquets. Quand enfin elle trouva les clefs, Momo venait de faire tomber le premier paquet de la pile. Elle se pencha et la ramassa en ouvrant la porte. Son ami râla et entra à son tour. Soudain, il s'immobilisa et son rire resta coincé dans sa gorge. Léa se retourna et laissa tomber son paquet de surprise.
-Samuel!s'exclama-t-elle.Qu'est-ce que tu fais là?!
-Tu devais m'appeler, répondit-il. Je m'inquiétais.
-Excuses-moi. J'étais en courses. Je voulais renouveler ma garde-robe.
-Qui est-ce?demanda-t-il brutalement en se tournant vers Mohamed.
-Je te présente Mohamed. Momo, voici Samuel.
-Je vais vous laisser, dit celui-ci. Léa, tu sais où me trouver.
Mohamed déposa tous les paquets et se dirigea vers la porte d'entrée de l'appartement. Léa lui fit un petit signe de la main et il sortit, fermant la porte derrière lui. Samuel se leva et alla à la cuisine se servir un verre d'eau. Intriguée, Léa le rejoint.
-Qu'est-ce que tu as?lui demanda-t-elle.
Comme il ne répondait pas, elle se mit derrière lui et l'entoura de ses bras, nichant son visage dans son cou. Samuel se laissa faire, comme indifférent. Elle s'en rendit compte et s'arrêta. Elle recula et le regarda, surprise. Enfin, il se détourna de l'évier et se mit face à elle. Sans la regarder, il lui dit qu'il avait vu des vidéos la montrant avec Mohamed, et que leurs rapports semblaient très... Intimes. Léa se mit tout de suite en colère.
-Comment as-tu osé me faire suivre?!cria-t-elle. Comment oses-tu m'espionner?! Empiéter sur ma liberté?!
-Je devais te faire suivre!s'exclama-t-il. C'est la procédure!
-J'emmerde la procédure! Et toi avec! Je ne suis pas un rat de laboratoire!
-C'est qui ce mec?!
-Qu'est-ce que ça peut te faire?! C'est un ami!
-Très proche on dirait...persifla-t-il.
-Nous sommes en effet très proches! Et si cela ne te plait pas, alors tant pis!
-Je n'aime pas que l'on me parle sur ce ton!
-Tu devras t'y habituer si nous devons continuer ensemble! Je suis très tolérante, mais personne n'a le droit de toucher à ma liberté! C'est mon bien le plus précieux!
À ce moment, le téléphone de Samuel sonna.
-Quoi?!rugit-il.
Après quelques secondes, il raccrocha, et inspira un bon coup.
-Nous avons un rendez-vous à Avignon dans un quart d'heure. Vu la circulation à cette heure, nous devrons prendre la moto.
Léa, le regard lançant des éclairs, se dirigea vers la porte.
-Nous allons voir l'un de mes clients qui me doit de l'argent, lui dit Samuel. Il serait opportun que tu changes de tenue et que tu ais l'air plus dangereuse.
Léa prit ses paquets et se dirigea vers la salle de bain. Elle en claqua la porte et se prépara. Elle enfila un pantalon de cuir par-dessus un pantalon de sport noir, moulant et adapté au combat. Puis elle passa une veste de moto qui lui allait jusqu'aux chevilles par-dessus son débardeur sport noir, et mit des bottes montantes jusqu'aux genoux à talons plats. Dans la ceinture de son pantalon, elle glissa un pistolet de petit calibre, pratique pour les tirs à courte portée.. Elle glissa dans sa poche le silencieux et deux chargeurs supplémentaires. Puis elle fixa un micro miniature dans le pendentif en croix de son collier, et une mini caméra sur sa veste. Ces deux petits bijoux étaient directement reliés à Stéphane et Quentin, par satellite. Enfin, elle se redonna un coup de mascara et de crayon, et se regarda dans le miroir. Lorsqu'elle sortit de la salle de bain, elle avait retrouvé le sourire. Elle prit les clefs de la moto sur le vide poche de l'entrée et ouvrit la porte de chez elle pour que Samuel sorte. Elle fit le tour de son appartement pour vérifier que tout était fermé, et attrapa au passage un fusil à pompe au canon scié. Elle le cacha sous sa veste et se dirigea vers la sortie de l'appartement en fermant derrière elle. Samuel marchait à côté d'elle. Elle arriva à la moto et la conduisit vers la rue. Puis elle l'enfourcha et attendit que Samuel s'installe derrière elle. Mettant son casque, elle fixa le fusil à pompe contre le flanc de la moto et démarra, Samuel serrant ses mains sur sa taille. Léa, suivant les instructions de son amant, suivit la quatre voies jusqu'à Avignon et entra dans la ville. Puis elle se rendit jusqu'à la porte Thiers. Là, elle se gara sur le parking et descendit de moto. Jetant un coup d'½il alentour, elle enleva son pantalon de cuir et saisit le fusil qu'elle glissa à sa ceinture, sur son flanc droit. Malgré la chaleur ambiante, elle ferma sa veste en cuir autour d'elle. Puis elle se tourna vers Samuel et lui fit un petit signe de la tête, signifiant qu'elle était prête. Il traversa alors le parking suivit de Léa et passa sous la porte Thiers. Ils marchèrent ainsi jusqu'au Palais des Papes. Il est vrai que l'endroit n'était pas tout prêt de la porte Thiers. Mais Samuel aimait marcher longuement avant ses rendez-vous. Léa le suivait, en silence. Enfin, ils arrivèrent devant la porte du palais. Samuel fit une pause, et tourna le dos à la porte. Il traversa la place, gravit les marches de pierres menant au jardin, et sur le premier palier se dirigea vers une petite porte en bois incrustée dans le mur de pierre. Il ouvrit la porte et demanda à parler avec Mr Bernard, le directeur. En poussant la porte, Léa avait été envahit de souvenirs. Elle était déjà entrée ici. En 4°. Elle était venue avec sa classe et son professeur d'histoire, accessoirement la mère de sa meilleure amie, dans cet endroit. C'était là que ce trouvaient les archives de plusieurs centaines d'années. Des actes de mariages, de baptêmes, de décès, de divorces, datant de plusieurs centaines d'années. Tout était conservé ici, à l'abris des destructions diverses. Elle se remémora le travail qu'elle avait eu à faire. Rechercher parmi des étages de documents un papier concernant le maire de la ville en 1503. Puis elle avait eu à recopier et enluminer un texte. L'arrivée du directeur la sortit de ses réflexions. Léa le reconnu, c'était le même homme que dans son enfance, avec cependant moins de cheveux. Elle se tourna vers lui afin de le filmer, mais refusa de lui serrer la main, le saluant d'un signe de tête. L'homme la reconnu.
-Vous êtes la jeune fille aux cheveux en pétard?lui demanda-t-il. Vous êtes venu ici lorsque vous étiez au collège. C'est vous qui m'avez posé toutes ces questions sur les possibilités de falsifier les documents et de les contrefaire.
-En effet, répondit-elle.
-Je me demande pourquoi une jeune fille aussi charmante que vous reste avec ce gredin de Samuel.
-Parce qu'il paye bien, répondit-elle un sourire mystérieux aux lèvres.
Le directeur éclata de rire et leur fit signe de les suivre. Il les conduisit dans son bureau, dont il ferma soigneusement la porte.
-Que puis-je pour vous?demanda-t-il enfin lorsqu'il se fut assit.
-Tu le sais très bien, répondit Samuel en s'asseyant à son tour. Tu me dois 5 000 ¤. Je les veux tout de suite.
-Ne pourrait-on pas discuter?
-Non. Je t'avais donné trois semaines de délais supplémentaire, maintenant je veux voir mon fric.
Le directeur glissa sa main sous le bureau, mais avant qu'il n'est atteint la poignée du tiroir, Léa le tenait en joue, secouant la tête de gauche à droite en souriant.
-Je comprends maintenant ce que vous faites avec lui...
Léa fit le tour du bureau, ouvrit le tiroir et en sortit le pistolet qui s'y trouvait. Elle le mit dans sa ceinture, laissant apparaître un court instant le fusil. Puis elle sortit de sa poche le silencieux et le fixa lentement au canon de son arme. Ensuite, elle composa avec le téléphone du bureau le numéro de la réception. Passant le combiné au directeur, elle lui ordonna de dire qu'on ne le dérange pas durant l'heure qui suivait. Il s'exécuta. Léa tira à elle un fauteuil et s'y laissa tomber, sans quitter le directeur des yeux.
-Maintenant mon cher monsieur Bernard, nous allons causer, reprit Samuel comme si aucune interruption n'avait eu lieux. Je veux mon fric. Tout de suite.
-Il est dans mon coffre, répondit le directeur en tremblant. Derrière le tableau de Monet.
Léa se leva et déplaça le tableau, ne pouvant resituer à l'envie de l'effleurer. Puis elle se retourna vers Mr Bernard et attendit que celui-ci lui donne la combinaison du coffre.
-314957, lâcha-t-il enfin.
Léa ouvrit le coffre et prit les 5000¤ qu'il leur devait, lui laissant le reste. Puis elle retira la balle qui se trouvait dans le canon de son arme et le chargeur. Elle les mit dans sa poche et en sortit un chargeur ceinturé d'une bande autocollante bleue. Elle le mit en place, arma, et tira. La fléchette atteint l'épaule gauche, au dessus du c½ur. Léa changea à nouveaux de chargeur et arma. Puis elle ouvrit la porte du bureau et invita Samuel à sortir. Celui-ci finit de ranger les 5 000 ¤ dans son sac et suivit Léa dans les couloirs. Celle-ci retrouva rapidement son chemin, se souvenant avec une étonnante clarté de sa visite en 4°. Lorsqu'ils sortirent, la moto les attendait sur la place, devant le palais des papes. Intriguée, Léa se tourna vers Samuel.
-Tu n'es pas la seule à travailler pour moi, répondit-il simplement. Elle jeta un coup d'½il autour d'elle et, voyant que la place était vide, fixa son fusil à la moto et l'enfourcha. Samuel s'installa derrière elle et elle démarra. Ils roulèrent à vive allure jusqu'à chez lui. Là, il la fit monter.
-J'ai quelque chose pour toi, lui dit-il.
-Pour moi?s'étonna-t-elle. En quel honneur?
-Disons que c'est pour ton entrée dans mon équipe, et pour fêter le fait que cela fait deux mois que nous sommes ensembles. Dans la précipitation des évènements, je n'ai pas eu le temps de te l'offrir.
Samuel la conduisit jusqu'au garage, devant une forme noire, recouverte d'une bâche.
-Qu'est-ce que?...
Samuel retira d'un coup la bâche, découvrant une moto noire et rouge. La carrosserie était toue noire. Seul un « L » rouge écrit finement sur les flancs donnait un peu de couleur. Léa, abasourdit, fit le tour de la moto, l'effleurant du doigt, n'osant y croire. Elle regarda Samuel, qui lui fit signe de la tête de la prendre. Elle ouvrit alors la porte du garage, enfourcha sa nouvelle moto, et démarra en trombe, saluant Samuel de la main. Elle fit le tour de la ville sur sa moto, testant ses réactions, son accélération, etc. Elle était féline, réagissant vite à la moindre poussée, agressive. Léa se sentait en complète osmose avec cet engin. Il lui correspondait totalement. Elle roula ainsi, toute la nuit. Enfin, elle rentra chez elle. Se garant dans la porte de son immeuble, elle remarqua une voiture de gendarmerie. Inquiète, elle gravit les marches menant à son appartement à toute allure. Sa porte était entrouverte. Elle sortit son arme, vérifia qu'elle était bien chargée, et entra doucement. La salle de bain était vide. La cuisine aussi. Elle se dirigea vers la chambre, et se retrouva prise dans un étau. Deux bras la serraient avec une telle force qu'elle en eut mal. Elle flanqua son coude dans les côtes de son adversaire et s'écarta. Un coup de pied dans le ventre la fit plier en deux et lâcher son arme. Elle s'écroula par terre et roula sur le sol pour échapper à un coup de pied. Elle se releva, et se mit en position de défense. Son adversaire portait une cagoule et tenait à la main un couteau de cuisine que Léa reconnut comme lui appartenant. Il se précipita sur elle, mais elle l'esquiva, saisissant au passage son poignet gauche et le poussant dans le dos. Elle récupéra ainsi le couteau et précipita son adversaire à terre. D'un coup de pied dans le bas ventre elle l'immobilisa. Elle courut vers la cuisine et sortit de la ficelle. Elle attacha les mains de son agresseur et lui retira sa cagoule. Elle reconnu alors le serveur du restaurant où Samuel et elle avaient mangés pour leur anniversaire. Elle le releva, l'assit sur une chaise, l'y ficela et se mit à ranger ses affaires en attendant qu'il se réveille. Elle posa son arme sur la table de la cuisine et alla se changer. Elle passa un jean et un débardeur mauve, et retourna vers son agresseur. Elle le réveilla à coup de claques et s'assit face à lui. Elle sortit d'un sac un paquet de cigarette et en alluma une. Elle inspira avec délice la multitude de toxines et regarda avec intensité le serveur.
-Pour qui travailles-tu?lui demanda-t-elle.
-Mais qui es-tu?!s'exclama-t-il.
-C'est moi qui pose les questions ici, répliqua Léa. Pour qui travailles-tu?
-Pour Sergueï Kasinao.
-Qui est-ce?demanda Léa surprise.
-Ton patron, répondit le serveur en tentant de sourire. C'est de lui que Samuel tient tous ses ordres. Et il veut te voir.
-Il veut me voir? Mais pourquoi m'as-tu agressé?
-Pour voir comment tu allais réagir, répondit-il en grimaçant.
Léa se leva et alla à la salle de bain. Elle en revint avec des compresses , du désinfectant et des pansements. Elle détacha ensuite le serveur et lui ordonna de rester assit. Elle alla ensuite chercher un verre dans la cuisine et la bouteille de vodka qu'elle avait toujours à côté de son lit. Elle en servit un fond au jeune homme et lui demanda son nom.
-Youri, répondit-il. Youri Carpatchev.
-Buvez Youri, lui ordonna-t-elle. Lorsqu'il avala son verre, elle désinfecta la plaie. Il hurla de douleur lorsque le désinfectant toucha la plaie de sa joue. Elle lui posa ensuite un pansement et s'occupa de sa lèvre. Elle ne pouvait que nettoyer et désinfecter la plaie. Lorsque Youri voulut se relever, il s'appuya sur son bras gauche et grogna de douleur. Lorsque Léa lui avait saisit le poignet, récupérant le couteau, elle avait sans le faire exprès entaillé son bras de l'épaule au coude. Youri passa ses doigts sous la manche de sa veste et les retira en grimaçant, couverts de sang. Léa le força à se rasseoir et alla chercher des ciseaux.
-Désolé pour votre veste, il faudra vous en racheter une autre, dit-elle en découpant la manche. Elle désinfecta ensuite la plaie puis la pansa. Quand enfin il fut prêt, ils se préparèrent à partir.
-Où allons-nous?demanda Léa.
-Je vous emmène voir Mr Kasinao.
-Alors attendez quelques instants, je vais me changer. Je suis couverte de votre sang.
Youri sourit et lui fit signe de la tête. Quelles que soient les circonstances, les femmes pensaient toujours à leur apparence. Quelques instants plus tard, Léa reparut vêtue d'un pantalon en toile beige et d'un débardeur assortit. Elle passa par-dessus sa veste en cuir et passa son arme à sa ceinture, vérifiant que le chargeur était plein. Elle vérifia sa tête dans le miroir de l'entrée et sortit à la suite de Youri.
Il la conduisit jusqu'à une limousine noire qui stationnait plus loin dans la rue. La voiture de police était toujours là. Léa la regarda, intriguée. Youri vit son regard et la rassura : son voisin du dessus appartenait à la gendarmerie. Un certain Mr Gabs. Léa ne put s'empêcher de sourire, mais Youri ne le remarqua pas. Elle monta dans la limousine à la suite de Youri et s'installa confortablement sur la banquette. Youri se servit un verre de vodka et en proposa à Léa. Refusant, elle le questionna sur Samuel, Mr Kasinao, et l'organisation des faux billets. Youri lui expliqua alors en bref que Mr Kasinao était le boss, et que personne n'avait jamais vu son visage. Il procédait de manière bizarre pour recruter ses gardes du corps. Lorsqu'il lui en prenait fantaisie, il organisait un combat entre l'ancien et le potentiel. Celui qui gagnait devenait son garde du corps. Léa demanda à quel niveau était Samuel. Youri eut un petit rire suffisant.
-Il n'est rien, lui dit-il. Ce n'est qu'un recéleur minable qui en plus doit de l'argent à Kasinao. Il se croit très fort, très important mais il n'est rien.
-Tu me semble avoir une dent contre lui, remarqua-t-elle.
-Tu as vu comment il a réagit lors de l'attaque de l'autre jour? C'est un couard!crachat-il.
-Tu ne m'as pas beaucoup aidé, fit remarquer Léa avec un sourire.
-J'avais ordre de ne pas me dévoiler. Et tu t'en es bien sortie toute seule, ajouta-t-il avec un sourire.
Enfin, la limousine s'arrêta. Et Youri en sortit. Il aida Léa à sortir sans se cogner la tête au toit fort bas et l'entraîna à sa suite le long de couloirs sordides, dans un immeuble en ruines. Léa apercevait des visages ravagés par l'alcool, la drogue, la misère dans l'embrasure des portes. Elle en avait le c½ur et l'estomac retournés. Elle se contraint pourtant à demeurer impassible, et suivit Youri le long des couloirs. Enfin, ils arrivèrent devant une porte tapissée de velours rouge. Youri frappa énergiquement du poing et attendit. La porte s'entrouvrit, retenue par une chaînette en cuivre. Youri chuchota rapidement quelques mots au garde en la montrant du doigt, et la porte se referma. Léa, interloquée, se préparait à répliquer acerbement lorsque la porte se rouvrit, en grand. Le garde leur fit signe d'entrer et d'attendre dans le couloir. Puis il ferma la porte et leur fit une fouille complète. Léa déposa à contre c½ur son arme dans un sac et suivit le garde et Youri jusque dans ce qui pouvait être le salon. La pièce était à l'origine grande, mais il y avait tant de gens et d'objets entassés, qu'elle semblait plus petite. Au fond, vautré sur un grand fauteuil de velours bordeaux, un homme semblait-il fumait d'un narguilé. Du fait de l'obscurité, Léa ne voyait pas qui il était. Le fauteuil, cependant, était entouré de filles, plus ou moins jeunes, qui avaient le regard vague des drogués. Très légèrement vêtues, elles étaient pathétiques. Léa détourna le regard de ces poupées ridicules et reporta son attention sur le fauteuil de velours. Youri fit alors les présentations. L'homme du fauteuil était Mr Kasinao. À ce moment là, Léa entendit un imperceptible bruit autour d'elle. Elle tourna la tête de tous les côtés et vit que des hommes approchaient, plutôt menaçants. Ils semblaient formatés pour le combat et portaient des armes. Des armes blanches, certes, mais des armes tout de même. Ils étaient trois, taillés comme des armoires à glace, semblant tout droits sortis du dernier film de Schwarzenegger. Machinalement, Léa porta la main à sa ceinture pour prendre son arme. Elle se rappela alors que le garde de l'entrée la lui avait prise. Elle se rendit soudain compte du silence qui l'entourait. Youri avait finit de parler. Elle se tourna vers lui et lui dit clairement, le regard lançant des éclairs :
-Tu le regretteras.
Youri lui sourit et lui fit un signe de la tête qui exaspéra encore plus Léa. Puis elle se détourna de lui et attendit que les hommes attaquent. Comme la plupart du temps, ils attaquèrent séparément. Ce qui était une grossière erreur, mais Léa n'allait pas la leur faire remarquer. Le premier attaqua au couteau. Sautant en arrière, Léa esquiva le coup porté au ventre. Emporté par son élan, l'homme avança de deux pas. Léa en profita pour lui faire lâcher son couteau d'un coup de pied. Il atterrit quelques mètres plus loin, au pied d'une des junkies. Il se rua alors sur elle et l'atteignit au ventre de son poing. Pliée en deux, elle ne pouvait plus respirer. Il la redressa d'un coup de genoux dans le visage. Léa sentit du sang couler de son arcade sourcilière gauche et tomba assise sur le sol. Il se jeta alors sur elle. Profitant de la puissance qu'il mettait dans sa course, Léa leva les pieds et fit passer l'homme par-dessus sa tête. Il atterrit sur le sol dans un craquement semblant provenir de son nez. Elle se releva et se tourna vers les deux autres hommes. Ils attaquèrent alors, en même temps. D'un saut sur le côté, elle esquiva le premier et se retrouva alors entre les deux. Elle envoya un coup de pied dans le ventre du premier qui s'écroula à terre. Puis se retournant, elle saisit au passage une plaque en fer sur laquelle reposait deux boite en métal et en frappa le deuxième homme au visage. Frappé dans son élan, il sembla voler et atterrit brutalement sur le dos. Léa vit alors une corde lui passer devant les yeux. Elle eut tout juste le temps de porter ses mains à sa gorge avant que la corde ne commence à l'étrangler. Elle se débattit en vain. Puis elle s'affaissa contre le corps de son agresseur. Celui-ci relâcha alors la pression. Erreur qui lui coûta un nez. Léa se redressa d'un coup et rejeta la tête en arrière, souriant de satisfaction au bruit que fit le nez en se cassant. L'homme lâcha alors la corde pour plaquer ses mains sur son nez. Léa se retourna et, sautant, abattit son pied sur le cou de son agresseur. Puis, rapide, avant même que quelque un réagisse, Léa sauta vers le couteau que le premier homme avait fait tomber. Elle le saisit et, rapide et souple, sauta sur Youri qu'elle renversa. À califourchon sur lui, le couteau placé sous la gorge du jeune homme, elle ne bougeait pas. Quelques hommes sortirent des rangs et se précipitèrent sur eux mais une voix les arrêta net. Un homme venait d'entrer dans la pièce en criant, stoppant net les mouvements de chacun. Youri leva les mains, doucement, et saisit les poignets de Léa. Elle résista et maintint son arme en place. Mais une troisième main lui saisit l'arme et l'arracha. Elle leva les yeux et vit Samuel, le regard flamboyant. D'un bond, Youri et elle se relevèrent, remettant de l'ordre dans leurs vêtements. Youri recula pour placer son visage dans l'ombre.
-Mais qu'est-ce que tu fais là?!s'exclama-t-il.
-Tu ne vas pas recommencer?siffla Léa entre ses dents.
-Qu'est-ce que tu fais là, assise sur un homme?!
-Arrêtes, dit-elle calmement. Je t'ai déjà dit de me laisser tranquille. Je ne suis pas enchaînée à toi! Je t'ai déjà dit que je vivais ma vie, seule!
Exaspérée, furieuse, elle lui tourna le dos et se dirigea vers la porte de sortie.
-Mais putain! À quoi tu joues! Tu es MA copine! Tu es à MOI!
Léa se figea soudain, rouge de colère. Lentement, elle se retourna.
-Qu'est-ce que tu viens de dire?demanda-t-elle lentement.
-Que tu étais à moi!
-Je te demande pardon?!hurla-t-elle. Je te protège! Je te sauve la vie! Je suis à qui je veux, et pour l'instant je m'appartient à moi seule! Personne n'a le droit de me commander, de me posséder! Tu m'entends?! Personne. Et toi encore moins, crachat-elle finalement.
Peut-être était-ce la présence de tous ces gens, mais Samuel avait une sorte de nouveau courage. Il s'avança vers elle, lui saisit le bras, et l'entraîna vers la sortie. Abasourdit, Léa se dégagea.
-Mais...
-Suis-moi! On rentre à la maison.
-Parce que tu crois que je vais venir chez toi?
Léa éclata de rire. De colère et de honte, Samuel lui retourna une claque. Le bruit résonna dans le silence de la pièce. Léa posa sa main sur sa joue et regarda Samuel intensément. Puis elle lui envoya son poing dans la figure, suivit d'un coup de pied dans le ventre qui le fit tomber par terre.
-Ne m'approches plus jamais, lui dit-elle.
Puis enjambant le corps recroquevillé de son ex-petit ami, elle sortit de la salle. Dans le couloir, elle récupéra son arme. Le garde lui demanda où était passé l'homme qui était venu la chercher. Elle lui répondit d'aller voir dans le salon. Elle ouvrit la porte et sortit, suivit du cliquetis des verrous que le garde refermait. Elle sortit son portable de sa poche et composa le numéro de Mohamed.
-C'est moi. Peux-tu passer chez moi et m'apporter ma moto. Je suis en face du lycée privé St Joseph.
-Ok. J'suis là dans 5 minutes maximum.
Léa raccrocha et s'assit sur le trottoir. Elle sortit son paquet de cigarettes de sa poche et en alluma une. Elle venait à peine de la finir lorsque son ami arriva. Elle saisit son casque et monta derrière lui. Il releva la visière pour lui sourire et attendit qu'elle se soit installée. Alors qu'elle s'installait, Samuel déboula par la porte, l'appelant. D'une pression autour de la taille de son ami, Léa lui commanda de partir. Mohamed démarra en trombe, laissant Samuel seul sur la route. Rapidement, ils arrivèrent chez Léa. Elle alluma la musique à fond et entraîna son ami sur le balcon. Là, elle lui raconta tout. Tout ce qu'il s'était passé depuis qu'ils s'étaient quittés. Les disputes avec Samuel, le combat avec Youri, celui avec les trois armoires à glaces, l'homme du fauteuil, les junkies, tout. Momo s'indigna sur la conduite de Samuel et fut très intéressé par Youri.
-Un russe, tu dis?
-C'est-ce qu'il m'a semblé. Il a un léger accent ukrainien, mais je le pense russe.
-Qu'est-ce qui te fait dire ça?
-Il a utilisé plusieurs fois des mots russes, des mots simples comme « Da » au lieu de oui.
-Nous allons vérifier ça. Il doit bien apparaître dans un de nos fichier. J'ai autre chose à te dire.
-Je t'écoute.
-Le protocole de rencontre entre Stéphane et toi a changé. Lorsque tu auras besoin de le rencontrer, parce qu'il s'est passé quelque chose ou pour quelque autre raison que ce soit, tu glisseras un mot dans ta monnaie lorsque tu achèteras ton pain. Ensuite, tu recevras un appel sur ton portable demandant à parler à Mme Gabs. Tu répondras que c'est un mauvais numéro. À partir de ce coup de fil, tu sauras que tu devras te rendre chez toi où Stéphane t'attendra.
-D'accord. Mais ce serait un peu bizarre que je monte le son à fond à chaque fois qu'il vient chez moi...
-Oui. Je t'ai donc apporté deux ou trois gadgets. Ce sont des brouilleurs de fréquences, et des anti-mouchards. Nous allons les placer tout à l'heure. Je suis censé t'avoir apporté ces gadgets car tu crains que la police n'est mit ton appartement sur écoute, à cause de la présence de Stéphane à l'appartement en dessous.
-Mais ce serait louche que mon voisin du dessous, un flic en plus, me rende visite régulièrement!
-Ces deux appartements communiquent par un escalier qui se trouve dehors. Et personne ne peut le voir à moins d'être dans l'hôtel de ville et de fixer le mur de ton immeuble. Alors tu vois...
-Ok! Autre chose?
-Oui. Tu as pu voir le visage de l'homme au fauteuil?
-Non. Je t'ai dit, il était dans l'ombre. Je ne sais même pas s'il est grand, petit, gros, maigre... Cependant, je pense qu'il est assez gros et petit. Car ses jambes ne dépassaient de l'ombre, et le fauteuil était très large. Mais ce n'est qu'une supposition.
-Bon. D'accord. Allons placer les anti-mouchards et les brouilleurs de fréquences.
Léa retourna dans l'appartement suivit de son ami. Elle baissa le son de la radio et continua une discussion imaginaire où il était question de filles et de leurs tenues.
-Au fait, dit Mohamed au bout d'un petit moment, j'ai ce que tu m'as demandé. Mais je ne vois pas pourquoi tu veux ces trucs là...
-J'ai un nouveau job, je te l'ai dit. Et je ne tiens pas à ce que les flics découvrent mes activités. Depuis qu'ils m'ont libérés faute de preuves, ils ne me lâchent plus. Et je suis presque sûre qu'ils ont mit mon appartement sur écoute. Mon téléphone est intraçable et ne peut être mit sur écoute, et j'ai en permanence sur moi un brouilleur de fréquences. Mais je veux protéger mon appartement aussi.
-Ok. Alors on va les installer maintenant.
Léa et Mohamed installèrent donc les différents brouilleurs et anti-mouchard dans l'appartement. Ils savaient qu'aucune caméra n'avait été placée dans l'appartement, mais que des micros y étaient présents. Ils firent donc leur travail en silence, essayant de ne pas dévoiler, par une parole ou un bruit l'endroit où ils les plaçaient. Les quatre pièces disposèrent ainsi chacune d'un anti-mouchard et d'un brouilleur de fréquence. Lorsque les deux amis eurent finit, ils s'installèrent à la table de la cuisine et dînèrent ; Il était près de 22h. Lorsqu'ils eurent finit leur repas, Léa se leva pour débarrasser. Elle porta les assiettes à la cuisine, lentement, voulant empêcher Mohamed de partir. Mais elle due finalement sortir de la cuisine. Lorsqu'elle passa près de son ami, il lui saisit le poignet et l'attira à lui, la faisant tomber assise sur ses genoux. Il l'embrassa, goulûment, savourant enfin le bonheur de l'avoir pour lui. L'avoir vu si câline avec Samuel, cette ordure de délinquant, l'avait mit hors de lui.

-Allo?demanda Léa d'une voix ensommeillée.
-C'est Youri, je ne te réveille pas?
-Si. Qu'est-ce qu'il y a?
Léa se redressa sur son lit faisant glisser la main de Mohamed sur son ventre. Elle réprima un frisson et se leva. Le téléphone toujours collé à son oreille, elle passa un kimono, tout en écoutant Youri lui expliquer la nouvelle situation.
-Nous avons cru comprendre que tu ne voulais plus travailler avec Samuel. Nous t'engageons donc ailleurs. Tu travailleras directement pour Mr Kasinao, par mon intermédiaire.
-Je ne l'ai pas assez impressionné pour qu'il me montre son visage, râla-t-elle.
-Disons que l'apparition de Samuel l'a énervé. Votre dispute l'a fort amusé, mais la colère a été plus forte. Désolé.
-Je n'aime pas prendre mes ordres de quelqu'un qui reste caché. Ce n'est pas très poli, fit remarquer la jeune fille.
-Haha! Mouais. Mais de toutes les façons, c'est ça ou rien alors... Tes références et tes preuves nous ont beaucoup intéressées. Et on a besoin de toi aujourd'hui.
-Vas-y je t'écoute. Et ne t'inquiète pas pour les bruits bizarres, je suis en train de me préparer un petit-déjeuner...
-Ok... Euh... Bon! Donc cette après-midi, je t'emmène voir l'un de nos contacts. Nous irons à son domicile. Je t'y présenterais comme mon assistante. Lorsque nous serons chez lui, tu devras faire un repérage des lieux et des meilleures opportunités d'entrées et de sorties. En fait, nous y retournerons le soir, incognitos, et il nous faudra entrer et sortir sans qu'il s'en aperçoive. Bien sur, nous n'entrerons pas juste pour faire un tour. Il nous faudra entrer dans son bureau, ouvrir son coffre et subtiliser un papier format A4 d'une grande valeur. Si la sécurité se déclanche, nous devrons sortir au plus vite. D'où la nécessité du repérage.
-Y'a-t-il du matériel que je devrais commander?
-Nous verrons cela après notre « visite guidée de la maison » si je puis dire.
-Ok. Dans combien de temps arrives-tu?
-Je passe te prendre chez toi dans une heure. Gardes-moi un croissant, ajouta-t-il avant de raccrocher.
Léa raccrocha, songeuse, et se servit un verre d'eau. Deux mains glacées lui glissèrent alors sur le ventre.
-Arrêtes! Tu es fou!
-Qui était-ce?demanda Mohamed.
-C'était Youri. Il a besoin de moi aujourd'hui. Il arrive dans une heure. Comment ça s'habille une assistante de mafieux?
Mohamed éclata de rire. Puis il l'aida à choisir ses vêtements et alla dans la cuisine pendant que Léa prit sa douche.
Lorsque Léa sortit, son ami était attablé devant un énorme petit-déjeuner, vêtu d'un immonde survêtement noir et blanc. Manifestement, il était sortit acheter des croissants. Léa avait choisit de s'habiller d'un tailleur pantalon noir, finement rayé de blanc. Sous sa veste, elle portait un simple débardeur en dentelles blanc. Ses chaussures à talons lui collaient aux pieds, ce qui lui permettait de se battre, le cas échéant. Mohamed lui tendit une paire de lunettes de vue et un brillant à lèvres. Intriguée, Léa les prit.
-Le tube du brillant à lèvres contient trois mini caméras que tu peux propulser grâce à ce petit bouton que tu vois là. Dans les lunettes est intégré un appareil photo miniature. Tu l'actionne en appuyant là, entre les deux verres, comme si tu remontais tes lunettes sur le nez. Tu as la possibilité de prendre 100 clichés. Avec ça, tu devrais avoir assez. Tout est connecté à ton ordinateur.
Quelqu'un frappa à la porte. Léa se retourna vers la porte puis vers Mohamed et lui murmura précipitement qu'il devait jouer le rôle de son fournisseur en matériel diverse. Puis elle se dirigea vers la porte et ouvrit à Youri.
-Salut, entre. Je te présente Mohamed, mon fournisseur en tous genres. Mohamed, voici Youri Carpatchev.
Les deux jeunes hommes se saluèrent d'un signe de tête. La jalousie de Momo était tangible et, on ne savait pourquoi, Youri ne semblait pas très heureux de trouver quelque un chez Léa.
-Comment tu me trouves?lui demanda cette dernière. Je fais bien l'assistante?
-Très bien, confirma Youri avec un sourire.
Léa embrassa Mohamed sur la joue et prit son sac. Elle posa les clefs de l'appartement sur la table en demandant à son ami de les mettre dans la boite aux lettres quand il partirait, puis elle sortit de l'appartement avec Youri. Comme la veille, une limousine les attendait devant l'immeuble.
Dans la voiture, Youri expliqua plus en détails l'opération et Léa lui présenta son matériel pour la première visite. Léa et lui devaient entrer pendant une soirée costumée dans la soirée. Masque obligatoire, mais il fallait montrer patte blanche à l'entrée, donc ils devaient entrer clandestinement. D'où le repérage du matin. Le thème de la soirée était Venise des temps anciens. Donc valse, etc.
-Pourras-tu avoir du matériel pour ce soir?demanda-t-il.
-Oui. Sans soucis, répondit Léa. Le gars qui était chez moi...
-Mohamed, lança Youri avec plus de mépris qu'il ne l'aurait voulut.
-Euh...Oui... Et bien il peut m'avoir n'importe quoi rapidement.
-Ok. Un gars super, quoi!
-Euh...Oui.
Le reste du voyage se déroula dans un silence de mort. Léa ne comprenait pas le comportement de Youri, qui ne le comprenait pas lui-même. En arrivant à la propriété du vendeur, Léa eut le souffle coupé.
-Outre les faux billets, lui expliqua Youri, il fait dans la vente d'armes, de renseignements, etc.
-Ma parole!s'exclama Léa. C'est un vrai...
Léa s'arrêta nette. Si elle disait ce qu'elle pensait, elle se découvrait. Bizarrement, Youri n'eut aucune réaction se contentant de la regarder intensément. Gênée, Léa baissa les yeux. Ils sortirent de la limousine en silence et furent accueillit par Mr David en personne.
-Monsieur Carpatchev, ravit de vous revoir, dit-il.
-Mr David, je vous présente Léa, mon assistante, répondit-il.
Mr David salua Léa et les entraîna dans sa propriété. Grâce à ses lunettes, Léa prit des photos du jardin entourant la maison, de l'entrée et de toutes les pièces par lesquelles ils passèrent. Elle propulsa ses trois caméras, l'une devant la porte du bureau, la deuxième à l'intérieure du bureau face à la porte, et la troisième au fond du couloir, près de la porte incendie. Le rendez-vous dura près d'une heure. Youri demandait expressément à Mr David de lui fournir un renseignement quelconque mais ce dernier refusait. Devant le refus de l'homme, Youri perdait patience. Léa n'écoutait qu'à moitié, regardant la bouche de Youri. Elle ne savait pourquoi mais il l'attirait. Son corps musclé qui dégageait une force hors normes, cette bouche pleine et bien dessinée, même ses mains la fascinaient. Oui, c'était le mot : elle était fascinée par lui. Son visage bien dessiné, attirant les confidences et l'amitié était mangé par deux yeux noirs, qui reflétaient toute la froideur de sa personnalité. Quelques fois, dans ces yeux, une lueur s'allumait. D'amusement, d'ironie, ou de quelque chose que Léa ne savait interpréter. Soudain, Youri s'adressa à elle.
-Léa? Avez-vous prit note de ce rendez-vous? Pour demain midi?
-Oui. Quelle heure?demanda-t-elle en écrivant sur le petit calepin qui se trouvait dans son sac.
-Disons... 13h. Cela vous va Mr Carpatchev?demanda Mr David.
-Tout à fait. Cependant, je dois vous prévenir, j'enverrais peut-être mon assistante ou l'un de mes associés. J'ai malheureusement à faire à Mexico City et je ne sais quand je partirais.
-Je serais ravi de revoir mademoiselle, répondit-il, montrant ainsi qu'il n'accepterait pas de recevoir une autre personne. Youri comprit le message et se retira suivit de Léa. Le majordome les raccompagna jusqu'à la limousine, les faisant passer à travers le jardin le plus rapidement possible.
Une fois dans la voiture, Léa demanda à ce qu'ils soient conduits dans son appartement.
-Pourquoi souris-tu?demanda-t-elle à Youri.
-Oh rien, répondit-il.
En arrivant, Léa récupéra ses clefs dans la boite aux lettres et monta les escaliers suivit de Youri. À peine entrée dans son appartement, elle sortit son ordinateur du placard. Le temps qu'il s'allume, elle prépara le café. Youri, toujours silencieux, s'assit sur l'une des chaises et attendit. Léa revint rapidement avec deux tasses de café fumantes. Elle bidouilla quelques instants sur ordinateur puis le tourna vers Youri. L'écran était divisé en trois parties, montrant les trois vues des caméras. Youri examina les trois plans avec attention. Puis il se rejeta sur sa chaise et soupira.
-On aura besoin de pas mal de matériel. Et cher.
-J'ai des prix, assura Léa.
Youri sortit de son sac un rouleau et étala le papier sur la table.
-Voici le plan du bâtiment.
Léa se leva et examina le plan attentivement.
-Voici la solution que j'ai trouvé pour entrer incognito pendant la fête, lui dit-elle en lui montrant la porte incendie.
Léa lui montra alors les photos. La porte était reliée à un système de sécurité qui déclanchait une alarme en cas d'ouverture de la porte.
-Le boîtier qui gère la sécurité se trouve sur le mur nord de la maison, continua-t-elle. Il nous faudra déconnecter la sécurité. Ensuite, il faudra forcer la porte et entrer. Une fois à l'intérieur, ça se complique. Il va falloir que l'un de nous fasse une diversion pendant que l'autre pénétrera dans le bureau, forcera le coffre, et volera le document.
-D'accord. Que proposes-tu comme plan? Une fois à l'intérieur de la maison j'entends.
-Tu feras semblant d'avoir un malaise au milieu de la salle de bal. Si tu pouvais être dans les bras d'une fille, se serait encore mieux. À ce moment, le garde en faction devant l'escalier, le vieux que nous avons vu, viendra voir la raison de l'attroupement. J'en profiterais pour monter. Là, j'improviserais.
-Je te signale que le garde me connaît et que je ne suis pas censé être invité.
-J'y ai pensé. Tu seras maquillé. Personne ne te reconnaîtra.
-Le premier problème vient du boîtier qui commande l'alarme de la porte incendie. Toute discontinuité dans le circuit entraîne le déclenchement de l'alarme.
-Il nous faudra alors un appareil qui entrera dans le système informatique sans créer de discontinuité. De là, on devra faire croire au système que la porte reste fermée alors que nous l'ouvrirons.
-Il nous faudra donc une commande à distance. Le deuxième problème, c'est à l'intérieur du bureau. Il y a une alarme. Mr David la met dès qu'il sort. Qui est-ce? Tu attendais quelque un?
La sonnerie de son appartement venait de sonner.
-Non. Caches tout ça et va dans la chambre.
Léa se leva et alla ouvrir la porte. Un jeune homme l'attendait, une enveloppe à la main. Léa la prit et vit partir le jeune homme sans explication. Elle referma la porte et retourna l'enveloppe dans ses mains. Youri sortit de la chambre et la regarda, intrigué. Léa l'ouvrit et commença à lire. Petit à petit, ses yeux s'agrandissaient d'horreur, et sa main se portait à sa bouche. Elle sortit son portable et chercha le numéro de Quentin dans son répertoire. Elle l'appela et attendit, le visage décomposé par l'horreur. Soudain, elle s'affala sur le sol, lâchant le téléphone et la lettre. Youri se précipita sur elle et ramassa le portable. Il lut le nom du correspondant et attendit qu'il décroche.
-Mohamed, c'est Youri! Venez vite chez Léa elle vient de s'écrouler par terre, je ne sais pas ce qu'il se passe!cria-t-il. Il entendit alors un bruit sourd et la communication fut coupée. Youri souleva Léa dans ses bras et la porta jusqu'à son lit. Cinq minutes plus tard, Mohamed entra en trombe dans l'appartement. Youri lui raconta ce qu'il s'était passé et Mohamed courut ramasser la lettre. Il la parcourut des yeux son visage se ferma.
-C'est une lettre de Samuel, lui dit-il. Il dit qu'il va aller voir Mr Guérémy et lui parler de Léa, pour lui demander de l'aide. Il veut la faire sortir du pays et de cette vie. Mais je ne comprends pas sa réaction. Il y dit que Mr Guérémy est un trafiquant d'arme connu de lui, et qu'il saura l'aider.
Léa gémit et les deux hommes se précipitèrent à son chevet. Lentement, prudemment, elle ouvrit les yeux et se redressa. Elle regarda autour d'elle, soupira, et mit sa tête dans ses mains.
-Alors ce n'était pas un rêve...murmura-t-elle.
-Léa, dit Mohamed. Qu'est-ce qui se passe? C'est cette lettre qui te met dans cet état?
-Tu te rappelle?répondit-elle. Je t'ai toujours dit qu'un jour je t'expliquerais pourquoi j'appelais mon père par son prénom.
-Euh...Oui...répondit-il sans savoir où elle voulait en venir.
Youri se leva dans l'intention de partir. Léa lui saisit le poignet.
-Restes s'il te plaît. Tu dois savoir. Car à partir de maintenant, tout va changer.
-J'ai d'abord quelque chose à te dire, répondit-il. Je ne suis pas un mercenaire.
Devant le regard de Léa, il faillit plier et ne pas lui dire la vérité.
-Je suis un flic, reprit-il.
Léa explosa de rire, bientôt suivit de Mohamed.
-Elle se redressa et se jeta dans ses bras.
-Je suis gendarme, lui dit-elle. Gendarme adjoint plus précisément. Je ne savais rien des activités de Samuel jusqu'à ce que nous nous fassions attaquer devant le restaurant. Là, il m'a tout avoué et j'ai décider de tout faire pour le coffrer.
-Tu ne peux pas être gendarme adjoint, dit-il. Tu es trop douée pour ça...
-N'est-ce pas?répliqua Mohamed. On arrête pas de lui dire, mais elle s'en fout...
Léa éclata de rire. Soudain, son téléphone sonna. Les trois jeunes gens se turent et Léa décrocha.
-Stéphane!s'exclama-t-elle. Tu nous a fait peur! Peux-tu monter s'il te plait? Il y a quelque chose que je dois vous dire.
-Qui vous?
-Tu montes s'il te plait?
-Euh...Ok.
-Merci.
Puis raccrochant, elle dit aux deux autres hommes qu'ils allaient attendre son supérieur. Elle se leva et alla préparer quatre tasses de café. Machinalement, elle se passa la main dans les cheveux et sentit un liquide chaud couler sur ses doigts. Elle retira se main et la regarda. Elle avait du sang sur les doigts. Elle alla dans la salle de bain et se rinça les cheveux. Puis elle revint dans la cuisine et trouva Youri, Mohamed, et Stéphane en pleine discussion autour de la table. Elle apporta les tasses fumantes et s'assit à côté d'eux. Respirant un grand coup, elle se lança.
-Mon père, celui que tu connais Momo, n'est pas mon père. Il est mon beau-père. À mes 18 ans, il m'a adopté. Une adoption partielle, de façon à ce que j'appose son nom à celui de mon géniteur. Lorsque j'avais 9 ans, mes parents ont divorcés. Le divorce s'est très très mal passé. Et mon géniteur et moi avons coupé tout contact. Où plutôt j'ai coupé tout contact avec mon géniteur. Je ne m'appelle pas Léa Valentino. Je m'appelle Léa Valentino Guérémy. Didier Guérémy, le trafiquant dont parle Samuel, est mon père.
Un silence de mort s'abattit sur la pièce. Le premier, Stéphane se ressaisit.
-Pourquoi ton dossier ne fait pas mention de ce nom composé?demanda-t-il.
-Lorsque nous avons entamé la procédure d'adoption, mon père faisait l'objet d'une enquête. J'ai demandé au juge de faire en sorte que le nom de cet individu qu'est mon père n'apparaisse pas sur les papiers officiels. Il a comprit que mon nom pourrait nuire à ma carrière policière et a accepté de me laisser choisir mon nom.
-Il y a deux ans, déclara Youri, l'un de mes collègues a arrêté ton père. Mais faute de preuves, nous avons du le relâcher. Lorsqu'il est sortit, il l'a fixé et lui a dit qu'il lui ferait regretter d'avoir osé l'arrêter. Cela pose donc un énorme problème. Ton père connaît ton job. Et donc le fait que tu es en infiltration.
-Il va falloir l'arrêter, déclara Mohamed.
-On doit d'abords s'occuper de la mission de ce soir, répliqua Léa. On discutera de quoi faire avec Didier après.
-Mais Léa!...s'exclama Stéphane.
-Non, coupa-t-elle. Je ne le laisserais pas me pourrir la vie encore une fois. Nous maintenons la mission de ce soir, puis nous nous occuperons de mon père.
Youri se leva et alla chercher le plan et l'ordinateur.
-Bien! Voici ce dont nous avons besoin, déclara Léa. Un truc nous permettant d'entrer dans un circuit électronique sans provoquer la moindre discontinuité, un détecteur de métaux classique, et un système pour ouvrir un coffre fort. Youri? Tu as un costume?
-Oui. Et tu as une robe de soirée?
Léa sourit et Mohamed éclata de rire.
-Vous allez voir la robe de l'année, déclara-t-il.
-Voila ce que je propose, déclara Léa. Youri tu fais diversion, et moi j'entre dans le bureau. Ensuite, je vole le document, et je te rejoints dans la salle de bal. Une fois que je t'aurais retrouvé là-bas, on s'en ira.
-Ok pour moi, répondit Youri.
-J'ajoute à tout ce matériel un brouilleur de fréquences intégré dans un briquet, que Youri actionnera lorsqu'il fera diversion. Cela permettra à Léa de se faufiler dans le bureau sans être inquiété.
-Et voici deux oreillettes. Ainsi, vous serez constamment en contact avec nous et l'un avec l'autre.
-Très bien! Alors tout est réglé!s'exclama Léa.
-Je vais aller informer nos supérieurs de l'action de ce soir, dit Stéphane en se levant.
-Et je vais aller chercher le matériel. Je le déposerais comme d'habitude chez toi, déclara Mohamed en se levant à son tour.
-Ok, répondit-elle.
-Et moi, je t'emmène au restaurant, déclara Youri.
Léa sourit et accepta d'un signe de tête. Elle attrapa son sac et sortit à la suite du policier.

Ils marchaient côte à côte, en silence. Youri la conduisait à travers les rues, vers un petit restaurant face au tribunal. Léa reconnut le restaurant où Mohamed l'avait emmener pour voir Stéphane. Il la conduisit à l'intérieur et, comme la première fois, Léa entra dans la petite pièce de derrière. Youri lui raconta tout. Ce qu'il faisait, pourquoi, depuis combien de temps. Sa grand-mère était française, son grand-père russe. Ils s'étaient mariés pendant la guerre froide, au détriment des préjugés. Pour ce mariage, leurs familles respectives les avaient reniés. Sa mère était morte en le mettant au monde et son père s'était suicidé quelques mois plus tard de chagrin. Il avait été élevé par ses grands-parents, parlant russe ou français avec eux. Rapidement, il avait montré des capacités exceptionnelles. A la fin de ses études, il s'était engagé dans l'armée. À la mort de ses grands-parents, quelques temps après son entrée dans l'armée, il s'était lancé à corps perdu dans son travail et avait alors révélé ses capacités, qu'il avait soigneusement caché jusqu'alors. Il avait rapidement intégré les services secrets. Cela faisait maintenant 10 mois qu'il avait infiltré l'organisation de Kasinao. Il avait rapidement comprit que le trafique de faux billets n'était qu'une sorte de couverture. Le document que Léa et lui allaient voler ce soir là allait permettre son arrestation pour toutes ses activités. Léa écoutait, abasourdit. Lorsque le plat arriva, il avait finit. Ils parlèrent alors de tout et de rien, de leur travail, de leurs histoires de c½ur, de leur famille, évitant soigneusement le sujet du père de Léa, etc. Soudain, Youri regarda sa montre. Il se leva précipitamment et s'exclama :
-Mon dieu! Je n'avais as vu l'heure!
-Mais ce n'est pas grave... L'opération n'est que ce soir...
-Je ne t'ai pas dit? Mr Kasinao veut te rencontrer...
-Me rencontrer?! Mais...
-Allez! Viens! Dépêches-toi!
Léa se leva en vitesse et suivit Youri hors du restaurant. Ils rentrèrent en courant chez Léa et montèrent sur la moto. Youri la conduisit chez Kasinao, à vive allure. Lorsqu'ils arrivèrent, le même garde que la dernière fois les attendait. Il les fouilla et les conduisit devant le boss.
-Mademoiselle Léa!s'exclama la voix sortant du fauteuil. Que je suis heureux de vous revoir!
Léa eut un mouvement de recul.
-Vous... Vous avez la même voix qu'un homme que je connais...
-Ah bon?
-Papa? C'est toi?
-Je croyais que tu étais entré dans la gendarmerie, répondit-il menaçant. Tu as beau être la fille, je te ferais exécuter si tu me trahis.
-Ne t'inquiète pas, répondit-elle. Je ne suis jamais entrée dans la gendarmerie. Il y a trop de règles, de contraintes, pas assez d'action. J'ai fais croire à Maman que j'étais une jeune fille convenable.
-J'imagine la tête de ta mère si elle savait ce que tu fais réellement, dit-il en se levant de son fauteuil. Il tenait à la main une arme à feu. Il la pointa sur Youri et arma.
-Mais qu'est-ce que tu fais?!s'écria-t-elle.
-Nous avons un traître parmi nous et je gagerais que c'est-ce jeune homme.
Léa se plaça entre le canon de l'arme et Youri.
-Ce n'est pas lui!s'exclama-t-elle.
-Va-t-en Léa. Si Mr Kasinao, ou plutôt Mr Guérémy n'a plus confiance en moi, qu'il me tue.
-Mais en fin!! Puisque je te dis que ce n'est pas lui!
-Qu'elles preuves as-tu?
-Confidences sur l'oreiller, ça te va?!
-Quoi?!rugit-il. Tu as couché avec ce type?!
-Pas avec Youri. Mais Samuel était mon petit ami avant qu'il ne m'avoue ses activités.
-Et tu as accepté de travailler avec lui?!
-Je n'avais pas le choix! Pas de job, pas de revenus, c'est lui qui m'entretenait! Alors j'ai sauté sur l'occasion!
-Et comment sais-tu que Youri n'est pas le traître?
-Samuel parle dans son sommeil. Si tu veux, je pourrais l'interroger encore. J'ai apprit l'hypnose au lycée avec un pote. Si tu veux, je peux lui faire tout avouer et l'enregistrer.
-Comment t'y prendras-tu?demanda-t-il suspicieux.
-Je me débrouillerais. Mais je ne ferais cela qu'à une condition.
-Laquelle?
-Tu laisse Youri sous ma garde.
-Hors de questions.
-Alors exécute le. Tu auras toujours une taupe, et tu perdras ta fille pour la deuxième fois de ta vie, et encore une fois par ta faute.
Didier réfléchit quelques instants et accepta finalement. Il fut convenu que Youri resterait enfermé chez Léa, et qu'un émetteur serait placé sur sa montre, pour qu'il ne s'échappe pas. Léa saisit le bras de son ami et l'entraîna au dehors. Ensemble, ils réfléchirent au meilleur moyen de faire revenir Samuel dans la vie de Léa. Le meilleur moyen était qu'elle l'allume. Mais comment les réunir? Et pour l'opération du soir? Léa appela Mohamed et lui demanda de trouver tout ce qu'il pouvait sur Samuel.

La nuit était fraîche. Léa frissonna. Youri brancha le cylindre sur les câbles électriques et alluma son pad. Il appuya sur quelques touches et le voyant rouge de l'alarme passa au vert. Léa crocheta la serrure de la porte et entra, suivit de son ami. Sa robe de soie noire voleta autour d'elle. Elle sortit de son sac deux masques et, souriant, attacha celui de Youri. Ce dernier regarda son amie, la contemplant, sans essayer de cacher son regard admiratif. Le corset de sa robe soulignait sa taille fine et ses hanches. La pâleur de son décolleté et de ses épaules faisait ressortit sa beauté et le violet de ses yeux. Elle mit son masque et prit le bras de son ami. Ils se rendirent ensemble dans la salle de bal, bras dessus, bras dessous. Soudain, Youri s'arrêta.
-Que se passe-t-il?souffla Léa.
-Ton père. Il est ici.
Léa regarda autour d'elle et se figea de surprise en reconnaissant son père.
-Mais qu'est-ce qu'il fait là??
-Regardes. Ils sortent dehors.
-Alors lançons l'opération maintenant, déclara Léa.
Elle s'éloigna de lui et se dirigea, lentement, vers l'escalier menant au bureau de Mr David. Soudain, un cri retentit. Youri venait de s'écrouler à terre. Le garde se précipita vers l'attroupement qui se formait afin de voir ce qu'il se passait. Léa monta les escaliers à toute vitesse, son sac battant contre sa hanche. Elle trouva rapidement la porte du bureau et en crocheta la serrure. En entrant, elle se plaça sous le rayon de la caméra. Elle sortit de son sac une photo de la pièce et la plaça devant la caméra. Ainsi, elle pouvait aller et venir à sa guise sans que personne ne s'en aperçoive. Elle sortit de son sac une sorte de cube en plastique et appuya sur l'un des boutons. La pièce lui apparu alors sur l'écran. Elle vit le coffre derrière un très beau tableau de Léonard de Vinci. Elle le décrocha du mur et sortit un brouilleur. Elle le plaça sur la porte du coffre et enclencha le compte à rebours. La machine travailla alors d'elle-même pour trouver la combinaison du coffre.
-La base? Je suis dans le bureau. J'ai trouvé le coffre. L'ouverture est en court.
-Bien comprit Brigadier.
-Il va falloir que l'on change ce nom de code ridicule.
-Oh...Tu n'aimes pas?
-Pas du tout. L'un de mes pote de classe m'appelait comme ça.
BIP
-Le coffre vient de s'ouvrir. J'ai la page.
Léa posa le pied sur une chaise à côté du coffre, releva sa robe et enroula le document autour de sa cuisse. Puis elle passa un élastique autour de la page pour la maintenir en place. Elle rangea son matériel et sortit du bureau.
-Youri? Je suis sortit. C'est bon pour moi.
-Da. Merci monsieur. Je me sens mieux.
Léa redescendit dans la salle de bal et se dirigea vers la sortie. Youri s'excusa auprès du médecin et se précipita vers Léa.
-M'accorderiez-vous au moins cette danse?
Léa sourit et ses beaux yeux violets brillèrent. Elle s'inclina face à lui et se laissa entraîner vers la piste de danse. Ils dansèrent ainsi pendant plusieurs valses. Léa était sous le charme de cet homme qui la fascinait. Et Youri se perdait dans la contemplation de cette jeune femme mystérieuse, si forte et si faible à la fois, provocante, allumeuse sans s'en rendre compte réellement, violente dans ses relations aux autres, et si jeune. Il avait presque 5 ans d'écart avec elle. Mais elle ne semblait pas s'en rendre compte. Où alors elle s'en fichait totalement. La voix de Stéphane, légèrement rauque, rompit le charme.
-Excusez-moi de vous déranger, mais il faudrait que vous pensiez à rentrer, leur dit-il.
Léa s'arracha des bras de l'homme qu'elle savait maintenant aimer et se dirigea vers la sortie. Les deux jeunes gens sortirent de la propriété sans difficultés. Ils déambulèrent en ville, les rares passants se retournant sur ce drôle de couple en tenue de soirée. Léa avait saisit le bras de Youri et savourait ce moment, dans le clame de la ville endormit. En arrivant à l'appartement, ils retrouvèrent Stéphane et Mohamed dans la cuisine, le visage fermé.
-Que ce passe-t-il?demanda Léa.
-Samuel vient d'être retrouvé, mort, à la sortie de la ville, répondit Stéphane.
Le corps de la jeune fille s'affaissa contre celui de Youri, qui l'entoura de ses bras pour la soutenir. Elle posa sa tête contre son torse, réconfortée petit à petit par les lents battements de son c½ur. Doucement, elle se dégagea de son étreinte et alla s'assoire sur l'une des chaises de la cuisine. Mohamed se leva et alla lui préparer un café.
-Sais-t-on qui l'a tué?
-Ton père a sûrement ordonné l'assassinat. Quand au tueur, on ne le sait pas encore, répondit Stéphane.
-Tu n'a rien à te reprocher, répliqua Mohamed en revenant avec le café. Ce type vendait des renseignements au plus offrant. Des renseignements aussi bien sur les organisations criminelles, que sur des habitants plus ou moins fréquentables ou innocents, ou encore des secrets d'État. C'était une ordure.
-Cela ne change rien. J'ai tué un homme. Je l'ai fais tuer. Et ce n'était pas de la légitime défense.
Stéphane se leva et s'approcha de Léa. Doucement, il tenta de la réconforter. Elle se leva tout à coup.
-Je veux le voir mort, déclara-t-elle. Je veux le voir souffrir. Je veux lui faire mal, le torturer de mes propres mains. Qu'il souffre en voyant sa propre fille le torturer. Qu'il perde tout ce qu'il a. Et qu'il meurt dans d'atroces souffrances. Je veux...
Abasourdis, Stéphane et Mohamed écoutaient les terribles paroles de la jeune fille. La crise de nerfs n'était pas loin. Youri se mit devant Léa et lui mit une gifle. Elle s'arrêta nette et commença à s'affaisser. Youri la rattrapa dans ses bras et la porta jusqu'au canapé. Là, elle recouvra peu à peu ses esprits.
-Merci, murmura-t-elle.
-Dors maintenant, lui répondit-il doucement. Veux-tu que je reste ici pour cette nuit?
Léa opina de la tête. Youri se leva et rejoint Stéphane et Mohamed, en grande dispute.
-Nous devons la faire sortir de cette vie, disait Stéphane.
-Elle est forte, elle s'en sortira, répondait Momo.
-Elle ne s'en sortira que si son père est coffré rapidement et par elle, les coupa Youri. Je vais rester là pour la nuit. Vous pouvez y aller.
-Je dois récupérer l'équipement que vous avez utilisé ce soir, répliqua Mohamed.
Youri se pencha vers le sac de Léa et en sortit tout l'équipement. Le jeune homme le prit, manifestement énervé. Stéphane, tête baissée, se détourna et sortit. Momo le suivit. Youri ferma la porte derrière eux puis alla à la cuisine. Là, il sortit son portable et appela un numéro enregistré dans son répertoire.
-Ici l'agent 1694773. Je voudrais parler à l'agent Prentice.
-Ne quittez pas je vous prie, répondit la voix de l'opératrice.
-Agent Prentice. Salut Youri!répondit la voix joviale d'un homme.
-Tu ne devineras jamais qui j'ai rencontré...
-Euh...non.
-Tu te rappelles la fille dont je t'ai parlé?
-Celle qui est magnifique et qui de superbes yeux violets?
-Ouais. Et bien je viens de découvrir qu'elle est la fille de Didier Guérémy.
-Quoi?! Et...Elle sait ce que son père fait?
-Elle l'a découvert au moment où j'ai appris qui elle était. C'est elle qui nous a révélé que Guérémy était son père, après avoir reçut une lettre de Samuel lui disant qu'il allait retrouver ce trafiquant d'armes.
-Bon...Tu as d'autres info concernant Kasinao?
-Oui. Je sais qui il est. C'est Guérémy.
-Attends! C'est une blague?!
-Non. Léa et moi allons monter une opération pour l'arrêter. On a récupéré le papier dans le coffre de David.
-Qui l'a récupéré?
-Léa. Elle très douée.
-Mouais...On verra...
-Elle serait un atout majeur!
-Je n'en doute pas une seconde! Mais on verra après.
-Bon je te laisse. J'dois y aller. J'te rappelle plus tard.
-Mais!...
-Bye.
Et Youri raccrocha. Il fallait à tous prix qu'il aide Léa à sortir de cette situation. Mais d'abord, il devait récupérer le papier que Léa et lui avaient volé. Elle lui avait dit l'avoir entouré autour de sa cuisse. Mais elle dormait, épuisée par toutes les émotions de la journée. Il se pencha au dessus d'elle et releva sa robe, délicatement, en essayant de ne pas toucher sa peau, de peur de ne pas pouvoir se retenir de lui sauter dessus. Il enleva l'élastique et libéra la page. Puis il remit en ordre la robe. Léa tourna la tête et sourit dans son sommeil. Ne pouvant se retenir, Youri remit en place ses cheveux, effleurant son visage au passage. La jeune fille sourit dans son sommeil et se retourna sur le côté. Il resta là, à la regarder pendant ce qu'il lui sembla une éternité et qui passa cependant trop vite. Léa ouvrit les yeux et, le voyant ainsi assit à côté d'elle, le visage anxieux, lui sourit.
-Qu'est-ce que tu fais encore là?demanda-t-elle.
-Je ne voulais pas te laisser seule dans cet état, expliqua-t-il.
-C'est gentil, merci.
Puis se redressant:
-Depuis combien de temps suis-je ainsi?
-Une demi-heure, répondit-il. Une vraie Belle au bois dormant!
Léa se redressa avec difficulté puis, voyant le document dans la main de son ami, rougit.
-Tu...
-Je n'ai profité de rien. Je te le jure.
-Je te fais confiance...
Lentement, elle se remit debout, se sentant très faible.
-Je suis désolé de te demander ça mais...Peux-tu m'aider à enlever ma robe?
Youri la regarda de ce regard pénétrant que sa grand-mère détestait. Il déposa le document sur le canapé puis se retourna vers Léa. La robe de la jeune fille était retenue par des lacets, du dos aux reins. Il détacha le lacet et le retira doucement, essayant en vain de ne pas toucher la peau de son amie. Lorsque le lacet fut enlevé, Léa se retourna. De ses mains, elle maintenait la robe sur ses seins. Youri se détourna et, reprenant le papier, sortit de la chambre. Souriant, Léa retira sa robe et enfila un kimono blanc brodé de fleurs bleues. Elle remit de l'ordre dans sa tenue et sortit de la chambre. Youri était assit à la table de la cuisine, regardant le papier qu'ils venaient de voler. Sa bouche remuait au rythme des lignes. Léa resta appuyée à la porte, le regardant, emplie d'un sentiment de paix et de bonheur qu'elle n'avait jamais connu jusqu'alors. Soudain, Youri tourna la tête et rencontra son regard. La jeune fille baissa les yeux et s'approcha de lui.
-Qu'est-ce que cela donne?demanda-t-elle.
-Rien. Ou plutôt, tellement de choses que je ne sais pas par où commencer. C'est la liste de tous les contacts de ton père...
-Ce n'est pas mon père, la coupa-t-elle. Je l'appelle Didier quand je suis obligée de parler de lui.
-Excuses-moi. Je disais donc que c'est la liste de tous les contacts de Didier. Grâce à cette liste, nous allons pouvoir monter une grosse opération.
-Mais il faudrait réussir à le faire sortir de son trou sans ses gardes du corps.
-Oui. C'est ça le problème...
Youri baissa la tête, accablé.
-Je voudrais tellement le faire coffrer, continua-t-il. Ainsi, ce serait finit pour toi. Tu n'aurais plus à craindre qu'il revienne dans ta vie.
-Tu t'inquiètes donc tellement pour moi?demanda-t-elle d'une voix douce.
Le regard que Youri porta sur elle la fit reculer. Tellement de douleur et de confusion. Cela ne dura qu'une seule seconde. Son regard redevint rapidement dur et froid ; calculateur. Soudain, un sourire éclaira son visage. Il sortit son portable et composa le numéro de Prentice.
-Oui allo?
-Prentice c'est Youri. Dis-moi. T'es encore au boulot là?
-Ouais. Malheureusement... Pourquoi?
-On arrive dans 15 minutes.
-Qui « on »?
-Léa et moi.
-Mais!...
-On arrive. Fais préparer un pass.
Youri raccrocha. Léa le regarda puis se leva. Elle alla dans sa chambre et sortit son tailleur pantalon noir. Elle s'habilla rapidement, et alla dans la salle de bain, où elle se remaquilla. Puis elle rejoint Youri dans la cuisine.

-Voila ton pass. Mets-le bien en évidence sur toi.
-Youri! Mais enfin! Tu vas t'expliquer?!hurla la voix de Prentice à l'autre bout du couloir.
-Léa, je te présente mon meilleur ami, Éric Prentice. Éric, voici Léa.
-Enchanté, répondit-il distrait. Je t'ai demandé pourquoi tu étais là.
-J'avais des renseignements à te demander. Mais qu'est-ce qui te met dans cet état?
-Le directeur veut te voir. On a eu un soucis. Mademoiselle, suivez-moi s'il vous plait.
-Léa suffira, précisa-t-elle. Où allons-nous?
-Je voudrais vous présenter quelques personnes.
-Vas-y, répondit Youri au regard interrogateur de son amie. Je te rejoins dans un instant...
Léa suivit donc Éric à travers les salles et couloirs du bâtiment. Enfin, ils arrivèrent devant une porte capitonnée.
-La dernière fois que j'ai franchis une porte de ce genre, j'y ai découvert mon père, trafiquant d'armes etc, fit-elle remarquer.
Éric se retourna et l'examina plus attentivement. Elle semblait bien jeune. Cela ne ressemblait pas à Youri de tomber amoureux d'une fille aussi jeune. Cependant, dans ses grands yeux violets brillait une lumière de détermination farouche. Elle semblait avoir traversé de lourdes épreuves. Mais elle souriait toujours.
-Pourquoi me regardez-vous ainsi?demanda-t-elle gênée.
-Je vous trouve étonnante. On a l'impression de vous connaître entièrement au premier regard, et cependant avec plus d'attention, on se rend compte que l'on ne connaît rien de vous. C'est très déroutant.
Léa eut un faible sourire. Éric se reprit et ouvrit la porte capitonnée. Léa entra à sa suite et s'arrêta net sur le seuil de la porte. Des hommes en blancs, des médecins semblait-il l'attendaient.
-Qu'est-ce que c'est que ça?!s'écria-t-elle.
-Nous allons vous faire subir des tests, déclara l'un des hommes en blanc.
-C'est absolument hors de question, répliqua-t-elle.
-Je suis désolé, marmonna Éric.
Léa recula mais se heurta contre quelque un. Elle se retourna et reconnu alors l'un des hommes qui l'avait agressé ; celui à qui elle avait cassé le nez.
-Ne t'avises pas de me toucher, cracha-t-elle.
-Léa!cria Youri en courant vers elle.
-Youri! Mais qu'est-ce que c'est que ça?!
-Ton père vient de disparaître, lâcha-t-il dans un souffle.
-Quoi?! Mais tu m'avais dit qu'il était surveillé! Qu'il ne pourrait pas s'échapper! Que tu allais le coffrer! Que j'en serais débarrassée à jamais!
-Je...
-Tu m'as mentit!cracha-t-elle finalement.
Léa bouscula Youri et l'homme aux couteaux et s'enfuit en courant. Youri lui courut après, criant son nom, mais Léa avait toujours été la meilleure en course à pieds. Il ne parvint pas à la rattraper. Léa courut ainsi pendant des mètres et des mètres, et atterrit finalement devant le restaurant où Youri l'avait emmené.
-Mince, se dit-elle. La première pensée qui m'est venue à l'esprit est notre déjeuner. Pas celui avec Mohamed.
Elle déambula ainsi des heures dans les rues de Carpentras. Les gens se retournaient sur le passage de cette belle jeune fille triste. Finalement, elle rentra chez elle, toujours à pieds. Dans la cuisine, Youri l'attendait. Elle s'approcha, doucement, et s'assit face à lui.
-Il est près de minuit, dit-il, tête baissée. Où étais-tu? Je t'ai cherché partout.
-Je marchais. Je suis allée jusqu'à la rocade. Et puis je suis repartit dans l'autre sens. Si j'avais continué, je serais arrivée chez ma mère. Enfin la maison où nous avons habités avant de partir à l'étranger...
-Ne refais jamais ça. J'étais mort d'inquiétude. Didier ou quelque un d'autre aurait pu te tuer.
-J'avais besoin de marcher, de changer d'air, de décompresser. Marcher ou courir m'a toujours fait du bien. Ça me vide la tête.
-Écoutes... Je suis désolé. Je n'aurais pas du te donner de faux espoirs concernant Didier, je...
-Tu n'as pas à t'excuser. C'est plutôt à moi de le faire. Tu n'es pas responsable de sa disparition.
-Malgré cette disparition, j'ai une bonne nouvelle. Du moins, je trouve que c'est une bonne nouvelle. Toute l'organisation de Didier a été démantelée. Tous ses acteurs sont en détention. Mais lui-même semble avoir été prévenu.
-Prévenu? Il y aurait donc une taupe dans vos services?
-C'est fort probable... En fait, c'est pour ça qu'ils voulaient te faire subir un examen médical. C'est une sorte de détecteur de mensonge basé sur le flux sanguins qui irrigues le cerveau. Ils sont très difficiles à contourner. D'où leur utilisation par le gouvernement.
-Et il voulaient me le faire?
-Oui.
-Pourquoi ne me l'ont-ils pas dit? Ça aurait été plus simple...
-Je ne sais pas. Quoi qu'il en soit, je dois les appeler dès que je t'ai trouvé pour que l'on vienne te chercher.
-Pour que l'on vienne m'arrêter, en fait... C'est ton pauvre ami qui doit avoir des problèmes... Je ne me laisserais pas arrêter. On va y aller de nous même. Enfin si tu acceptes de venir avec moi...
-Bien sur!s'exclama Youri, ravie que son amie ne se mette pas en colère contre lui.
Il se leva d'un coup et suivit Léa jusqu'à sa moto. S'installant derrière elle, il lui indiqua la route à suivre. Léa mit son casque et démarra, laissant de la gomme sur la chaussée.

-Vous êtes vraiment fait pour vous entendre, remarqua Éric. Ça vous arrive de prévenir de votre arrivée et d'expliquer pourquoi vous venez?
Léa et Youri se regardèrent et répondirent à l'unisson que non .
-Je suis venue faire le test du détecteur de mensonges, déclara Léa.
Éric soupira de soulagement.
-Je me voyais mal écoper d'un blâme parce que vous vous étiez échappée et que Youri vous avait courut après, expliqua-t-il en souriant. Au début et à la fin de l'entretient, les médecins vous poseront des questions banales qui ne servent en fait qu'à contrôler vos réactions.
-Je sais, laissa-t-elle échapper.
-Vous savez?
-Bah...C'est la même chose dans les films, non?se rattrapa-t-elle.
-Euh...Oui. Pourrez-vous revenir demain pour d'autres tests? Si vous êtes reçut à celui là, alors on aura d'autres tests à vous faire passer.
-Du moment que vous ne me prenez plus pour une abrutie et que vous me dites tout, ça va, répondit Léa.
Puis elle se dirigea vers les médecins et les laissa placer des électrodes sur ses tempes. Elle s'assit dans un fauteuil et ferma les yeux. Elle fit le vide dans son esprit et le visage de Youri se présenta à elle, tout simplement. La série de questions commença.
-Êtes-vous bien mademoiselle Léa Valentino Guérémy?
-Oui.
(le détecteur ne broncha pas ; elle ne mentait pas)
-Comment avez-vous apprit l'appartenance de Youri Carpatchev aux services secrets?
-Je l'ai suivit et vu entrer ici.
(aucune réaction)
Youri ouvrit la bouche de surprise.
-Qu'est-ce qui t'arrive?lui demanda Éric.
-Rien. Écoutons la suite...
Les questions portèrent sur tout ce qu'il s'était passé depuis le lundi. À la mention du père de Léa, le médecin se tourna vers le directeur du centre. Celui-ci hocha la tête positivement. Se retournant vers Léa, le médecin demanda alors :
-Quel métier exerçait votre père, pour vous?
-Didier était espion au service de la France.
-Je vous demande pardon?
-Vous m'avez très bien comprise.
Enfin, après plus d'une heure de questions, le médecin retourna à des questions banales. Léa, assise sur son fauteuil, commençait à être fatiguée de cet interrogatoire. Elle voulait s'amuser un peu. Elle fit de nouveau le vide dans sa tête, revoyant à nouveau le visage de Youri, comme une empreinte indélébile qui resterait dans sa tête malgré ses effort pour tout supprimer. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres.
-Oh! Oh!murmura Youri.
-Qu'est-ce qu'il y a?s'inquiéta Éric.
-Elle prépare quelque chose...
Et en effet, Léa préparait quelque chose.
-Quel âge avez-vous?
-19 ans.
-Où habitez-vous?
-Rue Mauricelly à Carpentras.
-Vous vous appelez bien Léa Valentino Guérémy?
-Non.
Le détecteur n'eut aucune réaction.
-Je m'appelle Erica Weiss, je suis secrétaire à la défense. J'habite au 4 de la rue Sully au Vésinet, près de Versailles. J'ai 35 ans et je m'amuse comme une folle!
Le détecteur n'eut aucune réaction. Le directeur, les médecins, Éric, Youri, regardaient abasourdis cette si jeune fille qui avait réussit à contourner le détecteur de mensonge le plus fiable des services secrets. Léa ouvrit les yeux et sourit. Dans ses grands yeux violets brillait une lueur d'amusement. Au moins, elle n'avait pas mentit pour ça. Elle s'amusait comme une folle. Délicatement, elle retira les électrodes de ses tempes et se leva. Adressant un petit signe de la main aux médecins et au directeur, elle sortit de la salle d'examen. À l'extérieure de la salle, elle adressa un clin d'½il à Éric et saisit le bras de Youri.
-Merci d'avoir mentit pour moi, lui murmura-t-il.
-J'imagine la tête de tes supérieurs s'ils avaient apprit que tu avais révélé à une criminelle ta réelle fonction...pouffa-t-elle en réponse. À l'accueil, elle donna son numéro de téléphone portable pour que ces messieurs du service médical l'appellent lorsqu'ils auraient besoin d'elle.
Léa entraîna Youri à sa suite, le tenant par la main. Soudain, le canon d'une arme apparut devant elle.
-Tu croyais vraiment pouvoir me trahir sans en payer les conséquences?demanda la voix de son père.
-Tout à fait, répliqua Léa. Maintenant, laisses-moi passer.
-Pourrais-je savoir ce que tu fais avec ce traître?
-Je l'emmène chez moi.
-Pardon?!
-Si tu préfères, je vais coucher avec lui. Et j'entends bien prendre mon pied.
-Tu es vulgaire ma fille!
-Je suis en effet vulgaire, provocante, allumeuse, bien foutue, avec un sale caractère, et je travaille pour l'État.
-Mais...
-TU as fais de moi ce que je suis maintenant. Ne crois pas que je j'ignore ce que tu nous as fait à maman et moi, il y a 19 ans.
-Je ne vois pas ce dont tu veux parler, bégayât-il.
-Oh si! Tu vois très bien. Maintenant, laisses-moi passer.
-Cette trahison te coûtera la vie.
-À ton avis, pourquoi n'as-tu jamais réussit le concours pour être agent? Pourquoi chaque organisation que tu as monté n'as pas tenu le coup? Parce que tu es un incapable. Et je sais que tu n'oseras jamais tirer sur ta fille. Et encore moins de la tuer. Même si je ne suis théoriquement pas ta fille.
Léa avança, tirant Youri derrière elle, lui faisant ainsi un barrage de son corps. Elle enfourcha sa moto et lança son casque à Youri. Ils s'installèrent et la jeune fille démarra. En sortant du parking, Léa dit au garde de la sécurité de prévenir immédiatement Mr Prentice que Mr Guérémy était ici. Le garde la regarda ébahi, et s'exécuta. Quelques minutes après, alors que Léa signait un papier pour le parking, des coups de feu et des cris retentirent derrière eux. Léa redonna le papier signé et le stylo au garde et démarra.

À peine arrivée dans son appartement, Léa se jeta sur Youri et l'embrassa. Leur corps s'enflammèrent au contact de l'autre. C'était comme s'ils attendaient cela depuis des mois.

-Mademoiselle Valentino Guérémy...
-Valentino, répliqua Léa. Mon nom est Léa Valentino.
-Excusez-moi, répondit le directeur. Mademoiselle Valentino, votre père est en détention dans nos locaux.
-Ce n'est pas mon père.
-Même si vous ne le considérez pas comme tel, il l'est, fit remarquer l'un des médecins.
-Non. Il ne l'est pas. Vous vous demandez sûrement comment j'ai pu contourner votre détecteur.
-C'est en effet l'une des questions que nous voudrions vous poser, répondit le directeur.
-Bien. Asseyez-vous, cela risque d'être long.
Assise dans l'une de salles de réunion, Léa prenait son mal en patience. L'entourant, le directeur, le médecin qui l'avait interrogé, Youri, Éric, et deux ou trois personnes qu'elle ne connaissait pas. Après avoir déjeuner avec Youri, Léa s'était rendue dans le bâtiment des services secrets pour y passer les tests que l'équipe médicale voulait lui faire subir. En arrivant, cependant, elle avait demandé à voir le directeur. De là, elle avait provoqué une réunion avec toutes ces personnes. Maintenant, le moment de dire la vérité était venu. Après 9 ans de silence, elle se devait de parler. Ils avaient le droit de savoir. Youri avait le droit de savoir.
-Depuis sa majorité, Didier a toujours raté son examen pour entrer aux services secrets. « Déséquilibre mental » disaient les médecins. Il s'est donc engagé dans une voie moins morale si l'on peut dire. Lorsqu'il a rencontré ma mère, il en est tombé fou amoureux. Rapidement, elle voulut des enfants. Mais elle ne pouvait en avoir. Mon père cherchait alors à se procurer des documents sur la possibilité ou non de créer des surhommes et femmes. Il les a trouvé. Après cela, il est allé voir un médecin véreux de sa connaissance, et a testé cette technologie sur moi. Enfin il a implanté dans le ventre de ma mère un embryon de bébé génétiquement modifié. Et je suis née. Ma mère a cru à un miracle, d'autant plus que j'étais très robuste. Je ne suis jamais tombé malade, je suis très résistante à la douleur, naturellement douée pour le combat, j'ai un QI supérieur à la normale, etc. Je suis donc un produit de laboratoire. Cependant, pour me fabriquer, Didier a prit les ovules de ma mère. J'ai donc hérité de son sens moral très fort, de sa témérité, et de son sal caractère. Mes yeux violets sont la conséquence de ces modifications génétiques. Voila. Je crois que c'est à peu près tout. Ah non! Lorsque j'ai eu 9 ans, mes parents ont divorcés et, conséquence du choc et de mes facultés à me protéger de ce genre de choses, j'ai mûris très vite. Trop vite à mon goût, mais c'est comme ça. J'ai alors découvert des choses étranges sur l'homme que je prenais pour mon père. Et petit à petit, j'ai découvert la vérité. Enfin ce que je croyais être la vérité. Je savais qu'il m'avait fabriqué de toutes pièces. Mais je ne savais pas pourquoi. Puis j'ai découvert qu'il ne travaillait pas pour Ford. Je suis donc allée le voir pour lui demander des explications, sans lui parler de ma découverte sur mes origines. C'est là qu'il m'a dit travailler pour les services secrets français. Mais le divorce entre mes parents c'est très mal passé et Didier a agit comme un salopard. Le fossé s'est creusé entre nous, et aujourd'hui, voila le résultat. Voila pourquoi je sais contourner votre détecteur, voila pourquoi je suis douée en combat et tir. Voila ma vie résumée. Je ne suis pas une enfant naturelle. J'ai été fabriquée, modifiée.
Les 5 hommes l'écoutaient bouche bée.
-Je n'ai pas eu besoin de beaucoup m'entraîner pour devenir gendarme adjoint. Lors de la première séance de tir, le moniteur a cru que j'avais déjà tiré. Me retrouver avec une arme dans les mains m'a procuré beaucoup de bonheur. Comme si je renouais avec un vieil ami. Comme si cela m'avait manqué toute ma vie. La première séance de combat, j'ai mis quelques secondes à assimiler les mouvements que nous montrait le professeur. Il s'était battu contre un autre professeur pour nous montrer à quoi nous devions aboutir. Le simple fait de les regarder m'a permis d'assimiler les mouvements. Ensuite, le professeur nous a prit un par un. Il voulait tester notre capacité de réaction à une attaque. Je l'ai mis à terre.
-Vous êtes en train de nous dire que votre père, enfin celui qui prétend l'être, vous a conçut de toutes pièces?demanda le médecin.
-Vous ne me croyez pas?
-Avouez que ce n'est pas facile à croire, répliqua le directeur.
-Il y aurait un moyen assez simple de connaître la vérité, hésita le médecin.
-Lequel?demanda l'un des hommes que Léa ne connaissait pas.
-La modification génétique laisse des traces visibles, comme la couleur de ses yeux, mais aussi des traces dans son code génétique. Effectuer une analyse ADN permettrait de savoir si elle dit vrai.
-Combien de temps?demanda le directeur.
-Si je lui prélève l'ADN maintenant, je dirais que les résultats seront près dans la journée de demain.
-Alors allons-y, annonça Léa.
Le médecin se précipita vers son laboratoire et en revient avec une sorte de long coton tige. Avec, il frotta l'intérieur de la bouche de Léa afin de récolter son ADN. Soudain, une femme fit irruption dans la salle de réunion.
-Monsieur! Mr Guérémy vient de dire qu'il acceptait de parler.
Les six personnes présentes tournèrent la tête vers la nouvelle venue.
-Qu'a-t-il dit exactement?demanda le directeur.
- « Appelez le directeur, j'ai à lui parler. », répondit la secrétaire.
Léa se leva et se dirigea vers la porte afin de laisser les autres discuter.
-Restez mademoiselle Valentino, la rappela le deuxième homme qu'elle ne connaissait pas. Nous avons, j'ai une requête à vous exposer.
Léa se retourna vers cet homme qui ouvrait la bouche pour la première fois depuis qu'elle l'avait rencontré.
-Je voudrais que vous soyez là lors de l'entretient avec votre père, reprit-il. Ainsi, il ne pourrait nous mentir ou tenter quelque chose. Cependant, pour cet entretient, je vous demanderais de nous remettre votre arme.
-De?...
-Ne jouez pas à ça avec moi, mademoiselle. Je sais que vous portez une arme. Donnez-la moi.
Léa, d'un mouvement rapide, sortit son arme, qu'elle donna, crosse en avant, à l'homme. Elle l'examina plus attentivement, gardant toujours la main serrée sur le canon, refusant de lâcher prise. De son côté, l'homme tenait la crosse, attendant qu'elle lâche l'arme.
-Je vous ai déjà vu quelque part, murmura-t-elle.
-C'est fort probable puisque vous m'avez cassé le nez. Je crois d'ailleurs que vous aimez ça, casser le nez des gens. Je voulais vous empêcher de rentrer dans une boite de strip-tease. Vous aviez 15 ans à l'époque. Et l'homme dont j'avais infiltré l'organisation vous avait arnaqué de presque 500¤.
Léa éclata de rire en se souvenant.
-Je me rappelle oui. Il ne m'avait pas payé pour sa soirée. J'avais dansé pour ce porc en essayant d'esquiver toutes ses mains baladeuses. Et il ne m'avait pas payé.
-Oui. Après avoir maîtrisé tous ses gardes du corps, vous lui avez presque broyé les couilles pour qu'il vous donne ce qu'il vous devait.
Léa et l'homme riairent au souvenir de son visage.
-Valérien Barda, présenta-t-il.
-Ravis de pouvoir mettre un nom sur votre visage, répondit Léa.
-Touchantes retrouvailles, répliqua le directeur, mais il nous faut y aller.
Léa, Youri, Éric, et Valérien se dirigèrent vers l'extrémité ouest du bâtiment, où étaient les cellules. Le directeur, le médecin et l'autre homme qu'elle ne connaissait pas les suivait. Les trois agents et Léa riaient en se rappelant certains de leurs exploits ou de leurs déconvenues. C'est ainsi qu'ils arrivèrent devant la cellule de Didier. Youri racontait comment Léa avait aplatit les hommes de Kasinao, alias Guérémy.
-Si tu avais vu la tête qu'ils faisaient! Être battus par une aussi jeune fille! C'était impossible pour eux!s'exclamait Youri.
-Haha! Ils étaient tellement surs d'eux qu'ils en devenaient des cibles faciles, répliquait Léa.
-J'aurais bien voulu voir ça! À eux aussi tu leur a cassé le nez?demanda Valérien.
-C'est sa signature, répliquait Éric.
Un coup violent porté à la vitre de plastique qui séparait Didier des jeunes gens les arrêta nets.
-Qu'est-ce qui te prend?demanda Léa à son pseudo père. Tu vois pas qu'on est occupés?
-Ne me parle pas sur ce ton, répliqua Didier.
-Sinon quoi? Tu vas me priver de sorites?répliqua-t-elle ironiquement.
-On peut dire cela comme ça...répondit-il avec malice.
Soudain, Léa eut froid. Réprimant un frisson, elle demanda à Didier ce qu'il entendait par là.
-Disons simplement qu'il peut arriver aux oreilles de certaines personnes que ta modification génétique n'est pas tout à fait stable. Ce qui est totalement faux mais ce n'est pas grave... Le moindre doute et c'est la quarantaine. Pratique, non?
-Très, répondit Léa. Mais tu oublies une chose, je peux te tuer à tout instant sans pour autant enfreindre la loi. C'est vrai, répondit-elle au regard inquisiteur du prisonnier. David Estéban est mort il y a 40 ans, dans un accident de voiture, tuant toute sa famille. Et Didier Guérémy n'existe pas réellement. Je peux donc te tuer. Tu n'existes pas, donc je n'enfreindrais pas la loi.
Devant le regard dur et froid de Léa, Didier recula. Elle éclata de rire.
-Monsieur Guérémy, demanda le directeur. Qu'aviez-vous à me dire?
-Je ne vous dirais rien. Jamais.
-Mais nous savons déjà tout...
-Vous?... Quoi?!
-Vous allez être transféré dimanche vers une prison de haute sécurité. Et vous n'en sortirez jamais. Comme dit mademoiselle Valentino, vous n'existez pas.
-Valentino?demanda Didier surprit.
-Tu croyais quand même pas que j'allais garder ton nom?!?! Mon beau-père m'a adopté. Et lui s'occupe de moi comme si j'étais sa fille.
Le reproche fit mouche. Didier recula et s'assit sur le lit de métal de sa cellule.
-Tu vois? C'est la deuxième fois de ta vie que tu perds ta fille par ta faute. C'est dur, hein?
Léa se détourna de la vitre et partit. Youri, Éric et Valérien la suivirent.


Léa, les bras chargés de paquets, cherchait sa clef.
-Mais où est-elle?se demandait-elle. Au fond du sac sûrement...
Enfin, elle la trouva. Elle ouvrit la porte et entra. Son nouvel appartement était plus spacieux que l'autre. Cela faisait maintenant deux mois que Youri et elle habitaient ensembles. Elle déposa ses paquets dans l'entrée et se dirigea vers le salon. Elle alluma la lumière.
-Surprise!!!!!crièrent une dizaine de voix.
Ébahit, Léa regarda ses amis, chargés de paquets, s'avançant vers elle. Le premier, Youri la prit dans ses bras. Il y avait Éric, Valérien, Mohamed, Stéphane, Lionel et Laurent, les deux hommes qui l'avaient agressés à la sortie du restaurant avec Samuel, Agathe, sa meilleure amie et son fiancé Valère, Antoine, un ami de lycée, sa mère, son beau-père, et leurs enfants, Pierre et Marie. Tous rayonnaient de bonheur. Léa leva les yeux, et vit une banderole accrochée au plafond. « bravo à notre nouvelle agent!! » pouvait-on y lire.



Fin.
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#Posté le jeudi 11 septembre 2008 09:22

Léa et les faux billets

La salle bondée résonnait du bruit des conversations. Léa, émerveillée, regardait autour d'elle. Elle ne cessait de regarder les femmes si richement vêtues, les hommes dans leurs costumes flambants neufs. La société riche de Carpentras l'étonnait toujours.
« Ce n'est pas très poli de dévisager les gens ainsi, lui fit remarquer Samuel.
-Je ne me lasse pas de voir tous ces gens si riches et ridicules, répondit-elle. Cela me fait penser au réceptions que donnait ma grand -mère...
-Buvons!s'exclama-t-il soudain.
-À quoi?s'étonna Léa.
-À nous, à notre anniversaire. Cela fait maintenant deux mois que nous sommes ensemble.
-C'est vrai que cela fait déjà deux mois...
Il lui servit une coupe de champagne et trinqua avec elle. La soirée ne pouvait mieux se dérouler. Samuel était un homme charmant, avec qui elle aimait passer du bon temps. Il n'était pas l'amour de sa vie, elle en était consciente. Mais elle avait décider de se laisser tenter par cet homme brun, qui semblait appartenir à la mafia. Elle aimait rigoler avec lui, sortit, s'amuser. Il lui laissait beaucoup de libertés, mais semblait un tantinet jaloux. Il la faisait rire. Il était, disait il dans les affaires. Elle ne cherchait pas à en savoir plus. Elle ne voulait pas d'une relation approfondie. Juste une amourette, comme aurait dit sa mère.
Il était près de minuit lorsqu'ils quittèrent le restaurant huppé. Léa se félicita intérieurement d'avoir posé un jour de congé le lendemain. Telle qu'elle connaissait Samuel, il allait l'emmener en boite. Dans l'une de ces boites où il connaissait tout le monde, et où tout le monde le connaissait, l'appelant « Monsieur », le complimentant sur tout. Là-bas, il ne payait rien. « J'ai un crédit » répondait-il au questions de Léa. En sortant, elle se regarda dans la vitrine d'un magasin fermé pour cause de décès. De taille normale, blonde, les cheveux très courts, coiffés en pétards, les yeux violets, elle était ce que l'on appelle une femme attirante. Très attirante. Elle n'était pas belle. Elle était très attirante. Vêtue d'un tailleur pantalon qui moulait sa taille mince et son petit cul, elle était encore plus belle. Elle détacha son regard de la vitrine et se retourna vers l'entrée du restaurant, où Samuel payait l'addition. Il se retourna, lui sourit et son regard se posa derrière elle. Soudain, le serveur et lui se baissèrent. Léa n'eut pas ce réflexe et resta plantée là, sans bouger. Elle sentit alors une douleur fulgurante sur l'épaule. Comme une brûlure. Elle tomba à genoux et se retourna pour voir ce qu'il se passait. Elle vit alors deux hommes d'une trentaine d'années approcher. L'un deux portait une arme de petit calibre, pratique, discrète, passe-partout, pointée dans sa direction. Elle reconnu le deuxième homme pour l'avoir vu dans les fichiers de la police. Elle jeta un coup d'½il à son épaule et se releva. La balle n'avait fait qu'effleurer l'épaule, l'entaillant assez profondément. Son tailleur était fichu!! Il lui avait coûté un mois de paye!
Le propriétaire de l'arme avança vers elle et pointa son arme dans sa direction. Elle ne bougea pas. Surprit, l'homme approcha encore. Samuel hurla.
-Léa éloignes-toi! C'est à moi qu'il en veut! Ne lui faites pas de mal! Elle n'a rien à voir avec tout ça! Elle ne sait rien!
Voyant qu'il avait affaire à une femme, l'homme baissa son arme et se dirigea vers Samuel, passant à côté de Léa. Grossière erreur. Au moment où il passait à côté d'elle, Léa donna un coup d'épaule à l'homme, le faisant tomber à terre. De surprise, il lâcha son arme qui glissa sur le sol. Plus rapide que lui, Léa se releva et sauta par-dessus lui pour attraper l'arme. Elle se retourna ensuite et mit en joue l'homme. Son complice arriva alors et fit voler l'un de ses poignards dans sa direction. Rapide, Léa écarta le poignard de sa trajectoire avec le canon de son arme. Il alla se planter dans le sol, à quelques mètres d'elle. Les deux hommes s'approchèrent d'elle, doucement.
-Tu n'aurais pas du te mêler de ça, dit le premier.
-Je vais te découper en morceaux, déclara le lanceur de couteaux en souriant.
Léa les tenait toujours en joue, bras tendus, jambes écartées, comme le lui avait enseigné le sergent Gabs. Les deux hommes approchaient toujours, souriants, confiants. Léa tira. En l'air. Les deux hommes marquèrent un court temps d'arrêt, surpris, puis recommencèrent leur approche.
-Jettes donc cette arme, lui lança le premier des hommes.
-Ouais, approuva le second. Jettes donc ton arme et bats-toi sans si tu en as le courage...
-Elle ne l'a pas, déclara l'homme au pistolet pour provoquer Léa.
Léa pencha la tête sur le côté et leur sourit. Elle abaissa son arme, la démonta en quelques secondes, et jeta les morceaux au loin. Puis elle les attendit. Les deux hommes se jetèrent alors sur elle. Comme le lui avait apprit le gendarme instructeur, Léa conserva son calme, étudiant les mouvements de ses adversaires, les laissant se fatiguer. Elle évitait ou parait les coups, les fatiguant. Enfin, quand elle vit la vitesse des coups réduire, elle attaqua. D'un crochet du droit, elle assomma l'homme aux couteaux. Puis d'un coup de pieds derrière les genoux, elle fit tomber l'autre sur les genoux. Elle replia son genoux autour de son cou et, prenant le couvercle d'une poubelle à porté de main, l'assomma. Il s'écroula sur le sol, le nez cassé, inconscient. Léa se retourna et se dirigea vers l'arme. Elle saisit les morceaux et la remonta en un clin d'½il. Soudain, Samuel cria. Léa se retourna et sentit un couteau passer au ras de sa joue gauche. Elle pointa son arme sur l'homme, qui s'immobilisa. Elle tourna la tête vers le serveur et lui demanda de la ficelle de cuisine. Pendant qu'elle lui parlait, le lanceur de couteaux tenta de se relever. Une balle se plantant dans le sol à côté de son pied droit le dissuada. Elle lui fit mettre ses mains sur l'arrière du crâne et attendit patiemment la ficelle. Lorsque le serveur arriva, elle la lui arrache presque des mains et ficela les mains des deux hommes ainsi que leurs chevilles. Puis elle sortit son portable et appela la police.
-Quand arrivent-ils?demanda Samuel.
-Dans 10 minutes, répondit Léa sans quitter les deux hommes des yeux.
Le serveur fit rentrer les clients qui étaient sortis pour voir ce qu'il s'était passé.
-J'ai à te parler, déclara Samuel.
-Je t'écoute.
-Ces hommes venaient pour me tuer. Je fais partit d'un réseau de faux billets. Et j'ai besoin d'un garde du corps en quelque sorte. Acceptes-tu?
Léa entendit sa propre voix répondit affirmativement alors qu'elle n'avait qu'une envie partir en courant le plus vite possible. Une lumière bleue et rouge éclaira soudain la rue. Léa se tourna vers Samuel et lui chuchota précipitamment de ne surtout rien dire. Intrigué, Samuel acquiesça. Léa se dirigea alors vers les voitures de police et saisit le premier policier qui sortit. Elle l'agrippa par le bras et l'entraîna derrière un platane. Là elle s'entretint doucement avec lui.
-Je suis Léa Varney. Adjoint du gendarme Gabs. Vous allez lui faire parvenir un message dès que je serais partie.
-Mais...
-Ne posez pas de questions et obéissez!le coupa-t-elle sèchement.
Le policier sortit alors son calepin et un stylo. Léa lui raconta alors tout ce qui s'était passé depuis leur sortit du restaurant. Elle lui demanda ensuite de prendre en note le fait que Léa avait accepté, et qu'elle le contacterait le lendemain dans la journée, dès qu'elle aurait un moment. Elle lui demandait instamment de ne rien tenter. Puis elle expliqua au policier la version qu'elle mise au point pour les autorités concernant l'état des deux hommes : ils avaient essayé de la violer, et Samuel l'avait défendu.
Le policier accepta, dépassé par les évènements. Elle alla donc vers Samuel, suivit du policier, qui le félicita chaudement pour son courage.
-Aider cette jeune femme était admirable.
Samuel joua très bien le modeste. Et les policiers partirent rapidement en emmenant les deux hommes, dont l'un était toujours inconscient.
Léa et Samuel rentrèrent chez Samuel. Arrivé là, Léa alla au toilettes et ouvrit son portable. Elle alluma l'option « enregistrement », et ressortit en tirant la chasse. Pas très glorieux et original, mais c'est tout ce qu'elle avait. Elle rejoint Samuel dans le salon. Il lui exposa alors tout ce qu'il savait, tout ce qu'il faisait, tous les gens qu'il connaissait. Il lui faisait confiance. Il ne connaissait pas son travail. Il la croyait avec un casier judiciaire. Son stoïcisme et son sang froid lui avait fait deviner qu'elle avait de l'expérience. Et jamais il n'aurait pu soupçonner qu'elle soit dans la gendarmerie. Peut-être une ancienne soldat, que l'armée dérangeait, ennuyait. Elle écoutait tout ce qu'il lui disait, essayant d'enregistrer le maximum d'informations. Il lui expliqua aussi ce qu'elle aurait à faire. De la protection rapprochée principalement, mais aussi délivrer des « paquets ». Elle posa des questions sur le type d'armes dont se servaient les gens qu'il côtoyait, sur le type de dangers qu'il encourait. Puis elle prit une feuille et se mit à noter tout ce dont elle aurait besoin. Matériel d'informatique perfectionné, des armes à feu de plus ou moins gros calibre, des armes blanches plus ou moins dangereuses, des grenades, bref, du surplus militaire. Elle venait à peine de finir sa liste lorsque son téléphone sonna. Surprise, Léa regarda sa montre. 7h30! À tous les coups son chef avait oublié qu'elle était en congé. Elle décrocha et entendit la voix du gendarme Gabs.
-J'imagine que tu ne peux pas parler alors écoutes bien et réponds comme tu le peux. Tu es chez lui?
-Tiens!s'exclama Léa. Mon fournisseur préféré! Tu tombes bien. J'ai une grosse commande pour toi...
-Tu ne réponds pas à ma question. Alors?
-Bien sur que oui.
-Vas-y donne-moi ta liste.
-Il faudra que tu me fournisse un casier dans lequel tu mettras des armes, des faux papiers pour deux personnes, un homme et une femme, et du matériel informatique.
-Tu veux un casier judiciaire??
-Duh! À ton avis? Je fais une promenade de santé?
Léa lui donna ensuite la liste qu'elle venait de faire, et attendit que son chef lui crée son casier.
-Mademoiselle Léa Smith. Tu n'es connu des autorités que sous ce nom. Tu vis actuellement sous un nom d'emprunt inconnu, le tiens. Tu es une ancienne soldat, virée de l'armée pour comportement dangereux et individualisme poussé. Experte en combat rapproché et dans l'utilisation d'armes à feu, tu as en outre de bonnes références informatiques. Ça devrait suffire, non? J'allais oublier! Ces hommes là sont très friands des danseuses si tu vois ce que je veux dire. Alors avant de rentrer dans l'armée, tu as gagné ta vie jusqu'à tes 18 ans en étant gogo danseuse dans un bar mal famé, où tu n'as eu aucun problème. Cependant, des plaintes ont été émises à l'encontre du club pendant que tu étais chez eux, mais ont toujours été retirées quelques jours après.
-Bien. C'est parfait.
-Ok. Pour les armes etc, tu iras les retirer à la consigne numéro 14 de l'aéroport. La clef t'attendra chez toi dans 30 minutes. Et je demande à mes hommes de ne pas intervenir contre toi.
-Merci! C'est parfait, vraiment.
-Je n'apprécie pas que tu fasses cela. C'est beaucoup trop dangereux. Tu n'es absolument pas prête pour ce genre de chose.
-je crois que tu as encore beaucoup à apprendre sur moi.
-Tu sais bien que je ne demande qu'à mieux te connaître. Mais là, c'est trop grave.
-On verra quand j'aurais eu de l'avancement.
-Humf...
-J'ai faillit oublier! Demande à Momo de passer me prendre tout à l'heure vers 14h. J'aurais besoin de changer de tenues...
-Mouais... OK... Appelles moi régulièrement.
-C'est ça! Bye!
Léa raccrocha, un sourire aux lèvres. Stéphane était vraiment incorrigible. Il lui plaisait beaucoup et c'était réciproque, mais elle était sous sa responsabilité et ce genre de relations n'étaient pas acceptées entre un gendarme et son adjoint.
-Qui était-ce?demanda Samuel.
-Un ami de longue date. Il était mon supérieur dans l'armée, et nous ne nous sommes plus quittés.
-Tu auras tout ce que tu voulais?
-Oui. Dans une demi-heure j'aurais la clef de la consigne. Et cette après-midi, on vient me chercher pour des essayages. Je vais refaire ma garde robe, ajouta-t-elle devant son air interrogatif.
Samuel sourit. Décidément, les femmes étaient toutes les mêmes. Le shopping d'abords.
-Veux-tu que je vienne avec toi?
-Non c'est bon. Je n'en aurais pas pour plus de deux heures.
-À quelle heure passe-t-il?
-14h. Et j'irais chercher les armes sur le chemin.
-Alors il nous reste 6 heures devant nous... Que dirais-tu?... D'un bon petit déjeuner?!
-J'ai mieux à te proposer, dit Léa en se levant. Elle lui saisit la main et l'entraîna vers la chambre.

-Debout grande paresseuse...
-Hum...Quoi?...
-Il est 13h30. Il faut te lever si tu ne veux pas être en retard...
-13h30!! Oh mon dieu! Il ne faut pas qu'il sache que je suis ici! Il faut que je rentre chez moi! Prépare moi quelque chose à manger pendant que je prends ma douche!
Léa se précipita vers la salle de bain et prit sa douche en vitesse. Lorsqu'elle sortit 10 minutes après, un petit déjeuner copieux l'attendait. Elle s'attabla et commença à manger.
-Pourquoi as-tu mis mon pantalon de moto?demanda Samuel.
-J'ai besoin de t'emprunter ta moto. Je peux? Avec les embouteillages, je n'arriverais jamais à l'heure si je prends un taxis.
-Ok. Je ne vais pas sortir avant que tu reviennes, donc je n'en aurais pas besoin.
-Merchi, répondit-elle la bouche pleine de pain au Nutella.
Léa regarda sa montre et sursauta. Plus que 15 minutes! Elle rangea ses affaires dans son sac et enfila la veste de cuir de Samuel. Il lui lança les clefs et elle les rattrapa au vol, balançant son sac sur son épaule.
-Je t'appelle dès que Momo m'a raccompagné!lui cria-t-elle depuis l'escalier.
Samuel regarda partir sa petite amie, surprit de tous les changements qui étaient apparus depuis quelques heures. Lentement, il referma la porte et se dirigea vers le téléphone.
Léa courut dans l'escalier, sautant les dernières marches, et fonça vers la place de garage de Samuel. Elle enfourcha la moto, mit son casque et démarra en trombe. Elle ne s'arrêta à aucun moment sur la route. Le ciel devait être avec elle : tous les feu verts étaient pour elle. Elle fut chez elle en moins d'un quart d'heure. Elle cacha la moto derrière l'immeuble et grimpa au pas de course les trois étages qui séparaient son studio du rez-de-chaussée. Elle entra en trombe dans son appartement et se heurta à un homme. Elle se débattit quelques seconde et vit, penché sur elle, Mohamed. Violemment, elle le repoussa.
-Mais qu'est-ce qui te prend?!s'exclama-t-elle furieuse.
-Je t'attends depuis 10 minutes...répondit-il.
-Ce n'est pas ma faute si tu es toujours en avance...râla-t-elle.
Mohamed éclata de rire. Léa enleva sa veste de moto et son pantalon pour se changer.
-Hum!... L'entraînement dur de Monsieur Gabs te réussit, remarqua-t-il.
-Oui, je trouve aussi. Il me fait un sacré petit cul et un ventre bien plat.
-C'est vrai que tu es magnifique. Et cela te donne une pèche et un teint superbe. Vivre au grand air, il n'y a rien de mieux.
Léa sourit en enfilant son pantalon. Mohamed savait de quoi il parlait. Ils étaient effectivement entrés le même jour à la gendarmerie. Il avait fuit sa famille et ses études de littérature pour entrer dans la gendarmerie. À 23 ans, il était l'aîné de Léa de 3 ans. Cet écart ne les avaient pas empêché de sympathiser. Ils s'étaient rencontrés dans une boite de nuit à Paris. Léa dansait sur le bar, et Mohamed l'avait dragué. Petit à petit, ils en étaient venus à parler de leurs envie de carrière, et s'étaient rendus compte qu'ils allaient faire le même boulot, et entrer en même temps dans la gendarmerie. Momo en tant que gendarme dans la brigade informatique, Léa en tant que Gendarme adjoint. Cependant, il leur restait plusieurs semaine avant leur entrée en formation, et il n'avait pas d'endroit où dormir. Léa, qui vivait dans un deux pièce prêté par sa marraine, lui avait proposé de venir habiter chez elle, si du moins il participait aux taches ménagères et à l'achat de la nourriture. Il lui avait tout de suite inspiré confiance, et Momo accepta. Ils vécurent ainsi deux mois. Dormant dans le même lit, faisant souvent l'amour, mais sans réelle histoire. Juste par envie physique. Il faut dire que Mohamed était un bel homme. Grand, musclé, africain, les cheveux tressés, les yeux d'un bleu perçant, il avait tout pour plaire. Entre eux était née une complicité que rien ne pouvait entacher. Momo, lui, ne pouvait s'empêcher de regarder vivre cette jeune fille, pleine de vie, que rien ne semblait arrêter. Il avait envie de la protéger, mais lui laissait toute sa liberté. Léa quand à elle, avait besoin de sa présence. Besoin de son avis, de ses conseils, de sa chaleur, et bien souvent de son corps.
Elle se donna un coup de brosse qui ne servit à rien et mit dans un sac à main son portefeuille et ses quelques affaires indispensables à une jeune fille : sa plaque, son arme, qu'elle s'était procurée plus ou moins légalement, et son nécessaire réduit à maquillage. Puis elle rejoint son ami et sortit à sa suite.
-Avant de commencer les courses, je t'emmène voir quelque un, lui dit-il.
-Mais Samuel me fait sûrement surveiller!s'exclama-t-elle.
-C'est pour cela que nous allons aller manger un morceau dans l'arrière salle d'un petit restaurant japonais truffé de brouilleurs et autres gadgets en tous genres.
Rassurée, Léa suivit son ami dans les rues commerçantes de Carpentras. Momo avait un double visage. Il travaillait pour l'armée, mais servait aussi de fournisseur à la plupart des voyous et truands. Il était capable de leur trouver n'importe quoi, avec bien sûr l'aval de l'armée. C'était assez drôle de le voir se balader indifféremment avec des soldats, des gendarmes, et des voyous. Ces derniers croyaient avoir affaire à un voyou, comme eux, qui avait des contacts dans l'armée. C'était très drôle. Il ne se cachait pas mais restait suffisamment discret pour être entouré d'un voile de mystère aux yeux de certaines personnes. Et il avait toujours de bons résultats. De ce fait, tout le monde le demandait. Grâce lui, plusieurs arrestations avaient été possibles. Et l'on s'était toujours arrangé pour faire passer ces arrestations pour des coups du hasard, des coups de chance. Ce qui laissait Mohamed totalement en sécurité. Personne ne pouvait se douter de son implication dans ces arrestations, ce qui l'arrangeait grandement. Léa et lui aimaient beaucoup travailler ensemble sur des « cas spéciaux » comme ils disaient. Ils se rendaient ensemble sur les lieux de rendez-vous et mettaient ensuite au point les arrestations. C'était très amusant, et très excitant. Léa s'amusait beaucoup. Ainsi, se balader avec Mohamed alors qu'elle était sensée être le garde du corps d'un receleur de faux billets ne posait pas de problèmes. En passant devant la devanture de la Mie Câline, une boulangerie où Léa et son ami avaient l'habitude de se retrouver, elle se rappela soudain leurs étreintes. Elle serra le bras de son ami et le regarda avec gourmandise. Son ami ne put résister et l'embrassa dans le cou, descendant petit à petit. Léa l'arrêta avant qu'il ne l'embrasse dans le décolleté. Elle lui releva la tête et lui sourit. Puis elle lui murmura à l'oreille que Samuel était un homme très jaloux. Il la regarda avec intensité et l'entraîna vers le restaurant. Dans l'ombre d'une porte cochère en face du restaurant, un homme rangea son appareil photo et écrasa sa cigarette avec le talon de ses bottes de moto. Puis il sortit de l'ombre et se fondit dans le masse des badauds, disparaissant.

-Stéphane?!s'exclama Léa. Mais qu'est-ce que tu fais là?!
-Je voulais te voir, répondit-il. Nous avons deux ou trois choses à mettre au point.
-Tiens, assieds-toi, lui murmura Mohamed en tirant une chaise.
Léa s'assit et regarda autour d'elle. La salle était très sobre, tapissée de rouge. Sur la table, trois tasses étaient disposées sur des coupelles, et une bouilloire fumait. Léa se servit du thé et attendit avec quelque impatience que son patron lui explique ce qu'il voulait.
-Je dois d'abords te dire que je n'approuve pas du tout ce que tu es en train de faire. C'est extrêmement dangereux...
-Je me contre fiche de ce que tu penses. Tout ce qui m'intéresse, c'est de le coincer et de le faire arrêter avec ses patrons etc.
-Tu n'as pas l'air de te rendre compte du danger. On dirait que tout cela t'amuse!s'exclama-t-il.
-Je suis tout à fait consciente du danger, croîs-moi. Quand au fait que je m'amuse, oui, il est vrai que cela m'amuse. Mais je fais attention.
-Stéphane, compléta Mohamed, Léa a une façon très particulière de vivre, de... Oui de vivre. Elle ne se pose pas de questions. Elle avance. Les questions, elle se les pose après. Elle vit l'instant présent du mieux qu'elle peut, en essayant de souffrir le moins possible.
-Ce n'est pas une raison à son comportement, répliqua vivement Stéphane.
-Crois-tu que ce soit facile d'apprendre que son petit ami est un trafiquant!s'exclama Léa.
-Ce n'était pas sérieux entre vous, tu me l'a dit toi-même!
-Ce n'est pas une raison! L'homme avec qui je sortais, avec qui je couchais, me mentait, me trahissait! J'en ai par-dessus la tête de n'avoir affaire qu'à des salopards! Je ne suis pour l'instant jamais tombé sur un homme avec lequel je puisse construire une relation stable, sans mensonges, sans se cacher, une relation normale, sans aucun problème, sans douleur! Et je l'ai toujours subit! Cette fois, j'ai la possibilité de changer cela, de me venger, si l'on peut dire.
-Je comprends que tu sois mal par rapport à cela, mais tu ne peux pas te permettre de prendre tous ces risques juste pour prendre ta revanche sur tous les hommes qui ont partagés ta vie.
-Laisse moi prendre mes propres décisions par rapport à ma vie!s'écria-t-elle. Laisse moi vivre! Ton entraînement en plus d'être extrêmement difficile, m'a apprit beaucoup de choses. Et je peux m'en sortir!
-Je ne doute pas de ta capacité à t'en sortir, répondit calmement Stéphane. Mais je ne veux pas te voir prendre tous ces risques. Tu es très douée. Mais je ne peux pas accepter que tu prennes tous ces risques.
-Maintenant, ça suffit. Tu me laisses vivre ma vie et prendre mes propres décisions. Tu m'as fais venir pour une raison précise. Que voulais-tu?
Stéphane soupira, résigné, et commença son entretient. Il expliqua à Léa les procédures de communication entre elle et l'armée, comment elle devrait procéder pour le joindre, et tout ce qu'elle avait besoin de savoir pour cette mission. Léa écouta, concentrée.
Quand enfin ils sortirent, près de deux heures s'étaient écoulées. Il ne leur restait plus beaucoup de temps pour acheter ce dont Léa avait besoin. Ils achetèrent ainsi des tenues pratiques pour le combat, mais aussi des tenues plus sexy. Les essayages les firent bien rire. Dans l'ombre, caché derrière des rayonnages, un homme les observait, triturant le premier bouton de son veston. Léa sortait de la cabine d'essayages avec chaque nouvelle tenue. Mohamed commentait, et Léa riait. Les vendeuses crurent à bien des reprises qu'ils étaient amants. Léa riait alors plus fort et les détrompait bien vite. Ils riaient, ne pouvant s'arrêter. L'homme les suivait, les observait. Léa s'accrochait à son ami, lui serrait le bras de peur de le perdre dans la cohue des rues. Momo lui parlait à l'oreille, lui picorait le cou de baisers, savourant le moment présent, sachant qu'un rien pouvait le briser. Ensuite, ils allèrent chercher les armes dans la planque. Enfin, ils rentrèrent à l'appartement de Léa. Mohamed portait les paquets, pile très conséquente, et Léa fouillait dans son sac pour trouver sa clef. Elle riait des mines de son ami, qui croulait sous le poids des paquets. Quand enfin elle trouva les clefs, Momo venait de faire tomber le premier paquet de la pile. Elle se pencha et la ramassa en ouvrant la porte. Son ami râla et entra à son tour. Soudain, il s'immobilisa et son rire resta coincé dans sa gorge. Léa se retourna et laissa tomber son paquet de surprise.
-Samuel!s'exclama-t-elle.Qu'est-ce que tu fais là?!
-Tu devais m'appeler, répondit-il. Je m'inquiétais.
-Excuses-moi. J'étais en courses. Je voulais renouveler ma garde-robe.
-Qui est-ce?demanda-t-il brutalement en se tournant vers Mohamed.
-Je te présente Mohamed. Momo, voici Samuel.
-Je vais vous laisser, dit celui-ci. Léa, tu sais où me trouver.
Mohamed déposa tous les paquets et se dirigea vers la porte d'entrée de l'appartement. Léa lui fit un petit signe de la main et il sortit, fermant la porte derrière lui. Samuel se leva et alla à la cuisine se servir un verre d'eau. Intriguée, Léa le rejoint.
-Qu'est-ce que tu as?lui demanda-t-elle.
Comme il ne répondait pas, elle se mit derrière lui et l'entoura de ses bras, nichant son visage dans son cou. Samuel se laissa faire, comme indifférent. Elle s'en rendit compte et s'arrêta. Elle recula et le regarda, surprise. Enfin, il se détourna de l'évier et se mit face à elle. Sans la regarder, il lui dit qu'il avait vu des vidéos la montrant avec Mohamed, et que leurs rapports semblaient très... Intimes. Léa se mit tout de suite en colère.
-Comment as-tu osé me faire suivre?!cria-t-elle. Comment oses-tu m'espionner?! Empiéter sur ma liberté?!
-Je devais te faire suivre!s'exclama-t-il. C'est la procédure!
-J'emmerde la procédure! Et toi avec! Je ne suis pas un rat de laboratoire!
-C'est qui ce mec?!
-Qu'est-ce que ça peut te faire?! C'est un ami!
-Très proche on dirait...persifla-t-il.
-Nous sommes en effet très proches! Et si cela ne te plait pas, alors tant pis!
-Je n'aime pas que l'on me parle sur ce ton!
-Tu devras t'y habituer si nous devons continuer ensemble! Je suis très tolérante, mais personne n'a le droit de toucher à ma liberté! C'est mon bien le plus précieux!
À ce moment, le téléphone de Samuel sonna.
-Quoi?!rugit-il.
Après quelques secondes, il raccrocha, et inspira un bon coup.
-Nous avons un rendez-vous à Avignon dans un quart d'heure. Vu la circulation à cette heure, nous devrons prendre la moto.
Léa, le regard lançant des éclairs, se dirigea vers la porte.
-Nous allons voir l'un de mes clients qui me doit de l'argent, lui dit Samuel. Il serait opportun que tu changes de tenue et que tu ais l'air plus dangereuse.
Léa prit ses paquets et se dirigea vers la salle de bain. Elle en claqua la porte et se prépara. Elle enfila un pantalon de cuir par-dessus un pantalon de sport noir, moulant et adapté au combat. Puis elle passa une veste de moto qui lui allait jusqu'aux chevilles par-dessus son débardeur sport noir, et mit des bottes montantes jusqu'aux genoux à talons plats. Dans la ceinture de son pantalon, elle glissa un pistolet de petit calibre, pratique pour les tirs à courte portée.. Elle glissa dans sa poche le silencieux et deux chargeurs supplémentaires. Puis elle fixa un micro miniature dans le pendentif en croix de son collier, et une mini caméra sur sa veste. Ces deux petits bijoux étaient directement reliés à Stéphane et Quentin, par satellite. Enfin, elle se redonna un coup de mascara et de crayon, et se regarda dans le miroir. Lorsqu'elle sortit de la salle de bain, elle avait retrouvé le sourire. Elle prit les clefs de la moto sur le vide poche de l'entrée et ouvrit la porte de chez elle pour que Samuel sorte. Elle fit le tour de son appartement pour vérifier que tout était fermé, et attrapa au passage un fusil à pompe au canon scié. Elle le cacha sous sa veste et se dirigea vers la sortie de l'appartement en fermant derrière elle. Samuel marchait à côté d'elle. Elle arriva à la moto et la conduisit vers la rue. Puis elle l'enfourcha et attendit que Samuel s'installe derrière elle. Mettant son casque, elle fixa le fusil à pompe contre le flanc de la moto et démarra, Samuel serrant ses mains sur sa taille. Léa, suivant les instructions de son amant, suivit la quatre voies jusqu'à Avignon et entra dans la ville. Puis elle se rendit jusqu'à la porte Thiers. Là, elle se gara sur le parking et descendit de moto. Jetant un coup d'½il alentour, elle enleva son pantalon de cuir et saisit le fusil qu'elle glissa à sa ceinture, sur son flanc droit. Malgré la chaleur ambiante, elle ferma sa veste en cuir autour d'elle. Puis elle se tourna vers Samuel et lui fit un petit signe de la tête, signifiant qu'elle était prête. Il traversa alors le parking suivit de Léa et passa sous la porte Thiers. Ils marchèrent ainsi jusqu'au Palais des Papes. Il est vrai que l'endroit n'était pas tout prêt de la porte Thiers. Mais Samuel aimait marcher longuement avant ses rendez-vous. Léa le suivait, en silence. Enfin, ils arrivèrent devant la porte du palais. Samuel fit une pause, et tourna le dos à la porte. Il traversa la place, gravit les marches de pierres menant au jardin, et sur le premier palier se dirigea vers une petite porte en bois incrustée dans le mur de pierre. Il ouvrit la porte et demanda à parler avec Mr Bernard, le directeur. En poussant la porte, Léa avait été envahit de souvenirs. Elle était déjà entrée ici. En 4°. Elle était venue avec sa classe et son professeur d'histoire, accessoirement la mère de sa meilleure amie, dans cet endroit. C'était là que ce trouvaient les archives de plusieurs centaines d'années. Des actes de mariages, de baptêmes, de décès, de divorces, datant de plusieurs centaines d'années. Tout était conservé ici, à l'abris des destructions diverses. Elle se remémora le travail qu'elle avait eu à faire. Rechercher parmi des étages de documents un papier concernant le maire de la ville en 1503. Puis elle avait eu à recopier et enluminer un texte. L'arrivée du directeur la sortit de ses réflexions. Léa le reconnu, c'était le même homme que dans son enfance, avec cependant moins de cheveux. Elle se tourna vers lui afin de le filmer, mais refusa de lui serrer la main, le saluant d'un signe de tête. L'homme la reconnu.
-Vous êtes la jeune fille aux cheveux en pétard?lui demanda-t-il. Vous êtes venu ici lorsque vous étiez au collège. C'est vous qui m'avez posé toutes ces questions sur les possibilités de falsifier les documents et de les contrefaire.
-En effet, répondit-elle.
-Je me demande pourquoi une jeune fille aussi charmante que vous reste avec ce gredin de Samuel.
-Parce qu'il paye bien, répondit-elle un sourire mystérieux aux lèvres.
Le directeur éclata de rire et leur fit signe de les suivre. Il les conduisit dans son bureau, dont il ferma soigneusement la porte.
-Que puis-je pour vous?demanda-t-il enfin lorsqu'il se fut assit.
-Tu le sais très bien, répondit Samuel en s'asseyant à son tour. Tu me dois 5 000 ¤. Je les veux tout de suite.
-Ne pourrait-on pas discuter?
-Non. Je t'avais donné trois semaines de délais supplémentaire, maintenant je veux voir mon fric.
Le directeur glissa sa main sous le bureau, mais avant qu'il n'est atteint la poignée du tiroir, Léa le tenait en joue, secouant la tête de gauche à droite en souriant.
-Je comprends maintenant ce que vous faites avec lui...
Léa fit le tour du bureau, ouvrit le tiroir et en sortit le pistolet qui s'y trouvait. Elle le mit dans sa ceinture, laissant apparaître un court instant le fusil. Puis elle sortit de sa poche le silencieux et le fixa lentement au canon de son arme. Ensuite, elle composa avec le téléphone du bureau le numéro de la réception. Passant le combiné au directeur, elle lui ordonna de dire qu'on ne le dérange pas durant l'heure qui suivait. Il s'exécuta. Léa tira à elle un fauteuil et s'y laissa tomber, sans quitter le directeur des yeux.
-Maintenant mon cher monsieur Bernard, nous allons causer, reprit Samuel comme si aucune interruption n'avait eu lieux. Je veux mon fric. Tout de suite.
-Il est dans mon coffre, répondit le directeur en tremblant. Derrière le tableau de Monet.
Léa se leva et déplaça le tableau, ne pouvant resituer à l'envie de l'effleurer. Puis elle se retourna vers Mr Bernard et attendit que celui-ci lui donne la combinaison du coffre.
-314957, lâcha-t-il enfin.
Léa ouvrit le coffre et prit les 5000¤ qu'il leur devait, lui laissant le reste. Puis elle retira la balle qui se trouvait dans le canon de son arme et le chargeur. Elle les mit dans sa poche et en sortit un chargeur ceinturé d'une bande autocollante bleue. Elle le mit en place, arma, et tira. La fléchette atteint l'épaule gauche, au dessus du c½ur. Léa changea à nouveaux de chargeur et arma. Puis elle ouvrit la porte du bureau et invita Samuel à sortir. Celui-ci finit de ranger les 5 000 ¤ dans son sac et suivit Léa dans les couloirs. Celle-ci retrouva rapidement son chemin, se souvenant avec une étonnante clarté de sa visite en 4°. Lorsqu'ils sortirent, la moto les attendait sur la place, devant le palais des papes. Intriguée, Léa se tourna vers Samuel.
-Tu n'es pas la seule à travailler pour moi, répondit-il simplement. Elle jeta un coup d'½il autour d'elle et, voyant que la place était vide, fixa son fusil à la moto et l'enfourcha. Samuel s'installa derrière elle et elle démarra. Ils roulèrent à vive allure jusqu'à chez lui. Là, il la fit monter.
-J'ai quelque chose pour toi, lui dit-il.
-Pour moi?s'étonna-t-elle. En quel honneur?
-Disons que c'est pour ton entrée dans mon équipe, et pour fêter le fait que cela fait deux mois que nous sommes ensembles. Dans la précipitation des évènements, je n'ai pas eu le temps de te l'offrir.
Samuel la conduisit jusqu'au garage, devant une forme noire, recouverte d'une bâche.
-Qu'est-ce que?...
Samuel retira d'un coup la bâche, découvrant une moto noire et rouge. La carrosserie était toue noire. Seul un « L » rouge écrit finement sur les flancs donnait un peu de couleur. Léa, abasourdit, fit le tour de la moto, l'effleurant du doigt, n'osant y croire. Elle regarda Samuel, qui lui fit signe de la tête de la prendre. Elle ouvrit alors la porte du garage, enfourcha sa nouvelle moto, et démarra en trombe, saluant Samuel de la main. Elle fit le tour de la ville sur sa moto, testant ses réactions, son accélération, etc. Elle était féline, réagissant vite à la moindre poussée, agressive. Léa se sentait en complète osmose avec cet engin. Il lui correspondait totalement. Elle roula ainsi, toute la nuit. Enfin, elle rentra chez elle. Se garant dans la porte de son immeuble, elle remarqua une voiture de gendarmerie. Inquiète, elle gravit les marches menant à son appartement à toute allure. Sa porte était entrouverte. Elle sortit son arme, vérifia qu'elle était bien chargée, et entra doucement. La salle de bain était vide. La cuisine aussi. Elle se dirigea vers la chambre, et se retrouva prise dans un étau. Deux bras la serraient avec une telle force qu'elle en eut mal. Elle flanqua son coude dans les côtes de son adversaire et s'écarta. Un coup de pied dans le ventre la fit plier en deux et lâcher son arme. Elle s'écroula par terre et roula sur le sol pour échapper à un coup de pied. Elle se releva, et se mit en position de défense. Son adversaire portait une cagoule et tenait à la main un couteau de cuisine que Léa reconnut comme lui appartenant. Il se précipita sur elle, mais elle l'esquiva, saisissant au passage son poignet gauche et le poussant dans le dos. Elle récupéra ainsi le couteau et précipita son adversaire à terre. D'un coup de pied dans le bas ventre elle l'immobilisa. Elle courut vers la cuisine et sortit de la ficelle. Elle attacha les mains de son agresseur et lui retira sa cagoule. Elle reconnu alors le serveur du restaurant où Samuel et elle avaient mangés pour leur anniversaire. Elle le releva, l'assit sur une chaise, l'y ficela et se mit à ranger ses affaires en attendant qu'il se réveille. Elle posa son arme sur la table de la cuisine et alla se changer. Elle passa un jean et un débardeur mauve, et retourna vers son agresseur. Elle le réveilla à coup de claques et s'assit face à lui. Elle sortit d'un sac un paquet de cigarette et en alluma une. Elle inspira avec délice la multitude de toxines et regarda avec intensité le serveur.
-Pour qui travailles-tu?lui demanda-t-elle.
-Mais qui es-tu?!s'exclama-t-il.
-C'est moi qui pose les questions ici, répliqua Léa. Pour qui travailles-tu?
-Pour Sergueï Kasinao.
-Qui est-ce?demanda Léa surprise.
-Ton patron, répondit le serveur en tentant de sourire. C'est de lui que Samuel tient tous ses ordres. Et il veut te voir.
-Il veut me voir? Mais pourquoi m'as-tu agressé?
-Pour voir comment tu allais réagir, répondit-il en grimaçant.
Léa se leva et alla à la salle de bain. Elle en revint avec des compresses , du désinfectant et des pansements. Elle détacha ensuite le serveur et lui ordonna de rester assit. Elle alla ensuite chercher un verre dans la cuisine et la bouteille de vodka qu'elle avait toujours à côté de son lit. Elle en servit un fond au jeune homme et lui demanda son nom.
-Youri, répondit-il. Youri Carpatchev.
-Buvez Youri, lui ordonna-t-elle. Lorsqu'il avala son verre, elle désinfecta la plaie. Il hurla de douleur lorsque le désinfectant toucha la plaie de sa joue. Elle lui posa ensuite un pansement et s'occupa de sa lèvre. Elle ne pouvait que nettoyer et désinfecter la plaie. Lorsque Youri voulut se relever, il s'appuya sur son bras gauche et grogna de douleur. Lorsque Léa lui avait saisit le poignet, récupérant le couteau, elle avait sans le faire exprès entaillé son bras de l'épaule au coude. Youri passa ses doigts sous la manche de sa veste et les retira en grimaçant, couverts de sang. Léa le força à se rasseoir et alla chercher des ciseaux.
-Désolé pour votre veste, il faudra vous en racheter une autre, dit-elle en découpant la manche. Elle désinfecta ensuite la plaie puis la pansa. Quand enfin il fut prêt, ils se préparèrent à partir.
-Où allons-nous?demanda Léa.
-Je vous emmène voir Mr Kasinao.
-Alors attendez quelques instants, je vais me changer. Je suis couverte de votre sang.
Youri sourit et lui fit signe de la tête. Quelles que soient les circonstances, les femmes pensaient toujours à leur apparence. Quelques instants plus tard, Léa reparut vêtue d'un pantalon en toile beige et d'un débardeur assortit. Elle passa par-dessus sa veste en cuir et passa son arme à sa ceinture, vérifiant que le chargeur était plein. Elle vérifia sa tête dans le miroir de l'entrée et sortit à la suite de Youri.
Il la conduisit jusqu'à une limousine noire qui stationnait plus loin dans la rue. La voiture de police était toujours là. Léa la regarda, intriguée. Youri vit son regard et la rassura : son voisin du dessus appartenait à la gendarmerie. Un certain Mr Gabs. Léa ne put s'empêcher de sourire, mais Youri ne le remarqua pas. Elle monta dans la limousine à la suite de Youri et s'installa confortablement sur la banquette. Youri se servit un verre de vodka et en proposa à Léa. Refusant, elle le questionna sur Samuel, Mr Kasinao, et l'organisation des faux billets. Youri lui expliqua alors en bref que Mr Kasinao était le boss, et que personne n'avait jamais vu son visage. Il procédait de manière bizarre pour recruter ses gardes du corps. Lorsqu'il lui en prenait fantaisie, il organisait un combat entre l'ancien et le potentiel. Celui qui gagnait devenait son garde du corps. Léa demanda à quel niveau était Samuel. Youri eut un petit rire suffisant.
-Il n'est rien, lui dit-il. Ce n'est qu'un recéleur minable qui en plus doit de l'argent à Kasinao. Il se croit très fort, très important mais il n'est rien.
-Tu me semble avoir une dent contre lui, remarqua-t-elle.
-Tu as vu comment il a réagit lors de l'attaque de l'autre jour? C'est un couard!crachat-il.
-Tu ne m'as pas beaucoup aidé, fit remarquer Léa avec un sourire.
-J'avais ordre de ne pas me dévoiler. Et tu t'en es bien sortie toute seule, ajouta-t-il avec un sourire.
Enfin, la limousine s'arrêta. Et Youri en sortit. Il aida Léa à sortir sans se cogner la tête au toit fort bas et l'entraîna à sa suite le long de couloirs sordides, dans un immeuble en ruines. Léa apercevait des visages ravagés par l'alcool, la drogue, la misère dans l'embrasure des portes. Elle en avait le c½ur et l'estomac retournés. Elle se contraint pourtant à demeurer impassible, et suivit Youri le long des couloirs. Enfin, ils arrivèrent devant une porte tapissée de velours rouge. Youri frappa énergiquement du poing et attendit. La porte s'entrouvrit, retenue par une chaînette en cuivre. Youri chuchota rapidement quelques mots au garde en la montrant du doigt, et la porte se referma. Léa, interloquée, se préparait à répliquer acerbement lorsque la porte se rouvrit, en grand. Le garde leur fit signe d'entrer et d'attendre dans le couloir. Puis il ferma la porte et leur fit une fouille complète. Léa déposa à contre c½ur son arme dans un sac et suivit le garde et Youri jusque dans ce qui pouvait être le salon. La pièce était à l'origine grande, mais il y avait tant de gens et d'objets entassés, qu'elle semblait plus petite. Au fond, vautré sur un grand fauteuil de velours bordeaux, un homme semblait-il fumait d'un narguilé. Du fait de l'obscurité, Léa ne voyait pas qui il était. Le fauteuil, cependant, était entouré de filles, plus ou moins jeunes, qui avaient le regard vague des drogués. Très légèrement vêtues, elles étaient pathétiques. Léa détourna le regard de ces poupées ridicules et reporta son attention sur le fauteuil de velours. Youri fit alors les présentations. L'homme du fauteuil était Mr Kasinao. À ce moment là, Léa entendit un imperceptible bruit autour d'elle. Elle tourna la tête de tous les côtés et vit que des hommes approchaient, plutôt menaçants. Ils semblaient formatés pour le combat et portaient des armes. Des armes blanches, certes, mais des armes tout de même. Ils étaient trois, taillés comme des armoires à glace, semblant tout droits sortis du dernier film de Schwarzenegger. Machinalement, Léa porta la main à sa ceinture pour prendre son arme. Elle se rappela alors que le garde de l'entrée la lui avait prise. Elle se rendit soudain compte du silence qui l'entourait. Youri avait finit de parler. Elle se tourna vers lui et lui dit clairement, le regard lançant des éclairs :
-Tu le regretteras.
Youri lui sourit et lui fit un signe de la tête qui exaspéra encore plus Léa. Puis elle se détourna de lui et attendit que les hommes attaquent. Comme la plupart du temps, ils attaquèrent séparément. Ce qui était une grossière erreur, mais Léa n'allait pas la leur faire remarquer. Le premier attaqua au couteau. Sautant en arrière, Léa esquiva le coup porté au ventre. Emporté par son élan, l'homme avança de deux pas. Léa en profita pour lui faire lâcher son couteau d'un coup de pied. Il atterrit quelques mètres plus loin, au pied d'une des junkies. Il se rua alors sur elle et l'atteignit au ventre de son poing. Pliée en deux, elle ne pouvait plus respirer. Il la redressa d'un coup de genoux dans le visage. Léa sentit du sang couler de son arcade sourcilière gauche et tomba assise sur le sol. Il se jeta alors sur elle. Profitant de la puissance qu'il mettait dans sa course, Léa leva les pieds et fit passer l'homme par-dessus sa tête. Il atterrit sur le sol dans un craquement semblant provenir de son nez. Elle se releva et se tourna vers les deux autres hommes. Ils attaquèrent alors, en même temps. D'un saut sur le côté, elle esquiva le premier et se retrouva alors entre les deux. Elle envoya un coup de pied dans le ventre du premier qui s'écroula à terre. Puis se retournant, elle saisit au passage une plaque en fer sur laquelle reposait deux boite en métal et en frappa le deuxième homme au visage. Frappé dans son élan, il sembla voler et atterrit brutalement sur le dos. Léa vit alors une corde lui passer devant les yeux. Elle eut tout juste le temps de porter ses mains à sa gorge avant que la corde ne commence à l'étrangler. Elle se débattit en vain. Puis elle s'affaissa contre le corps de son agresseur. Celui-ci relâcha alors la pression. Erreur qui lui coûta un nez. Léa se redressa d'un coup et rejeta la tête en arrière, souriant de satisfaction au bruit que fit le nez en se cassant. L'homme lâcha alors la corde pour plaquer ses mains sur son nez. Léa se retourna et, sautant, abattit son pied sur le cou de son agresseur. Puis, rapide, avant même que quelque un réagisse, Léa sauta vers le couteau que le premier homme avait fait tomber. Elle le saisit et, rapide et souple, sauta sur Youri qu'elle renversa. À califourchon sur lui, le couteau placé sous la gorge du jeune homme, elle ne bougeait pas. Quelques hommes sortirent des rangs et se précipitèrent sur eux mais une voix les arrêta net. Un homme venait d'entrer dans la pièce en criant, stoppant net les mouvements de chacun. Youri leva les mains, doucement, et saisit les poignets de Léa. Elle résista et maintint son arme en place. Mais une troisième main lui saisit l'arme et l'arracha. Elle leva les yeux et vit Samuel, le regard flamboyant. D'un bond, Youri et elle se relevèrent, remettant de l'ordre dans leurs vêtements. Youri recula pour placer son visage dans l'ombre.
-Mais qu'est-ce que tu fais là?!s'exclama-t-il.
-Tu ne vas pas recommencer?siffla Léa entre ses dents.
-Qu'est-ce que tu fais là, assise sur un homme?!
-Arrêtes, dit-elle calmement. Je t'ai déjà dit de me laisser tranquille. Je ne suis pas enchaînée à toi! Je t'ai déjà dit que je vivais ma vie, seule!
Exaspérée, furieuse, elle lui tourna le dos et se dirigea vers la porte de sortie.
-Mais putain! À quoi tu joues! Tu es MA copine! Tu es à MOI!
Léa se figea soudain, rouge de colère. Lentement, elle se retourna.
-Qu'est-ce que tu viens de dire?demanda-t-elle lentement.
-Que tu étais à moi!
-Je te demande pardon?!hurla-t-elle. Je te protège! Je te sauve la vie! Je suis à qui je veux, et pour l'instant je m'appartient à moi seule! Personne n'a le droit de me commander, de me posséder! Tu m'entends?! Personne. Et toi encore moins, crachat-elle finalement.
Peut-être était-ce la présence de tous ces gens, mais Samuel avait une sorte de nouveau courage. Il s'avança vers elle, lui saisit le bras, et l'entraîna vers la sortie. Abasourdit, Léa se dégagea.
-Mais...
-Suis-moi! On rentre à la maison.
-Parce que tu crois que je vais venir chez toi?
Léa éclata de rire. De colère et de honte, Samuel lui retourna une claque. Le bruit résonna dans le silence de la pièce. Léa posa sa main sur sa joue et regarda Samuel intensément. Puis elle lui envoya son poing dans la figure, suivit d'un coup de pied dans le ventre qui le fit tomber par terre.
-Ne m'approches plus jamais, lui dit-elle.
Puis enjambant le corps recroquevillé de son ex-petit ami, elle sortit de la salle. Dans le couloir, elle récupéra son arme. Le garde lui demanda où était passé l'homme qui était venu la chercher. Elle lui répondit d'aller voir dans le salon. Elle ouvrit la porte et sortit, suivit du cliquetis des verrous que le garde refermait. Elle sortit son portable de sa poche et composa le numéro de Mohamed.
-C'est moi. Peux-tu passer chez moi et m'apporter ma moto. Je suis en face du lycée privé St Joseph.
-Ok. J'suis là dans 5 minutes maximum.
Léa raccrocha et s'assit sur le trottoir. Elle sortit son paquet de cigarettes de sa poche et en alluma une. Elle venait à peine de la finir lorsque son ami arriva. Elle saisit son casque et monta derrière lui. Il releva la visière pour lui sourire et attendit qu'elle se soit installée. Alors qu'elle s'installait, Samuel déboula par la porte, l'appelant. D'une pression autour de la taille de son ami, Léa lui commanda de partir. Mohamed démarra en trombe, laissant Samuel seul sur la route. Rapidement, ils arrivèrent chez Léa. Elle alluma la musique à fond et entraîna son ami sur le balcon. Là, elle lui raconta tout. Tout ce qu'il s'était passé depuis qu'ils s'étaient quittés. Les disputes avec Samuel, le combat avec Youri, celui avec les trois armoires à glaces, l'homme du fauteuil, les junkies, tout. Momo s'indigna sur la conduite de Samuel et fut très intéressé par Youri.
-Un russe, tu dis?
-C'est-ce qu'il m'a semblé. Il a un léger accent ukrainien, mais je le pense russe.
-Qu'est-ce qui te fait dire ça?
-Il a utilisé plusieurs fois des mots russes, des mots simples comme « Da » au lieu de oui.
-Nous allons vérifier ça. Il doit bien apparaître dans un de nos fichier. J'ai autre chose à te dire.
-Je t'écoute.
-Le protocole de rencontre entre Stéphane et toi a changé. Lorsque tu auras besoin de le rencontrer, parce qu'il s'est passé quelque chose ou pour quelque autre raison que ce soit, tu glisseras un mot dans ta monnaie lorsque tu achèteras ton pain. Ensuite, tu recevras un appel sur ton portable demandant à parler à Mme Gabs. Tu répondras que c'est un mauvais numéro. À partir de ce coup de fil, tu sauras que tu devras te rendre chez toi où Stéphane t'attendra.
-D'accord. Mais ce serait un peu bizarre que je monte le son à fond à chaque fois qu'il vient chez moi...
-Oui. Je t'ai donc apporté deux ou trois gadgets. Ce sont des brouilleurs de fréquences, et des anti-mouchards. Nous allons les placer tout à l'heure. Je suis censé t'avoir apporté ces gadgets car tu crains que la police n'est mit ton appartement sur écoute, à cause de la présence de Stéphane à l'appartement en dessous.
-Mais ce serait louche que mon voisin du dessous, un flic en plus, me rende visite régulièrement!
-Ces deux appartements communiquent par un escalier qui se trouve dehors. Et personne ne peut le voir à moins d'être dans l'hôtel de ville et de fixer le mur de ton immeuble. Alors tu vois...
-Ok! Autre chose?
-Oui. Tu as pu voir le visage de l'homme au fauteuil?
-Non. Je t'ai dit, il était dans l'ombre. Je ne sais même pas s'il est grand, petit, gros, maigre... Cependant, je pense qu'il est assez gros et petit. Car ses jambes ne dépassaient de l'ombre, et le fauteuil était très large. Mais ce n'est qu'une supposition.
-Bon. D'accord. Allons placer les anti-mouchards et les brouilleurs de fréquences.
Léa retourna dans l'appartement suivit de son ami. Elle baissa le son de la radio et continua une discussion imaginaire où il était question de filles et de leurs tenues.
-Au fait, dit Mohamed au bout d'un petit moment, j'ai ce que tu m'as demandé. Mais je ne vois pas pourquoi tu veux ces trucs là...
-J'ai un nouveau job, je te l'ai dit. Et je ne tiens pas à ce que les flics découvrent mes activités. Depuis qu'ils m'ont libérés faute de preuves, ils ne me lâchent plus. Et je suis presque sûre qu'ils ont mit mon appartement sur écoute. Mon téléphone est intraçable et ne peut être mit sur écoute, et j'ai en permanence sur moi un brouilleur de fréquences. Mais je veux protéger mon appartement aussi.
-Ok. Alors on va les installer maintenant.
Léa et Mohamed installèrent donc les différents brouilleurs et anti-mouchard dans l'appartement. Ils savaient qu'aucune caméra n'avait été placée dans l'appartement, mais que des micros y étaient présents. Ils firent donc leur travail en silence, essayant de ne pas dévoiler, par une parole ou un bruit l'endroit où ils les plaçaient. Les quatre pièces disposèrent ainsi chacune d'un anti-mouchard et d'un brouilleur de fréquence. Lorsque les deux amis eurent finit, ils s'installèrent à la table de la cuisine et dînèrent ; Il était près de 22h. Lorsqu'ils eurent finit leur repas, Léa se leva pour débarrasser. Elle porta les assiettes à la cuisine, lentement, voulant empêcher Mohamed de partir. Mais elle due finalement sortir de la cuisine. Lorsqu'elle passa près de son ami, il lui saisit le poignet et l'attira à lui, la faisant tomber assise sur ses genoux. Il l'embrassa, goulûment, savourant enfin le bonheur de l'avoir pour lui. L'avoir vu si câline avec Samuel, cette ordure de délinquant, l'avait mit hors de lui.

-Allo?demanda Léa d'une voix ensommeillée.
-C'est Youri, je ne te réveille pas?
-Si. Qu'est-ce qu'il y a?
Léa se redressa sur son lit faisant glisser la main de Mohamed sur son ventre. Elle réprima un frisson et se leva. Le téléphone toujours collé à son oreille, elle passa un kimono, tout en écoutant Youri lui expliquer la nouvelle situation.
-Nous avons cru comprendre que tu ne voulais plus travailler avec Samuel. Nous t'engageons donc ailleurs. Tu travailleras directement pour Mr Kasinao, par mon intermédiaire.
-Je ne l'ai pas assez impressionné pour qu'il me montre son visage, râla-t-elle.
-Disons que l'apparition de Samuel l'a énervé. Votre dispute l'a fort amusé, mais la colère a été plus forte. Désolé.
-Je n'aime pas prendre mes ordres de quelqu'un qui reste caché. Ce n'est pas très poli, fit remarquer la jeune fille.
-Haha! Mouais. Mais de toutes les façons, c'est ça ou rien alors... Tes références et tes preuves nous ont beaucoup intéressées. Et on a besoin de toi aujourd'hui.
-Vas-y je t'écoute. Et ne t'inquiète pas pour les bruits bizarres, je suis en train de me préparer un petit-déjeuner...
-Ok... Euh... Bon! Donc cette après-midi, je t'emmène voir l'un de nos contacts. Nous irons à son domicile. Je t'y présenterais comme mon assistante. Lorsque nous serons chez lui, tu devras faire un repérage des lieux et des meilleures opportunités d'entrées et de sorties. En fait, nous y retournerons le soir, incognitos, et il nous faudra entrer et sortir sans qu'il s'en aperçoive. Bien sur, nous n'entrerons pas juste pour faire un tour. Il nous faudra entrer dans son bureau, ouvrir son coffre et subtiliser un papier format A4 d'une grande valeur. Si la sécurité se déclanche, nous devrons sortir au plus vite. D'où la nécessité du repérage.
-Y'a-t-il du matériel que je devrais commander?
-Nous verrons cela après notre « visite guidée de la maison » si je puis dire.
-Ok. Dans combien de temps arrives-tu?
-Je passe te prendre chez toi dans une heure. Gardes-moi un croissant, ajouta-t-il avant de raccrocher.
Léa raccrocha, songeuse, et se servit un verre d'eau. Deux mains glacées lui glissèrent alors sur le ventre.
-Arrêtes! Tu es fou!
-Qui était-ce?demanda Mohamed.
-C'était Youri. Il a besoin de moi aujourd'hui. Il arrive dans une heure. Comment ça s'habille une assistante de mafieux?
Mohamed éclata de rire. Puis il l'aida à choisir ses vêtements et alla dans la cuisine pendant que Léa prit sa douche.
Lorsque Léa sortit, son ami était attablé devant un énorme petit-déjeuner, vêtu d'un immonde survêtement noir et blanc. Manifestement, il était sortit acheter des croissants. Léa avait choisit de s'habiller d'un tailleur pantalon noir, finement rayé de blanc. Sous sa veste, elle portait un simple débardeur en dentelles blanc. Ses chaussures à talons lui collaient aux pieds, ce qui lui permettait de se battre, le cas échéant. Mohamed lui tendit une paire de lunettes de vue et un brillant à lèvres. Intriguée, Léa les prit.
-Le tube du brillant à lèvres contient trois mini caméras que tu peux propulser grâce à ce petit bouton que tu vois là. Dans les lunettes est intégré un appareil photo miniature. Tu l'actionne en appuyant là, entre les deux verres, comme si tu remontais tes lunettes sur le nez. Tu as la possibilité de prendre 100 clichés. Avec ça, tu devrais avoir assez. Tout est connecté à ton ordinateur.
Quelqu'un frappa à la porte. Léa se retourna vers la porte puis vers Mohamed et lui murmura précipitement qu'il devait jouer le rôle de son fournisseur en matériel diverse. Puis elle se dirigea vers la porte et ouvrit à Youri.
-Salut, entre. Je te présente Mohamed, mon fournisseur en tous genres. Mohamed, voici Youri Carpatchev.
Les deux jeunes hommes se saluèrent d'un signe de tête. La jalousie de Momo était tangible et, on ne savait pourquoi, Youri ne semblait pas très heureux de trouver quelque un chez Léa.
-Comment tu me trouves?lui demanda cette dernière. Je fais bien l'assistante?
-Très bien, confirma Youri avec un sourire.
Léa embrassa Mohamed sur la joue et prit son sac. Elle posa les clefs de l'appartement sur la table en demandant à son ami de les mettre dans la boite aux lettres quand il partirait, puis elle sortit de l'appartement avec Youri. Comme la veille, une limousine les attendait devant l'immeuble.
Dans la voiture, Youri expliqua plus en détails l'opération et Léa lui présenta son matériel pour la première visite. Léa et lui devaient entrer pendant une soirée costumée dans la soirée. Masque obligatoire, mais il fallait montrer patte blanche à l'entrée, donc ils devaient entrer clandestinement. D'où le repérage du matin. Le thème de la soirée était Venise des temps anciens. Donc valse, etc.
-Pourras-tu avoir du matériel pour ce soir?demanda-t-il.
-Oui. Sans soucis, répondit Léa. Le gars qui était chez moi...
-Mohamed, lança Youri avec plus de mépris qu'il ne l'aurait voulut.
-Euh...Oui... Et bien il peut m'avoir n'importe quoi rapidement.
-Ok. Un gars super, quoi!
-Euh...Oui.
Le reste du voyage se déroula dans un silence de mort. Léa ne comprenait pas le comportement de Youri, qui ne le comprenait pas lui-même. En arrivant à la propriété du vendeur, Léa eut le souffle coupé.
-Outre les faux billets, lui expliqua Youri, il fait dans la vente d'armes, de renseignements, etc.
-Ma parole!s'exclama Léa. C'est un vrai...
Léa s'arrêta nette. Si elle disait ce qu'elle pensait, elle se découvrait. Bizarrement, Youri n'eut aucune réaction se contentant de la regarder intensément. Gênée, Léa baissa les yeux. Ils sortirent de la limousine en silence et furent accueillit par Mr David en personne.
-Monsieur Carpatchev, ravit de vous revoir, dit-il.
-Mr David, je vous présente Léa, mon assistante, répondit-il.
Mr David salua Léa et les entraîna dans sa propriété. Grâce à ses lunettes, Léa prit des photos du jardin entourant la maison, de l'entrée et de toutes les pièces par lesquelles ils passèrent. Elle propulsa ses trois caméras, l'une devant la porte du bureau, la deuxième à l'intérieure du bureau face à la porte, et la troisième au fond du couloir, près de la porte incendie. Le rendez-vous dura près d'une heure. Youri demandait expressément à Mr David de lui fournir un renseignement quelconque mais ce dernier refusait. Devant le refus de l'homme, Youri perdait patience. Léa n'écoutait qu'à moitié, regardant la bouche de Youri. Elle ne savait pourquoi mais il l'attirait. Son corps musclé qui dégageait une force hors normes, cette bouche pleine et bien dessinée, même ses mains la fascinaient. Oui, c'était le mot : elle était fascinée par lui. Son visage bien dessiné, attirant les confidences et l'amitié était mangé par deux yeux noirs, qui reflétaient toute la froideur de sa personnalité. Quelques fois, dans ces yeux, une lueur s'allumait. D'amusement, d'ironie, ou de quelque chose que Léa ne savait interpréter. Soudain, Youri s'adressa à elle.
-Léa? Avez-vous prit note de ce rendez-vous? Pour demain midi?
-Oui. Quelle heure?demanda-t-elle en écrivant sur le petit calepin qui se trouvait dans son sac.
-Disons... 13h. Cela vous va Mr Carpatchev?demanda Mr David.
-Tout à fait. Cependant, je dois vous prévenir, j'enverrais peut-être mon assistante ou l'un de mes associés. J'ai malheureusement à faire à Mexico City et je ne sais quand je partirais.
-Je serais ravi de revoir mademoiselle, répondit-il, montrant ainsi qu'il n'accepterait pas de recevoir une autre personne. Youri comprit le message et se retira suivit de Léa. Le majordome les raccompagna jusqu'à la limousine, les faisant passer à travers le jardin le plus rapidement possible.
Une fois dans la voiture, Léa demanda à ce qu'ils soient conduits dans son appartement.
-Pourquoi souris-tu?demanda-t-elle à Youri.
-Oh rien, répondit-il.
En arrivant, Léa récupéra ses clefs dans la boite aux lettres et monta les escaliers suivit de Youri. À peine entrée dans son appartement, elle sortit son ordinateur du placard. Le temps qu'il s'allume, elle prépara le café. Youri, toujours silencieux, s'assit sur l'une des chaises et attendit. Léa revint rapidement avec deux tasses de café fumantes. Elle bidouilla quelques instants sur ordinateur puis le tourna vers Youri. L'écran était divisé en trois parties, montrant les trois vues des caméras. Youri examina les trois plans avec attention. Puis il se rejeta sur sa chaise et soupira.
-On aura besoin de pas mal de matériel. Et cher.
-J'ai des prix, assura Léa.
Youri sortit de son sac un rouleau et étala le papier sur la table.
-Voici le plan du bâtiment.
Léa se leva et examina le plan attentivement.
-Voici la solution que j'ai trouvé pour entrer incognito pendant la fête, lui dit-elle en lui montrant la porte incendie.
Léa lui montra alors les photos. La porte était reliée à un système de sécurité qui déclanchait une alarme en cas d'ouverture de la porte.
-Le boîtier qui gère la sécurité se trouve sur le mur nord de la maison, continua-t-elle. Il nous faudra déconnecter la sécurité. Ensuite, il faudra forcer la porte et entrer. Une fois à l'intérieur, ça se complique. Il va falloir que l'un de nous fasse une diversion pendant que l'autre pénétrera dans le bureau, forcera le coffre, et volera le document.
-D'accord. Que proposes-tu comme plan? Une fois à l'intérieur de la maison j'entends.
-Tu feras semblant d'avoir un malaise au milieu de la salle de bal. Si tu pouvais être dans les bras d'une fille, se serait encore mieux. À ce moment, le garde en faction devant l'escalier, le vieux que nous avons vu, viendra voir la raison de l'attroupement. J'en profiterais pour monter. Là, j'improviserais.
-Je te signale que le garde me connaît et que je ne suis pas censé être invité.
-J'y ai pensé. Tu seras maquillé. Personne ne te reconnaîtra.
-Le premier problème vient du boîtier qui commande l'alarme de la porte incendie. Toute discontinuité dans le circuit entraîne le déclenchement de l'alarme.
-Il nous faudra alors un appareil qui entrera dans le système informatique sans créer de discontinuité. De là, on devra faire croire au système que la porte reste fermée alors que nous l'ouvrirons.
-Il nous faudra donc une commande à distance. Le deuxième problème, c'est à l'intérieur du bureau. Il y a une alarme. Mr David la met dès qu'il sort. Qui est-ce? Tu attendais quelque un?
La sonnerie de son appartement venait de sonner.
-Non. Caches tout ça et va dans la chambre.
Léa se leva et alla ouvrir la porte. Un jeune homme l'attendait, une enveloppe à la main. Léa la prit et vit partir le jeune homme sans explication. Elle referma la porte et retourna l'enveloppe dans ses mains. Youri sortit de la chambre et la regarda, intrigué. Léa l'ouvrit et commença à lire. Petit à petit, ses yeux s'agrandissaient d'horreur, et sa main se portait à sa bouche. Elle sortit son portable et chercha le numéro de Quentin dans son répertoire. Elle l'appela et attendit, le visage décomposé par l'horreur. Soudain, elle s'affala sur le sol, lâchant le téléphone et la lettre. Youri se précipita sur elle et ramassa le portable. Il lut le nom du correspondant et attendit qu'il décroche.
-Mohamed, c'est Youri! Venez vite chez Léa elle vient de s'écrouler par terre, je ne sais pas ce qu'il se passe!cria-t-il. Il entendit alors un bruit sourd et la communication fut coupée. Youri souleva Léa dans ses bras et la porta jusqu'à son lit. Cinq minutes plus tard, Mohamed entra en trombe dans l'appartement. Youri lui raconta ce qu'il s'était passé et Mohamed courut ramasser la lettre. Il la parcourut des yeux son visage se ferma.
-C'est une lettre de Samuel, lui dit-il. Il dit qu'il va aller voir Mr Guérémy et lui parler de Léa, pour lui demander de l'aide. Il veut la faire sortir du pays et de cette vie. Mais je ne comprends pas sa réaction. Il y dit que Mr Guérémy est un trafiquant d'arme connu de lui, et qu'il saura l'aider.
Léa gémit et les deux hommes se précipitèrent à son chevet. Lentement, prudemment, elle ouvrit les yeux et se redressa. Elle regarda autour d'elle, soupira, et mit sa tête dans ses mains.
-Alors ce n'était pas un rêve...murmura-t-elle.
-Léa, dit Mohamed. Qu'est-ce qui se passe? C'est cette lettre qui te met dans cet état?
-Tu te rappelle?répondit-elle. Je t'ai toujours dit qu'un jour je t'expliquerais pourquoi j'appelais mon père par son prénom.
-Euh...Oui...répondit-il sans savoir où elle voulait en venir.
Youri se leva dans l'intention de partir. Léa lui saisit le poignet.
-Restes s'il te plaît. Tu dois savoir. Car à partir de maintenant, tout va changer.
-J'ai d'abord quelque chose à te dire, répondit-il. Je ne suis pas un mercenaire.
Devant le regard de Léa, il faillit plier et ne pas lui dire la vérité.
-Je suis un flic, reprit-il.
Léa explosa de rire, bientôt suivit de Mohamed.
-Elle se redressa et se jeta dans ses bras.
-Je suis gendarme, lui dit-elle. Gendarme adjoint plus précisément. Je ne savais rien des activités de Samuel jusqu'à ce que nous nous fassions attaquer devant le restaurant. Là, il m'a tout avoué et j'ai décider de tout faire pour le coffrer.
-Tu ne peux pas être gendarme adjoint, dit-il. Tu es trop douée pour ça...
-N'est-ce pas?répliqua Mohamed. On arrête pas de lui dire, mais elle s'en fout...
Léa éclata de rire. Soudain, son téléphone sonna. Les trois jeunes gens se turent et Léa décrocha.
-Stéphane!s'exclama-t-elle. Tu nous a fait peur! Peux-tu monter s'il te plait? Il y a quelque chose que je dois vous dire.
-Qui vous?
-Tu montes s'il te plait?
-Euh...Ok.
-Merci.
Puis raccrochant, elle dit aux deux autres hommes qu'ils allaient attendre son supérieur. Elle se leva et alla préparer quatre tasses de café. Machinalement, elle se passa la main dans les cheveux et sentit un liquide chaud couler sur ses doigts. Elle retira se main et la regarda. Elle avait du sang sur les doigts. Elle alla dans la salle de bain et se rinça les cheveux. Puis elle revint dans la cuisine et trouva Youri, Mohamed, et Stéphane en pleine discussion autour de la table. Elle apporta les tasses fumantes et s'assit à côté d'eux. Respirant un grand coup, elle se lança.
-Mon père, celui que tu connais Momo, n'est pas mon père. Il est mon beau-père. À mes 18 ans, il m'a adopté. Une adoption partielle, de façon à ce que j'appose son nom à celui de mon géniteur. Lorsque j'avais 9 ans, mes parents ont divorcés. Le divorce s'est très très mal passé. Et mon géniteur et moi avons coupé tout contact. Où plutôt j'ai coupé tout contact avec mon géniteur. Je ne m'appelle pas Léa Valentino. Je m'appelle Léa Valentino Guérémy. Didier Guérémy, le trafiquant dont parle Samuel, est mon père.
Un silence de mort s'abattit sur la pièce. Le premier, Stéphane se ressaisit.
-Pourquoi ton dossier ne fait pas mention de ce nom composé?demanda-t-il.
-Lorsque nous avons entamé la procédure d'adoption, mon père faisait l'objet d'une enquête. J'ai demandé au juge de faire en sorte que le nom de cet individu qu'est mon père n'apparaisse pas sur les papiers officiels. Il a comprit que mon nom pourrait nuire à ma carrière policière et a accepté de me laisser choisir mon nom.
-Il y a deux ans, déclara Youri, l'un de mes collègues a arrêté ton père. Mais faute de preuves, nous avons du le relâcher. Lorsqu'il est sortit, il l'a fixé et lui a dit qu'il lui ferait regretter d'avoir osé l'arrêter. Cela pose donc un énorme problème. Ton père connaît ton job. Et donc le fait que tu es en infiltration.
-Il va falloir l'arrêter, déclara Mohamed.
-On doit d'abords s'occuper de la mission de ce soir, répliqua Léa. On discutera de quoi faire avec Didier après.
-Mais Léa!...s'exclama Stéphane.
-Non, coupa-t-elle. Je ne le laisserais pas me pourrir la vie encore une fois. Nous maintenons la mission de ce soir, puis nous nous occuperons de mon père.
Youri se leva et alla chercher le plan et l'ordinateur.
-Bien! Voici ce dont nous avons besoin, déclara Léa. Un truc nous permettant d'entrer dans un circuit électronique sans provoquer la moindre discontinuité, un détecteur de métaux classique, et un système pour ouvrir un coffre fort. Youri? Tu as un costume?
-Oui. Et tu as une robe de soirée?
Léa sourit et Mohamed éclata de rire.
-Vous allez voir la robe de l'année, déclara-t-il.
-Voila ce que je propose, déclara Léa. Youri tu fais diversion, et moi j'entre dans le bureau. Ensuite, je vole le document, et je te rejoints dans la salle de bal. Une fois que je t'aurais retrouvé là-bas, on s'en ira.
-Ok pour moi, répondit Youri.
-J'ajoute à tout ce matériel un brouilleur de fréquences intégré dans un briquet, que Youri actionnera lorsqu'il fera diversion. Cela permettra à Léa de se faufiler dans le bureau sans être inquiété.
-Et voici deux oreillettes. Ainsi, vous serez constamment en contact avec nous et l'un avec l'autre.
-Très bien! Alors tout est réglé!s'exclama Léa.
-Je vais aller informer nos supérieurs de l'action de ce soir, dit Stéphane en se levant.
-Et je vais aller chercher le matériel. Je le déposerais comme d'habitude chez toi, déclara Mohamed en se levant à son tour.
-Ok, répondit-elle.
-Et moi, je t'emmène au restaurant, déclara Youri.
Léa sourit et accepta d'un signe de tête. Elle attrapa son sac et sortit à la suite du policier.

Ils marchaient côte à côte, en silence. Youri la conduisait à travers les rues, vers un petit restaurant face au tribunal. Léa reconnut le restaurant où Mohamed l'avait emmener pour voir Stéphane. Il la conduisit à l'intérieur et, comme la première fois, Léa entra dans la petite pièce de derrière. Youri lui raconta tout. Ce qu'il faisait, pourquoi, depuis combien de temps. Sa grand-mère était française, son grand-père russe. Ils s'étaient mariés pendant la guerre froide, au détriment des préjugés. Pour ce mariage, leurs familles respectives les avaient reniés. Sa mère était morte en le mettant au monde et son père s'était suicidé quelques mois plus tard de chagrin. Il avait été élevé par ses grands-parents, parlant russe ou français avec eux. Rapidement, il avait montré des capacités exceptionnelles. A la fin de ses études, il s'était engagé dans l'armée. À la mort de ses grands-parents, quelques temps après son entrée dans l'armée, il s'était lancé à corps perdu dans son travail et avait alors révélé ses capacités, qu'il avait soigneusement caché jusqu'alors. Il avait rapidement intégré les services secrets. Cela faisait maintenant 10 mois qu'il avait infiltré l'organisation de Kasinao. Il avait rapidement comprit que le trafique de faux billets n'était qu'une sorte de couverture. Le document que Léa et lui allaient voler ce soir là allait permettre son arrestation pour toutes ses activités. Léa écoutait, abasourdit. Lorsque le plat arriva, il avait finit. Ils parlèrent alors de tout et de rien, de leur travail, de leurs histoires de c½ur, de leur famille, évitant soigneusement le sujet du père de Léa, etc. Soudain, Youri regarda sa montre. Il se leva précipitamment et s'exclama :
-Mon dieu! Je n'avais as vu l'heure!
-Mais ce n'est pas grave... L'opération n'est que ce soir...
-Je ne t'ai pas dit? Mr Kasinao veut te rencontrer...
-Me rencontrer?! Mais...
-Allez! Viens! Dépêches-toi!
Léa se leva en vitesse et suivit Youri hors du restaurant. Ils rentrèrent en courant chez Léa et montèrent sur la moto. Youri la conduisit chez Kasinao, à vive allure. Lorsqu'ils arrivèrent, le même garde que la dernière fois les attendait. Il les fouilla et les conduisit devant le boss.
-Mademoiselle Léa!s'exclama la voix sortant du fauteuil. Que je suis heureux de vous revoir!
Léa eut un mouvement de recul.
-Vous... Vous avez la même voix qu'un homme que je connais...
-Ah bon?
-Papa? C'est toi?
-Je croyais que tu étais entré dans la gendarmerie, répondit-il menaçant. Tu as beau être la fille, je te ferais exécuter si tu me trahis.
-Ne t'inquiète pas, répondit-elle. Je ne suis jamais entrée dans la gendarmerie. Il y a trop de règles, de contraintes, pas assez d'action. J'ai fais croire à Maman que j'étais une jeune fille convenable.
-J'imagine la tête de ta mère si elle savait ce que tu fais réellement, dit-il en se levant de son fauteuil. Il tenait à la main une arme à feu. Il la pointa sur Youri et arma.
-Mais qu'est-ce que tu fais?!s'écria-t-elle.
-Nous avons un traître parmi nous et je gagerais que c'est-ce jeune homme.
Léa se plaça entre le canon de l'arme et Youri.
-Ce n'est pas lui!s'exclama-t-elle.
-Va-t-en Léa. Si Mr Kasinao, ou plutôt Mr Guérémy n'a plus confiance en moi, qu'il me tue.
-Mais en fin!! Puisque je te dis que ce n'est pas lui!
-Qu'elles preuves as-tu?
-Confidences sur l'oreiller, ça te va?!
-Quoi?!rugit-il. Tu as couché avec ce type?!
-Pas avec Youri. Mais Samuel était mon petit ami avant qu'il ne m'avoue ses activités.
-Et tu as accepté de travailler avec lui?!
-Je n'avais pas le choix! Pas de job, pas de revenus, c'est lui qui m'entretenait! Alors j'ai sauté sur l'occasion!
-Et comment sais-tu que Youri n'est pas le traître?
-Samuel parle dans son sommeil. Si tu veux, je pourrais l'interroger encore. J'ai apprit l'hypnose au lycée avec un pote. Si tu veux, je peux lui faire tout avouer et l'enregistrer.
-Comment t'y prendras-tu?demanda-t-il suspicieux.
-Je me débrouillerais. Mais je ne ferais cela qu'à une condition.
-Laquelle?
-Tu laisse Youri sous ma garde.
-Hors de questions.
-Alors exécute le. Tu auras toujours une taupe, et tu perdras ta fille pour la deuxième fois de ta vie, et encore une fois par ta faute.
Didier réfléchit quelques instants et accepta finalement. Il fut convenu que Youri resterait enfermé chez Léa, et qu'un émetteur serait placé sur sa montre, pour qu'il ne s'échappe pas. Léa saisit le bras de son ami et l'entraîna au dehors. Ensemble, ils réfléchirent au meilleur moyen de faire revenir Samuel dans la vie de Léa. Le meilleur moyen était qu'elle l'allume. Mais comment les réunir? Et pour l'opération du soir? Léa appela Mohamed et lui demanda de trouver tout ce qu'il pouvait sur Samuel.

La nuit était fraîche. Léa frissonna. Youri brancha le cylindre sur les câbles électriques et alluma son pad. Il appuya sur quelques touches et le voyant rouge de l'alarme passa au vert. Léa crocheta la serrure de la porte et entra, suivit de son ami. Sa robe de soie noire voleta autour d'elle. Elle sortit de son sac deux masques et, souriant, attacha celui de Youri. Ce dernier regarda son amie, la contemplant, sans essayer de cacher son regard admiratif. Le corset de sa robe soulignait sa taille fine et ses hanches. La pâleur de son décolleté et de ses épaules faisait ressortit sa beauté et le violet de ses yeux. Elle mit son masque et prit le bras de son ami. Ils se rendirent ensemble dans la salle de bal, bras dessus, bras dessous. Soudain, Youri s'arrêta.
-Que se passe-t-il?souffla Léa.
-Ton père. Il est ici.
Léa regarda autour d'elle et se figea de surprise en reconnaissant son père.
-Mais qu'est-ce qu'il fait là??
-Regardes. Ils sortent dehors.
-Alors lançons l'opération maintenant, déclara Léa.
Elle s'éloigna de lui et se dirigea, lentement, vers l'escalier menant au bureau de Mr David. Soudain, un cri retentit. Youri venait de s'écrouler à terre. Le garde se précipita vers l'attroupement qui se formait afin de voir ce qu'il se passait. Léa monta les escaliers à toute vitesse, son sac battant contre sa hanche. Elle trouva rapidement la porte du bureau et en crocheta la serrure. En entrant, elle se plaça sous le rayon de la caméra. Elle sortit de son sac une photo de la pièce et la plaça devant la caméra. Ainsi, elle pouvait aller et venir à sa guise sans que personne ne s'en aperçoive. Elle sortit de son sac une sorte de cube en plastique et appuya sur l'un des boutons. La pièce lui apparu alors sur l'écran. Elle vit le coffre derrière un très beau tableau de Léonard de Vinci. Elle le décrocha du mur et sortit un brouilleur. Elle le plaça sur la porte du coffre et enclencha le compte à rebours. La machine travailla alors d'elle-même pour trouver la combinaison du coffre.
-La base? Je suis dans le bureau. J'ai trouvé le coffre. L'ouverture est en court.
-Bien comprit Brigadier.
-Il va falloir que l'on change ce nom de code ridicule.
-Oh...Tu n'aimes pas?
-Pas du tout. L'un de mes pote de classe m'appelait comme ça.
BIP
-Le coffre vient de s'ouvrir. J'ai la page.
Léa posa le pied sur une chaise à côté du coffre, releva sa robe et enroula le document autour de sa cuisse. Puis elle passa un élastique autour de la page pour la maintenir en place. Elle rangea son matériel et sortit du bureau.
-Youri? Je suis sortit. C'est bon pour moi.
-Da. Merci monsieur. Je me sens mieux.
Léa redescendit dans la salle de bal et se dirigea vers la sortie. Youri s'excusa auprès du médecin et se précipita vers Léa.
-M'accorderiez-vous au moins cette danse?
Léa sourit et ses beaux yeux violets brillèrent. Elle s'inclina face à lui et se laissa entraîner vers la piste de danse. Ils dansèrent ainsi pendant plusieurs valses. Léa était sous le charme de cet homme qui la fascinait. Et Youri se perdait dans la contemplation de cette jeune femme mystérieuse, si forte et si faible à la fois, provocante, allumeuse sans s'en rendre compte réellement, violente dans ses relations aux autres, et si jeune. Il avait presque 5 ans d'écart avec elle. Mais elle ne semblait pas s'en rendre compte. Où alors elle s'en fichait totalement. La voix de Stéphane, légèrement rauque, rompit le charme.
-Excusez-moi de vous déranger, mais il faudrait que vous pensiez à rentrer, leur dit-il.
Léa s'arracha des bras de l'homme qu'elle savait maintenant aimer et se dirigea vers la sortie. Les deux jeunes gens sortirent de la propriété sans difficultés. Ils déambulèrent en ville, les rares passants se retournant sur ce drôle de couple en tenue de soirée. Léa avait saisit le bras de Youri et savourait ce moment, dans le clame de la ville endormit. En arrivant à l'appartement, ils retrouvèrent Stéphane et Mohamed dans la cuisine, le visage fermé.
-Que ce passe-t-il?demanda Léa.
-Samuel vient d'être retrouvé, mort, à la sortie de la ville, répondit Stéphane.
Le corps de la jeune fille s'affaissa contre celui de Youri, qui l'entoura de ses bras pour la soutenir. Elle posa sa tête contre son torse, réconfortée petit à petit par les lents battements de son c½ur. Doucement, elle se dégagea de son étreinte et alla s'assoire sur l'une des chaises de la cuisine. Mohamed se leva et alla lui préparer un café.
-Sais-t-on qui l'a tué?
-Ton père a sûrement ordonné l'assassinat. Quand au tueur, on ne le sait pas encore, répondit Stéphane.
-Tu n'a rien à te reprocher, répliqua Mohamed en revenant avec le café. Ce type vendait des renseignements au plus offrant. Des renseignements aussi bien sur les organisations criminelles, que sur des habitants plus ou moins fréquentables ou innocents, ou encore des secrets d'État. C'était une ordure.
-Cela ne change rien. J'ai tué un homme. Je l'ai fais tuer. Et ce n'était pas de la légitime défense.
Stéphane se leva et s'approcha de Léa. Doucement, il tenta de la réconforter. Elle se leva tout à coup.
-Je veux le voir mort, déclara-t-elle. Je veux le voir souffrir. Je veux lui faire mal, le torturer de mes propres mains. Qu'il souffre en voyant sa propre fille le torturer. Qu'il perde tout ce qu'il a. Et qu'il meurt dans d'atroces souffrances. Je veux...
Abasourdis, Stéphane et Mohamed écoutaient les terribles paroles de la jeune fille. La crise de nerfs n'était pas loin. Youri se mit devant Léa et lui mit une gifle. Elle s'arrêta nette et commença à s'affaisser. Youri la rattrapa dans ses bras et la porta jusqu'au canapé. Là, elle recouvra peu à peu ses esprits.
-Merci, murmura-t-elle.
-Dors maintenant, lui répondit-il doucement. Veux-tu que je reste ici pour cette nuit?
Léa opina de la tête. Youri se leva et rejoint Stéphane et Mohamed, en grande dispute.
-Nous devons la faire sortir de cette vie, disait Stéphane.
-Elle est forte, elle s'en sortira, répondait Momo.
-Elle ne s'en sortira que si son père est coffré rapidement et par elle, les coupa Youri. Je vais rester là pour la nuit. Vous pouvez y aller.
-Je dois récupérer l'équipement que vous avez utilisé ce soir, répliqua Mohamed.
Youri se pencha vers le sac de Léa et en sortit tout l'équipement. Le jeune homme le prit, manifestement énervé. Stéphane, tête baissée, se détourna et sortit. Momo le suivit. Youri ferma la porte derrière eux puis alla à la cuisine. Là, il sortit son portable et appela un numéro enregistré dans son répertoire.
-Ici l'agent 1694773. Je voudrais parler à l'agent Prentice.
-Ne quittez pas je vous prie, répondit la voix de l'opératrice.
-Agent Prentice. Salut Youri!répondit la voix joviale d'un homme.
-Tu ne devineras jamais qui j'ai rencontré...
-Euh...non.
-Tu te rappelles la fille dont je t'ai parlé?
-Celle qui est magnifique et qui de superbes yeux violets?
-Ouais. Et bien je viens de découvrir qu'elle est la fille de Didier Guérémy.
-Quoi?! Et...Elle sait ce que son père fait?
-Elle l'a découvert au moment où j'ai appris qui elle était. C'est elle qui nous a révélé que Guérémy était son père, après avoir reçut une lettre de Samuel lui disant qu'il allait retrouver ce trafiquant d'armes.
-Bon...Tu as d'autres info concernant Kasinao?
-Oui. Je sais qui il est. C'est Guérémy.
-Attends! C'est une blague?!
-Non. Léa et moi allons monter une opération pour l'arrêter. On a récupéré le papier dans le coffre de David.
-Qui l'a récupéré?
-Léa. Elle très douée.
-Mouais...On verra...
-Elle serait un atout majeur!
-Je n'en doute pas une seconde! Mais on verra après.
-Bon je te laisse. J'dois y aller. J'te rappelle plus tard.
-Mais!...
-Bye.
Et Youri raccrocha. Il fallait à tous prix qu'il aide Léa à sortir de cette situation. Mais d'abord, il devait récupérer le papier que Léa et lui avaient volé. Elle lui avait dit l'avoir entouré autour de sa cuisse. Mais elle dormait, épuisée par toutes les émotions de la journée. Il se pencha au dessus d'elle et releva sa robe, délicatement, en essayant de ne pas toucher sa peau, de peur de ne pas pouvoir se retenir de lui sauter dessus. Il enleva l'élastique et libéra la page. Puis il remit en ordre la robe. Léa tourna la tête et sourit dans son sommeil. Ne pouvant se retenir, Youri remit en place ses cheveux, effleurant son visage au passage. La jeune fille sourit dans son sommeil et se retourna sur le côté. Il resta là, à la regarder pendant ce qu'il lui sembla une éternité et qui passa cependant trop vite. Léa ouvrit les yeux et, le voyant ainsi assit à côté d'elle, le visage anxieux, lui sourit.
-Qu'est-ce que tu fais encore là?demanda-t-elle.
-Je ne voulais pas te laisser seule dans cet état, expliqua-t-il.
-C'est gentil, merci.
Puis se redressant:
-Depuis combien de temps suis-je ainsi?
-Une demi-heure, répondit-il. Une vraie Belle au bois dormant!
Léa se redressa avec difficulté puis, voyant le document dans la main de son ami, rougit.
-Tu...
-Je n'ai profité de rien. Je te le jure.
-Je te fais confiance...
Lentement, elle se remit debout, se sentant très faible.
-Je suis désolé de te demander ça mais...Peux-tu m'aider à enlever ma robe?
Youri la regarda de ce regard pénétrant que sa grand-mère détestait. Il déposa le document sur le canapé puis se retourna vers Léa. La robe de la jeune fille était retenue par des lacets, du dos aux reins. Il détacha le lacet et le retira doucement, essayant en vain de ne pas toucher la peau de son amie. Lorsque le lacet fut enlevé, Léa se retourna. De ses mains, elle maintenait la robe sur ses seins. Youri se détourna et, reprenant le papier, sortit de la chambre. Souriant, Léa retira sa robe et enfila un kimono blanc brodé de fleurs bleues. Elle remit de l'ordre dans sa tenue et sortit de la chambre. Youri était assit à la table de la cuisine, regardant le papier qu'ils venaient de voler. Sa bouche remuait au rythme des lignes. Léa resta appuyée à la porte, le regardant, emplie d'un sentiment de paix et de bonheur qu'elle n'avait jamais connu jusqu'alors. Soudain, Youri tourna la tête et rencontra son regard. La jeune fille baissa les yeux et s'approcha de lui.
-Qu'est-ce que cela donne?demanda-t-elle.
-Rien. Ou plutôt, tellement de choses que je ne sais pas par où commencer. C'est la liste de tous les contacts de ton père...
-Ce n'est pas mon père, la coupa-t-elle. Je l'appelle Didier quand je suis obligée de parler de lui.
-Excuses-moi. Je disais donc que c'est la liste de tous les contacts de Didier. Grâce à cette liste, nous allons pouvoir monter une grosse opération.
-Mais il faudrait réussir à le faire sortir de son trou sans ses gardes du corps.
-Oui. C'est ça le problème...
Youri baissa la tête, accablé.
-Je voudrais tellement le faire coffrer, continua-t-il. Ainsi, ce serait finit pour toi. Tu n'aurais plus à craindre qu'il revienne dans ta vie.
-Tu t'inquiètes donc tellement pour moi?demanda-t-elle d'une voix douce.
Le regard que Youri porta sur elle la fit reculer. Tellement de douleur et de confusion. Cela ne dura qu'une seule seconde. Son regard redevint rapidement dur et froid ; calculateur. Soudain, un sourire éclaira son visage. Il sortit son portable et composa le numéro de Prentice.
-Oui allo?
-Prentice c'est Youri. Dis-moi. T'es encore au boulot là?
-Ouais. Malheureusement... Pourquoi?
-On arrive dans 15 minutes.
-Qui « on »?
-Léa et moi.
-Mais!...
-On arrive. Fais préparer un pass.
Youri raccrocha. Léa le regarda puis se leva. Elle alla dans sa chambre et sortit son tailleur pantalon noir. Elle s'habilla rapidement, et alla dans la salle de bain, où elle se remaquilla. Puis elle rejoint Youri dans la cuisine.

-Voila ton pass. Mets-le bien en évidence sur toi.
-Youri! Mais enfin! Tu vas t'expliquer?!hurla la voix de Prentice à l'autre bout du couloir.
-Léa, je te présente mon meilleur ami, Éric Prentice. Éric, voici Léa.
-Enchanté, répondit-il distrait. Je t'ai demandé pourquoi tu étais là.
-J'avais des renseignements à te demander. Mais qu'est-ce qui te met dans cet état?
-Le directeur veut te voir. On a eu un soucis. Mademoiselle, suivez-moi s'il vous plait.
-Léa suffira, précisa-t-elle. Où allons-nous?
-Je voudrais vous présenter quelques personnes.
-Vas-y, répondit Youri au regard interrogateur de son amie. Je te rejoins dans un instant...
Léa suivit donc Éric à travers les salles et couloirs du bâtiment. Enfin, ils arrivèrent devant une porte capitonnée.
-La dernière fois que j'ai franchis une porte de ce genre, j'y ai découvert mon père, trafiquant d'armes etc, fit-elle remarquer.
Éric se retourna et l'examina plus attentivement. Elle semblait bien jeune. Cela ne ressemblait pas à Youri de tomber amoureux d'une fille aussi jeune. Cependant, dans ses grands yeux violets brillait une lumière de détermination farouche. Elle semblait avoir traversé de lourdes épreuves. Mais elle souriait toujours.
-Pourquoi me regardez-vous ainsi?demanda-t-elle gênée.
-Je vous trouve étonnante. On a l'impression de vous connaître entièrement au premier regard, et cependant avec plus d'attention, on se rend compte que l'on ne connaît rien de vous. C'est très déroutant.
Léa eut un faible sourire. Éric se reprit et ouvrit la porte capitonnée. Léa entra à sa suite et s'arrêta net sur le seuil de la porte. Des hommes en blancs, des médecins semblait-il l'attendaient.
-Qu'est-ce que c'est que ça?!s'écria-t-elle.
-Nous allons vous faire subir des tests, déclara l'un des hommes en blanc.
-C'est absolument hors de question, répliqua-t-elle.
-Je suis désolé, marmonna Éric.
Léa recula mais se heurta contre quelque un. Elle se retourna et reconnu alors l'un des hommes qui l'avait agressé ; celui à qui elle avait cassé le nez.
-Ne t'avises pas de me toucher, cracha-t-elle.
-Léa!cria Youri en courant vers elle.
-Youri! Mais qu'est-ce que c'est que ça?!
-Ton père vient de disparaître, lâcha-t-il dans un souffle.
-Quoi?! Mais tu m'avais dit qu'il était surveillé! Qu'il ne pourrait pas s'échapper! Que tu allais le coffrer! Que j'en serais débarrassée à jamais!
-Je...
-Tu m'as mentit!cracha-t-elle finalement.
Léa bouscula Youri et l'homme aux couteaux et s'enfuit en courant. Youri lui courut après, criant son nom, mais Léa avait toujours été la meilleure en course à pieds. Il ne parvint pas à la rattraper. Léa courut ainsi pendant des mètres et des mètres, et atterrit finalement devant le restaurant où Youri l'avait emmené.
-Mince, se dit-elle. La première pensée qui m'est venue à l'esprit est notre déjeuner. Pas celui avec Mohamed.
Elle déambula ainsi des heures dans les rues de Carpentras. Les gens se retournaient sur le passage de cette belle jeune fille triste. Finalement, elle rentra chez elle, toujours à pieds. Dans la cuisine, Youri l'attendait. Elle s'approcha, doucement, et s'assit face à lui.
-Il est près de minuit, dit-il, tête baissée. Où étais-tu? Je t'ai cherché partout.
-Je marchais. Je suis allée jusqu'à la rocade. Et puis je suis repartit dans l'autre sens. Si j'avais continué, je serais arrivée chez ma mère. Enfin la maison où nous avons habités avant de partir à l'étranger...
-Ne refais jamais ça. J'étais mort d'inquiétude. Didier ou quelque un d'autre aurait pu te tuer.
-J'avais besoin de marcher, de changer d'air, de décompresser. Marcher ou courir m'a toujours fait du bien. Ça me vide la tête.
-Écoutes... Je suis désolé. Je n'aurais pas du te donner de faux espoirs concernant Didier, je...
-Tu n'as pas à t'excuser. C'est plutôt à moi de le faire. Tu n'es pas responsable de sa disparition.
-Malgré cette disparition, j'ai une bonne nouvelle. Du moins, je trouve que c'est une bonne nouvelle. Toute l'organisation de Didier a été démantelée. Tous ses acteurs sont en détention. Mais lui-même semble avoir été prévenu.
-Prévenu? Il y aurait donc une taupe dans vos services?
-C'est fort probable... En fait, c'est pour ça qu'ils voulaient te faire subir un examen médical. C'est une sorte de détecteur de mensonge basé sur le flux sanguins qui irrigues le cerveau. Ils sont très difficiles à contourner. D'où leur utilisation par le gouvernement.
-Et il voulaient me le faire?
-Oui.
-Pourquoi ne me l'ont-ils pas dit? Ça aurait été plus simple...
-Je ne sais pas. Quoi qu'il en soit, je dois les appeler dès que je t'ai trouvé pour que l'on vienne te chercher.
-Pour que l'on vienne m'arrêter, en fait... C'est ton pauvre ami qui doit avoir des problèmes... Je ne me laisserais pas arrêter. On va y aller de nous même. Enfin si tu acceptes de venir avec moi...
-Bien sur!s'exclama Youri, ravie que son amie ne se mette pas en colère contre lui.
Il se leva d'un coup et suivit Léa jusqu'à sa moto. S'installant derrière elle, il lui indiqua la route à suivre. Léa mit son casque et démarra, laissant de la gomme sur la chaussée.

-Vous êtes vraiment fait pour vous entendre, remarqua Éric. Ça vous arrive de prévenir de votre arrivée et d'expliquer pourquoi vous venez?
Léa et Youri se regardèrent et répondirent à l'unisson que non .
-Je suis venue faire le test du détecteur de mensonges, déclara Léa.
Éric soupira de soulagement.
-Je me voyais mal écoper d'un blâme parce que vous vous étiez échappée et que Youri vous avait courut après, expliqua-t-il en souriant. Au début et à la fin de l'entretient, les médecins vous poseront des questions banales qui ne servent en fait qu'à contrôler vos réactions.
-Je sais, laissa-t-elle échapper.
-Vous savez?
-Bah...C'est la même chose dans les films, non?se rattrapa-t-elle.
-Euh...Oui. Pourrez-vous revenir demain pour d'autres tests? Si vous êtes reçut à celui là, alors on aura d'autres tests à vous faire passer.
-Du moment que vous ne me prenez plus pour une abrutie et que vous me dites tout, ça va, répondit Léa.
Puis elle se dirigea vers les médecins et les laissa placer des électrodes sur ses tempes. Elle s'assit dans un fauteuil et ferma les yeux. Elle fit le vide dans son esprit et le visage de Youri se présenta à elle, tout simplement. La série de questions commença.
-Êtes-vous bien mademoiselle Léa Valentino Guérémy?
-Oui.
(le détecteur ne broncha pas ; elle ne mentait pas)
-Comment avez-vous apprit l'appartenance de Youri Carpatchev aux services secrets?
-Je l'ai suivit et vu entrer ici.
(aucune réaction)
Youri ouvrit la bouche de surprise.
-Qu'est-ce qui t'arrive?lui demanda Éric.
-Rien. Écoutons la suite...
Les questions portèrent sur tout ce qu'il s'était passé depuis le lundi. À la mention du père de Léa, le médecin se tourna vers le directeur du centre. Celui-ci hocha la tête positivement. Se retournant vers Léa, le médecin demanda alors :
-Quel métier exerçait votre père, pour vous?
-Didier était espion au service de la France.
-Je vous demande pardon?
-Vous m'avez très bien comprise.
Enfin, après plus d'une heure de questions, le médecin retourna à des questions banales. Léa, assise sur son fauteuil, commençait à être fatiguée de cet interrogatoire. Elle voulait s'amuser un peu. Elle fit de nouveau le vide dans sa tête, revoyant à nouveau le visage de Youri, comme une empreinte indélébile qui resterait dans sa tête malgré ses effort pour tout supprimer. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres.
-Oh! Oh!murmura Youri.
-Qu'est-ce qu'il y a?s'inquiéta Éric.
-Elle prépare quelque chose...
Et en effet, Léa préparait quelque chose.
-Quel âge avez-vous?
-19 ans.
-Où habitez-vous?
-Rue Mauricelly à Carpentras.
-Vous vous appelez bien Léa Valentino Guérémy?
-Non.
Le détecteur n'eut aucune réaction.
-Je m'appelle Erica Weiss, je suis secrétaire à la défense. J'habite au 4 de la rue Sully au Vésinet, près de Versailles. J'ai 35 ans et je m'amuse comme une folle!
Le détecteur n'eut aucune réaction. Le directeur, les médecins, Éric, Youri, regardaient abasourdis cette si jeune fille qui avait réussit à contourner le détecteur de mensonge le plus fiable des services secrets. Léa ouvrit les yeux et sourit. Dans ses grands yeux violets brillait une lueur d'amusement. Au moins, elle n'avait pas mentit pour ça. Elle s'amusait comme une folle. Délicatement, elle retira les électrodes de ses tempes et se leva. Adressant un petit signe de la main aux médecins et au directeur, elle sortit de la salle d'examen. À l'extérieure de la salle, elle adressa un clin d'½il à Éric et saisit le bras de Youri.
-Merci d'avoir mentit pour moi, lui murmura-t-il.
-J'imagine la tête de tes supérieurs s'ils avaient apprit que tu avais révélé à une criminelle ta réelle fonction...pouffa-t-elle en réponse. À l'accueil, elle donna son numéro de téléphone portable pour que ces messieurs du service médical l'appellent lorsqu'ils auraient besoin d'elle.
Léa entraîna Youri à sa suite, le tenant par la main. Soudain, le canon d'une arme apparut devant elle.
-Tu croyais vraiment pouvoir me trahir sans en payer les conséquences?demanda la voix de son père.
-Tout à fait, répliqua Léa. Maintenant, laisses-moi passer.
-Pourrais-je savoir ce que tu fais avec ce traître?
-Je l'emmène chez moi.
-Pardon?!
-Si tu préfères, je vais coucher avec lui. Et j'entends bien prendre mon pied.
-Tu es vulgaire ma fille!
-Je suis en effet vulgaire, provocante, allumeuse, bien foutue, avec un sale caractère, et je travaille pour l'État.
-Mais...
-TU as fais de moi ce que je suis maintenant. Ne crois pas que je j'ignore ce que tu nous as fait à maman et moi, il y a 19 ans.
-Je ne vois pas ce dont tu veux parler, bégayât-il.
-Oh si! Tu vois très bien. Maintenant, laisses-moi passer.
-Cette trahison te coûtera la vie.
-À ton avis, pourquoi n'as-tu jamais réussit le concours pour être agent? Pourquoi chaque organisation que tu as monté n'as pas tenu le coup? Parce que tu es un incapable. Et je sais que tu n'oseras jamais tirer sur ta fille. Et encore moins de la tuer. Même si je ne suis théoriquement pas ta fille.
Léa avança, tirant Youri derrière elle, lui faisant ainsi un barrage de son corps. Elle enfourcha sa moto et lança son casque à Youri. Ils s'installèrent et la jeune fille démarra. En sortant du parking, Léa dit au garde de la sécurité de prévenir immédiatement Mr Prentice que Mr Guérémy était ici. Le garde la regarda ébahi, et s'exécuta. Quelques minutes après, alors que Léa signait un papier pour le parking, des coups de feu et des cris retentirent derrière eux. Léa redonna le papier signé et le stylo au garde et démarra.

À peine arrivée dans son appartement, Léa se jeta sur Youri et l'embrassa. Leur corps s'enflammèrent au contact de l'autre. C'était comme s'ils attendaient cela depuis des mois.

-Mademoiselle Valentino Guérémy...
-Valentino, répliqua Léa. Mon nom est Léa Valentino.
-Excusez-moi, répondit le directeur. Mademoiselle Valentino, votre père est en détention dans nos locaux.
-Ce n'est pas mon père.
-Même si vous ne le considérez pas comme tel, il l'est, fit remarquer l'un des médecins.
-Non. Il ne l'est pas. Vous vous demandez sûrement comment j'ai pu contourner votre détecteur.
-C'est en effet l'une des questions que nous voudrions vous poser, répondit le directeur.
-Bien. Asseyez-vous, cela risque d'être long.
Assise dans l'une de salles de réunion, Léa prenait son mal en patience. L'entourant, le directeur, le médecin qui l'avait interrogé, Youri, Éric, et deux ou trois personnes qu'elle ne connaissait pas. Après avoir déjeuner avec Youri, Léa s'était rendue dans le bâtiment des services secrets pour y passer les tests que l'équipe médicale voulait lui faire subir. En arrivant, cependant, elle avait demandé à voir le directeur. De là, elle avait provoqué une réunion avec toutes ces personnes. Maintenant, le moment de dire la vérité était venu. Après 9 ans de silence, elle se devait de parler. Ils avaient le droit de savoir. Youri avait le droit de savoir.
-Depuis sa majorité, Didier a toujours raté son examen pour entrer aux services secrets. « Déséquilibre mental » disaient les médecins. Il s'est donc engagé dans une voie moins morale si l'on peut dire. Lorsqu'il a rencontré ma mère, il en est tombé fou amoureux. Rapidement, elle voulut des enfants. Mais elle ne pouvait en avoir. Mon père cherchait alors à se procurer des documents sur la possibilité ou non de créer des surhommes et femmes. Il les a trouvé. Après cela, il est allé voir un médecin véreux de sa connaissance, et a testé cette technologie sur moi. Enfin il a implanté dans le ventre de ma mère un embryon de bébé génétiquement modifié. Et je suis née. Ma mère a cru à un miracle, d'autant plus que j'étais très robuste. Je ne suis jamais tombé malade, je suis très résistante à la douleur, naturellement douée pour le combat, j'ai un QI supérieur à la normale, etc. Je suis donc un produit de laboratoire. Cependant, pour me fabriquer, Didier a prit les ovules de ma mère. J'ai donc hérité de son sens moral très fort, de sa témérité, et de son sal caractère. Mes yeux violets sont la conséquence de ces modifications génétiques. Voila. Je crois que c'est à peu près tout. Ah non! Lorsque j'ai eu 9 ans, mes parents ont divorcés et, conséquence du choc et de mes facultés à me protéger de ce genre de choses, j'ai mûris très vite. Trop vite à mon goût, mais c'est comme ça. J'ai alors découvert des choses étranges sur l'homme que je prenais pour mon père. Et petit à petit, j'ai découvert la vérité. Enfin ce que je croyais être la vérité. Je savais qu'il m'avait fabriqué de toutes pièces. Mais je ne savais pas pourquoi. Puis j'ai découvert qu'il ne travaillait pas pour Ford. Je suis donc allée le voir pour lui demander des explications, sans lui parler de ma découverte sur mes origines. C'est là qu'il m'a dit travailler pour les services secrets français. Mais le divorce entre mes parents c'est très mal passé et Didier a agit comme un salopard. Le fossé s'est creusé entre nous, et aujourd'hui, voila le résultat. Voila pourquoi je sais contourner votre détecteur, voila pourquoi je suis douée en combat et tir. Voila ma vie résumée. Je ne suis pas une enfant naturelle. J'ai été fabriquée, modifiée.
Les 5 hommes l'écoutaient bouche bée.
-Je n'ai pas eu besoin de beaucoup m'entraîner pour devenir gendarme adjoint. Lors de la première séance de tir, le moniteur a cru que j'avais déjà tiré. Me retrouver avec une arme dans les mains m'a procuré beaucoup de bonheur. Comme si je renouais avec un vieil ami. Comme si cela m'avait manqué toute ma vie. La première séance de combat, j'ai mis quelques secondes à assimiler les mouvements que nous montrait le professeur. Il s'était battu contre un autre professeur pour nous montrer à quoi nous devions aboutir. Le simple fait de les regarder m'a permis d'assimiler les mouvements. Ensuite, le professeur nous a prit un par un. Il voulait tester notre capacité de réaction à une attaque. Je l'ai mis à terre.
-Vous êtes en train de nous dire que votre père, enfin celui qui prétend l'être, vous a conçut de toutes pièces?demanda le médecin.
-Vous ne me croyez pas?
-Avouez que ce n'est pas facile à croire, répliqua le directeur.
-Il y aurait un moyen assez simple de connaître la vérité, hésita le médecin.
-Lequel?demanda l'un des hommes que Léa ne connaissait pas.
-La modification génétique laisse des traces visibles, comme la couleur de ses yeux, mais aussi des traces dans son code génétique. Effectuer une analyse ADN permettrait de savoir si elle dit vrai.
-Combien de temps?demanda le directeur.
-Si je lui prélève l'ADN maintenant, je dirais que les résultats seront près dans la journée de demain.
-Alors allons-y, annonça Léa.
Le médecin se précipita vers son laboratoire et en revient avec une sorte de long coton tige. Avec, il frotta l'intérieur de la bouche de Léa afin de récolter son ADN. Soudain, une femme fit irruption dans la salle de réunion.
-Monsieur! Mr Guérémy vient de dire qu'il acceptait de parler.
Les six personnes présentes tournèrent la tête vers la nouvelle venue.
-Qu'a-t-il dit exactement?demanda le directeur.
- « Appelez le directeur, j'ai à lui parler. », répondit la secrétaire.
Léa se leva et se dirigea vers la porte afin de laisser les autres discuter.
-Restez mademoiselle Valentino, la rappela le deuxième homme qu'elle ne connaissait pas. Nous avons, j'ai une requête à vous exposer.
Léa se retourna vers cet homme qui ouvrait la bouche pour la première fois depuis qu'elle l'avait rencontré.
-Je voudrais que vous soyez là lors de l'entretient avec votre père, reprit-il. Ainsi, il ne pourrait nous mentir ou tenter quelque chose. Cependant, pour cet entretient, je vous demanderais de nous remettre votre arme.
-De?...
-Ne jouez pas à ça avec moi, mademoiselle. Je sais que vous portez une arme. Donnez-la moi.
Léa, d'un mouvement rapide, sortit son arme, qu'elle donna, crosse en avant, à l'homme. Elle l'examina plus attentivement, gardant toujours la main serrée sur le canon, refusant de lâcher prise. De son côté, l'homme tenait la crosse, attendant qu'elle lâche l'arme.
-Je vous ai déjà vu quelque part, murmura-t-elle.
-C'est fort probable puisque vous m'avez cassé le nez. Je crois d'ailleurs que vous aimez ça, casser le nez des gens. Je voulais vous empêcher de rentrer dans une boite de strip-tease. Vous aviez 15 ans à l'époque. Et l'homme dont j'avais infiltré l'organisation vous avait arnaqué de presque 500¤.
Léa éclata de rire en se souvenant.
-Je me rappelle oui. Il ne m'avait pas payé pour sa soirée. J'avais dansé pour ce porc en essayant d'esquiver toutes ses mains baladeuses. Et il ne m'avait pas payé.
-Oui. Après avoir maîtrisé tous ses gardes du corps, vous lui avez presque broyé les couilles pour qu'il vous donne ce qu'il vous devait.
Léa et l'homme riairent au souvenir de son visage.
-Valérien Barda, présenta-t-il.
-Ravis de pouvoir mettre un nom sur votre visage, répondit Léa.
-Touchantes retrouvailles, répliqua le directeur, mais il nous faut y aller.
Léa, Youri, Éric, et Valérien se dirigèrent vers l'extrémité ouest du bâtiment, où étaient les cellules. Le directeur, le médecin et l'autre homme qu'elle ne connaissait pas les suivait. Les trois agents et Léa riaient en se rappelant certains de leurs exploits ou de leurs déconvenues. C'est ainsi qu'ils arrivèrent devant la cellule de Didier. Youri racontait comment Léa avait aplatit les hommes de Kasinao, alias Guérémy.
-Si tu avais vu la tête qu'ils faisaient! Être battus par une aussi jeune fille! C'était impossible pour eux!s'exclamait Youri.
-Haha! Ils étaient tellement surs d'eux qu'ils en devenaient des cibles faciles, répliquait Léa.
-J'aurais bien voulu voir ça! À eux aussi tu leur a cassé le nez?demanda Valérien.
-C'est sa signature, répliquait Éric.
Un coup violent porté à la vitre de plastique qui séparait Didier des jeunes gens les arrêta nets.
-Qu'est-ce qui te prend?demanda Léa à son pseudo père. Tu vois pas qu'on est occupés?
-Ne me parle pas sur ce ton, répliqua Didier.
-Sinon quoi? Tu vas me priver de sorites?répliqua-t-elle ironiquement.
-On peut dire cela comme ça...répondit-il avec malice.
Soudain, Léa eut froid. Réprimant un frisson, elle demanda à Didier ce qu'il entendait par là.
-Disons simplement qu'il peut arriver aux oreilles de certaines personnes que ta modification génétique n'est pas tout à fait stable. Ce qui est totalement faux mais ce n'est pas grave... Le moindre doute et c'est la quarantaine. Pratique, non?
-Très, répondit Léa. Mais tu oublies une chose, je peux te tuer à tout instant sans pour autant enfreindre la loi. C'est vrai, répondit-elle au regard inquisiteur du prisonnier. David Estéban est mort il y a 40 ans, dans un accident de voiture, tuant toute sa famille. Et Didier Guérémy n'existe pas réellement. Je peux donc te tuer. Tu n'existes pas, donc je n'enfreindrais pas la loi.
Devant le regard dur et froid de Léa, Didier recula. Elle éclata de rire.
-Monsieur Guérémy, demanda le directeur. Qu'aviez-vous à me dire?
-Je ne vous dirais rien. Jamais.
-Mais nous savons déjà tout...
-Vous?... Quoi?!
-Vous allez être transféré dimanche vers une prison de haute sécurité. Et vous n'en sortirez jamais. Comme dit mademoiselle Valentino, vous n'existez pas.
-Valentino?demanda Didier surprit.
-Tu croyais quand même pas que j'allais garder ton nom?!?! Mon beau-père m'a adopté. Et lui s'occupe de moi comme si j'étais sa fille.
Le reproche fit mouche. Didier recula et s'assit sur le lit de métal de sa cellule.
-Tu vois? C'est la deuxième fois de ta vie que tu perds ta fille par ta faute. C'est dur, hein?
Léa se détourna de la vitre et partit. Youri, Éric et Valérien la suivirent.


Léa, les bras chargés de paquets, cherchait sa clef.
-Mais où est-elle?se demandait-elle. Au fond du sac sûrement...
Enfin, elle la trouva. Elle ouvrit la porte et entra. Son nouvel appartement était plus spacieux que l'autre. Cela faisait maintenant deux mois que Youri et elle habitaient ensembles. Elle déposa ses paquets dans l'entrée et se dirigea vers le salon. Elle alluma la lumière.
-Surprise!!!!!crièrent une dizaine de voix.
Ébahit, Léa regarda ses amis, chargés de paquets, s'avançant vers elle. Le premier, Youri la prit dans ses bras. Il y avait Éric, Valérien, Mohamed, Stéphane, Lionel et Laurent, les deux hommes qui l'avaient agressés à la sortie du restaurant avec Samuel, Agathe, sa meilleure amie et son fiancé Valère, Antoine, un ami de lycée, sa mère, son beau-père, et leurs enfants, Pierre et Marie. Tous rayonnaient de bonheur. Léa leva les yeux, et vit une banderole accrochée au plafond. « bravo à notre nouvelle agent!! » pouvait-on y lire.



Fin.
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#Posté le jeudi 11 septembre 2008 09:21

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